Le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, talonne le gouvernement fédéral pour que Bagotville accueille des drones militaires.
Le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, talonne le gouvernement fédéral pour que Bagotville accueille des drones militaires.

Richard Martel craint que les drones militaires n’aboutissent dans les Maritimes

Alors qu’Ottawa s’apprête à franchir une nouvelle étape pour l’acquisition de drones militaires, le député conservateur Richard Martel presse le gouvernement libéral de faire son nid quant à l’endroit où sera déployée cette flotte d’aéronefs télépilotés. Il craint que le dossier glisse vers les Maritimes en raison des pressions du ministre des Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc, un proche de Justin Trudeau.

Dans cette perspective, le représentant de Chicoutimi-Le Fjord demande au lieutenant de Justin Trudeau au Québec et leader parlementaire, Pablo Rodriguez, d’utiliser son poids politique pour favoriser la Base militaire de Bagotville. Du même souffle, il adresse au ministre de la Défense Harjit Singh Sajjan une série de questions directes quant au rôle qu’il entend donner à Bagotville pour ce projet.

Richard Martel a envoyé le 3 juin au ministre Sajjan une lettre dont nous avons obtenu copie et dans laquelle il déplore que des questions posées en mars, lors des travaux du comité de la Défense, sont toujours restées sans réponses.

Tout en vantant les avantages de la région, le député doute qu’avec un échéancier fixé à 2024-2025 pour la réception des premiers aéronefs, « le gouvernement n’ait pas une meilleure idée pour le site d’accueil des SATP » (systèmes d’aéronefs télépilotés).

En outre, M. Martel craint qu’on soit en train de réaménager les critères d’accueil de ces drones afin que Bagotville ne soit pas seule dans la course. Ainsi, l’espace aérien nécessaire au déploiement de la flotte — un avantage incontestable pour Bagotville — aurait été réduit par les fonctionnaires pour ne pas disqualifier la base de l’armée de terre de Gagetown au Nouveau-Brunswick. Bagotville deviendrait alors un point de service de la flotte.

C’est pourquoi il pose au ministre quatre questions : Quel sera le site principal des SATP ? Quel rôle aura Bagotville ? Quelle est la superficie qui sera nécessaire à l’installation des SATP à Bagotville ? Et à combien se chiffrent les investissements prévus pour accueillir les SATP à Bagotville ?

Appui politique

Dans une lettre datée du 12 juin qu’il a envoyée à son collègue d’Honoré-Mercier Pablo Rodriguez, et dont Le Quotidien a aussi obtenu copie, Richard Martel dresse la liste des avantages que possède la base saguenéenne.

« Le Projet du système d’aéronefs télépilotés (SATP) va acquérir des drones armés, d’altitude moyenne ainsi que leur équipement, leur armement et le soutien en service, requis pour supporter jusqu’à trois lignes d’opérations domestiques ou internationales simultanées », décrit le député.

« Ce projet est maintenant à l’étape du lancement de proposition. Un cahier de charge devra être remis aux deux fournisseurs qui se qualifieront d’ici le printemps 2021. Or, à cette étape-ci, votre gouvernement devrait prendre position quant au choix du site de ces drones et du rôle que chacune des parties prenantes aura à jouer », ajoute le député, rappelant qu’avec Promotion Saguenay et le Centre d’excellence des drones (CED) d’Alma, il était revenu à plusieurs reprises à la charge pour vanter les mérites de la région.

Avantages

Richard Martel ne doute pas un instant que Bagotville devrait être « le site principal pour accueillir ces SATP ». Sa proximité des grands centres économiques et politiques du Canada qui forment le triangle Québec-Toronto-Montréal permet de couvrir ces secteurs directement à partir de la base. Elle est également située à un point stratégique pour la défense de l’Est de l’Amérique du Nord et le Nord du Canada.

Selon le député Martel, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean a, de plus, développé un savoir-faire particulier en matière de nordicité, comme en fait foi la chaire de recherches sur le givrage de l’UQAC, et compte sur le Centre d’excellence des drones. Il rappelle également toute l’expertise développée par la filière aérospatiale du Québec.

Le relatif isolement de la région constitue, à ses yeux, un autre avantage, car il rend accessibles de vastes zones d’entraînement, sans pour autant constituer un obstacle, car son réseau routier lui permet « des déploiements logistiques flexibles et rapides ». « En pressant le gouvernement fédéral de choisir Bagotville comme site des SATP, vous avez l’opportunité de donner un souffle à cette industrie (aérospatiale) dans notre province. Les intervenants de la région, les acteurs du secteur de l’aérospatiale, le gouvernement du Québec et moi-même continuerons à vous sensibiliser à cet enjeu », conclut la lettre du député dont des copies ont été envoyées à plusieurs acteurs économiques et politiques de la région, ainsi qu’au premier ministre François Legault.