Le ministre des Finances, Bill Morneau

Rien de concret pour la région dans le budget

La région ne fait pas partie des grands gagnants du budget fédéral déposé mardi à Ottawa. CPA et maître en fiscalité chez Deloitte, François Imbeau a beau essayer, il ne trouve pas la perle rare pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
François Imbeau, fiscaliste

Le fiscaliste a épluché les 423 pages du budget du ministre des Finances du Canada Bill Morneau. Un budget qu’il qualifie de « terne et extrêmement politique », en plus d’affirmer que la marge de manœuvre est plutôt mince en cas de variation économique (taux de change, augmentation du taux d’intérêt, etc.).

« Notre dette se situe à environ 30 pour cent du PIB et on dit que ce n’est pas grave, mais entre ne pas être dangereux et être très confortable, il y a une marge, a soulevé François Imbeau lors d’une entrevue téléphonique. Je dirais qu’on se situe entre les deux. S’il y a de la turbulence et que le gouvernement doit réagir, il va peut-être être plus mal pris. »

D’un point de vue régional, M. Imbeau n’arrive pas à cibler un point précis où la région peut être directement favorisée. Certains indices tendent à espérer certains investissements, mais rien n’est pour demain.

« C’est un flou presque artistique, dans le sens qu’on annonce qu’on va mettre beaucoup d’argent dans tel ou tel secteur à partir de 2019 pour les cinq années suivantes, a mis en contexte François Imbeau. Ça vient de coûter 15 milliards, mais c’est pour le futur et on ne sait pas exactement où ça va aller. »

Appelé à commenter l’annonce de 1,7 milliard de dollars pour favoriser les instituts de recherche, le fiscaliste demeure prudent. Pôle de recherche important, l’Université du Québec à Chicoutimi pourrait obtenir sa part du gâteau, mais encore une fois, l’incertitude demeure.

« On peut se douter qu’il va y avoir une effervescence qui peut toucher nos organisations, mais on ne sait pas dans quelle mesure, a rappelé François Imbeau. Il y a un bon signal du côté de la recherche et c’est intéressant, mais ce n’est pas suffisamment précis. »

Pour ce qui est de l’aide annoncée pour les Autochtones, le fiscaliste chez Deloitte mentionne que des établissements d’enseignement, dont les quatre cégeps de la région, pourraient être favorisés. Il indique toutefois que d’autres communautés plus au nord font face à des problèmes plus importants qui nécessitent d’injecter des sommes majeures.

« Quand on parle de la formation des compétences en emploi (2 G$ sur cinq ans), ça ne se peut quasiment pas qu’il n’y ait pas quelque chose pour les communautés autochtones de nos régions et les établissements d’enseignement qui vont aider à former ces gens-là, a convenu M. Imbeau. Il reste que c’est un montant pour le Canada au complet, ce qui n’est rien d’extraordinaire. »

À la lumière de ce qu’il a lu, François Imbeau demeure donc réaliste. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est pas ciblé dans les mesures annoncées. La région doit patienter avant de se réjouir.

« Il y a des indices qui nous permettent de déceler des perles, mais après avoir tourné les pages du document, je ne suis pas capable de les trouver », a-t-il commenté.

Karine Trudel

Karine Trudel: des efforts louables, mais insuffisants

(Jonathan Hudon) - Karine Trudel ne voit pas le budget fédéral d’un œil complètement sombre, mais elle estime que des mesures supplémentaires doivent être annoncées pour permettre à la région d’avancer.

En entrevue téléphonique, la députée de Jonquière pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) a reconnu la volonté du gouvernement libéral d’instaurer une assurance médicament pancanadienne, un « enjeu que le NPD pousse depuis longtemps », a précisé Mme Trudel. Elle s’est également dite agréablement surprise de voir que les libéraux allaient éliminer le système de paie Phénix, d’autant plus que la veille, elle déposait une motion afin d’exiger que le gouvernement écoute les fonctionnaires touchés par les ratés de ce système. 

La députée mentionne toutefois que la région est oubliée dans le budget. Elle parle notamment de l’absence de bonification en innovation forestière. Idem pour la question de la téléphonie cellulaire.

Karine Trudel est également désolée de voir les sommes octroyées pour venir en aide à la presse écrite dans les communautés locales. Bill Morneau a annoncé une aide financière de 50 M$ sur cinq ans, alors que le NPD réclamait plutôt un montant de 270 M$.

