Jeff Auclair-Pilote et Jonathan Lavoie espèrent commencer la construction de l’usine de cannabis haut de gamme ce printemps.

Révision du projet d'usine de cannabis à Saint-Prime

JOURNALISTE DE L'INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL / Les promoteurs derrière CannaBoréa, Jonathan Lavoie et Jeff Auclair-Pilote, ont dû revoir leur projet d’usine de culture de cannabis haut de gamme qui se déploiera à Saint-Prime afin d’en assurer un démarrage imminent. L’engagement de partenaires financiers se fait encore attendre alors que le début de la construction du projet de plus d’un million de dollars est tout de même espéré pour ce printemps.

« À venir, ce n’est clairement pas un non. On continue. La seule problématique que l’on rencontre, c’est au niveau du financement. J’attends encore des réponses de certains partenaires financiers. Ce n’est vraiment pas un non. Tout ce qu’on pense, c’est qu’on veut le faire ce printemps. On essaie le plus possible que ce soit ce printemps », a confié Jeff Auclair-Pilote, l’un des deux promoteurs, au Quotidien.

Les deux associés ont, au cours des derniers mois, retravaillé le projet afin de le rendre davantage accessible aux investisseurs.

La méthode de culture d’aéroponie à basse pression a été remplacée par un système hydroponique de tables de marée. Cette modification, qui devrait offrir un rendement similaire, ne requiert pas de système de ventilation valant 1,5 M$. De nombreux casse-têtes associés à l’humidité sont également évités.

La taille du bâtiment a également été revue à la baisse. Ainsi, le terrain acquis dans le Parc industriel de Saint-Prime ne devrait accueillir que la production alors que les espaces administratifs se retrouveraient à Roberval. L’espace sélectionné par les entrepreneurs permettra tout de même un déploiement lors de phases subséquentes.

La réduction du projet aura une incidence sur la production annuelle de cannabis, laquelle devrait passer de 640 à 550 kilogrammes, selon les estimations.

La production annuelle de cannabis de CannaBoréa devrait atteindre 550 kilogrammes.

« On a rapetissé. On a essayé de moduler quelque chose de plus accessible, mais qui va quand même garder sa rentabilité », précise M. Auclair-Pilote.

Une chose ne devrait pas changer : la promesse de qualité des cultivars produits. « On n’en démord pas. C’est clair qu’on est dans le haut de gamme et qu’on va y rester. On ne fera pas de la piquette », promet l’entrepreneur.

Multipliant les heures consacrées au projet, le comptable Jeff Auclair-Pilote confie que les démarches dans ce domaine d’activité riment généralement avec longueurs.

« Le but dans toute cette histoire, c’est de décoller. Toutes les institutions financières disent qu’elles veulent nous financer, mais que ça prend la licence avant. Si je veux avoir une licence, je dois construire une bâtisse et la faire inspecter par Santé Canada. Après m’avoir approuvé, ils vont me donner ma licence. Pas d’argent, pas de bâtisse, pas de licence, et on va se tourner après la queue », rappelle-t-il. L’obtention de la licence permettra, selon lui, d’ouvrir de nombreuses portes.

La première pelletée de terre attendue pour ce printemps est conditionnelle à l’obtention du financement, qui provient, jusqu’à maintenant, d’intérêts privés de la région.

Pas de cannabis avant 2021

La construction de l’usine de CannaBoréa devrait s’échelonner sur près de trois mois. L’entreprise effectuera, par la suite, les démarches entourant l’obtention de licences émises par Santé Canada. Dans le meilleur des mondes, la production du cannabis haut de gamme destinée, en premier lieu, à une clientèle médicale, ne débuterait pas avant l’hiver 2020.

Désirant éviter d’autres demandes de licences et des délais supplémentaires, les promoteurs jeannois ont déjà finalisé des ententes avec un producteur qui se chargera de mettre en pot la production.

Marché en changement

Jeff Auclair-Pilote croit que les grands producteurs se tourneront, dans un avenir rapproché, vers la transformation, notamment en créant des produits alimentaires, dont des brownies, des biscuits et du thé. En revanche, les récoltes provenant de producteurs de petite taille devraient, selon lui, se retrouver sur les tablettes de la Société québécoise du cannabis. Il affirme que le vent de changement est déjà observable.

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LE PROVINCIAL PLUS FERMÉ AU CANNABIS

Le promoteur Jeff Auclair-Pilote déplore les nombreux obstacles qui s’invitent lorsque des entrepreneurs tentent de démarrer des projets dans le domaine du cannabis.

« Au fédéral, il n’y a aucun problème. C’est le provincial. Sérieusement, au Québec, je ne sais pas ce qui se passe, mais on a décidé qu’on n’aimait pas ça, le cannabis. C’est plate parce qu’on est en train de passer à côté d’un marché qui pourrait être du renouveau pour nos agriculteurs », indique-t-il.

Ainsi, malgré un décret ministériel, les hommes derrière CannaBoréa n’ont pu obtenir la participation financière d’Investissement Québec. L’organisation gouvernementale a réglementé ses activités, décidant de ne pas financer la culture, mais seulement la transformation.

Jeff Auclair-Pilote souligne que la situation diffère grandement en Ontario. Il expose les différences, notamment au niveau de la participation du gouvernement provincial ainsi que de la collaboration des infirmières et des médecins.

« Au Québec, on est mal informés, mal guidés. Et on est surtout pris par la main, en se faisant dire que c’est le Diable en personne. L’information qui est divulguée par rapport au cannabis, je trouve qu’elle est faussée un peu », affirme M. Auclair-Pilote.

Le promoteur se désole également de voir les grandes différences entre l’univers du cannabis et celui de la microbrasserie, qui partagent certaines similarités. « Nous, on tourne autour du pot parce que les institutions financières ont décidé, selon leurs règlements internes, que ça marcherait de façons différentes aux microbrasseries. Parce que c’est du cannabis et parce que le secteur est méconnu », ajoute-t-il.