« Il va falloir se battre pour continuer à obtenir des miettes, a déploré Mme Trudel. Ce n’est pas un signal d’appui envers la presse écrite qu’on peut voir dans ce budget. Diviser 10 M$ (par année) dans 10 provinces et trois territoires, ce n’est pas énorme. »

Richard Hébert

Richard Hébert «extrêmement fier» de son travail

(Meghann Dionne) - L’enjeu de la légalisation du cannabis s’est invité à plusieurs reprises, lors des élections partielles dans Lac-Saint-Jean, l’automne dernier. Voilà qu’Ottawa investit 73 millions sur cinq ans dans la sensibilisation et la recherche, ce qui rassure le député fédéral, Richard Hébert. « M. Morneau a écouté les élus. Chacun avait des revendications et a pu trouver son compte. [...] Le gouvernement a compris qu’il fallait se renseigner et se donner des moyens pour mieux se préparer. [La légalisation], ce n’est pas un projet qui doit être fait à l’aveuglette », estime M. Hébert. 

M. Hébert félicite par ailleurs son gouvernement d’investir dans le développement régional. « C’était extrêmement important dans ma pensée. Les SADC avaient le même budget au cours des dernières années. Elles vont être heureuses d’apprendre ces nouveaux investissements », croit Richard Hébert. Des sommes sont aussi prévues pour l’amélioration des aéroports régionaux. 

« On doit prendre le temps de voir comment la région va tirer son épingle du jeu, mais je suis extrêmement fier du travail que je fais ici. »

M. Hébert trouve important que son gouvernement accélère le processus de réconciliation avec les communautés autochtones qui ont été « malmenées au cours des dernières années ».

« C’est sûr que pour moi, c’est de bon augure. Il y a des actions qui suivent les paroles. C’est quelque chose à laquelle on n’était pas habitués dans le passé », indique pour sa part le chef de Mashteuiatsh, Clifford Moar. 

Richard Martel

«Irresponsable», selon Richard Martel

(Denis Villeneuve) - Richard Martel, candidat du Parti conservateur à la prochaine élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord, qualifie le dernier budget Morneau d’« irresponsable » face au déficit.

Selon M. Martel, les prévisions passées du ministre Morneau faisaient état d’un manque à gagner de 6 G$ pour 2018-2019 et « voilà que le gouvernement se présente à la Chambre des communes avec une feuille à l’encre rouge de 18 G$ ». « Lorsque l’économie va bien, il faut tempérer les dépenses et diminuer l’impact sur la dette. Au contraire, présentement, les libéraux dépensent et ne se préoccupent de rien. »

La façon de gouverner fait en sorte que les conservateurs, une fois au pouvoir, devront gérer l’ampleur de la dette, eux qui sont reconnus pour être vigilants, affirme M. Martel.

L’analyse du budget fait dire à M. Martel qu’aucune annonce ne concerne les agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, outre la formation d’un comité censé évaluer les effets de l’accord Trans-Pacifique sur la gestion de l’offre.

Selon lui, le gouvernement manque de vision étant donné l’absence d’annonces concernant l’acquisition ou la restauration des brise-glaces, un enjeu important pour la région et l’industrie de l’aluminium, ou encore de mesures pour aider à pallier à la pénurie de main-d’œuvre dans le contexte des projets futurs Métaux BlackRock, Arianne Phosphate et GNL Québec. Denis Villeneuve

Engelbert Cottenoir

Un budget d’« inspiration gauchiste » - Engelbert Cottenoir

(Denis Villeneuve) - Sans qualifier le troisième budget Morneau d’électoraliste, Engelbert Cottenoir, président du Conseil central CSN du Saguenay-Lac-Saint-Jean, estime que le document déposé est clairement d’« inspiration gauchiste » afin de plaire à l’électorat visé par le Nouveau Parti démocratique (NPD).

De façon générale, il voit d’un bon œil certaines annonces, notamment la hausse prévue sur cinq ans de 6,4 G pour le financement de la recherche et développement, une mesure susceptible à long terme de créer des emplois intéressants. Le budget de 2018 propose un financement de 925 M$ sur cinq ans, à compter de 2018-2019, susceptible d’avoir des retombées à l’UQAC et ses chaires de recherche.

Les mesures destinées à favoriser l’égalité des conditions de travail homme-femme au sein des entreprises de juridiction fédérale reçoivent un bon accueil du leader syndical, par exemple en ce qui a trait aux volets d’aide pour les femmes entrepreneures et l’accès des femmes à des métiers de nature scientifique.

M. Cottenoir déplore l’absence de nouvelles mesures destinées à aider le secteur manufacturier, dont l’industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean.