Retours des enseignants retraités: le syndicat émet des réserves

Jonathan Hudon
Jonathan Hudon
Le Quotidien
La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) au Saguenay–Lac-Saint-Jean n’est pas épatée par l’incitatif financier annoncé par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, qui vise à ramener dans le réseau public les enseignants nouvellement retraités. Cette offre n’encouragera pas ces retraités à reprendre un boulot qu’ils ont quitté alors que les conditions étaient déjà difficiles, a fait remarquer Nicole Émond, présidente du syndicat de l’enseignement De La Jonquière.

En entrevue à chaud, quelques heures seulement après l’annonce du gouvernement du Québec, Mme Émond a qualifié d’ambitieuse cette nouvelle mesure. Elle a rappelé que certains enseignants avaient décidé de prendre leur retraite plus tôt, puisqu’ils en avaient assez des conditions de travail.

«Certains ont même accepté de partir en ayant des pénalités (sur leur fonds de pension) donc on a des réserves et on se demande vraiment si les retraités vont répondre à l’appel.»

Nicole Émond questionne l’incohérence salariale que risque de provoquer le nouvel incitatif. Si un enseignant retraité accepte de revenir au boulot, il gagnera le même salaire qu’au moment de prendre sa retraite, mais surtout, la rémunération quotidienne pour une journée de suppléance s’élèvera à 412 $ pour ce groupe, comparativement à 212,15 $ pour un enseignant suppléant «normal».

«On ne comprend pas pourquoi il y aurait une inéquité entre un retraité et un jeune enseignant», a-t-elle soulevé.

La présidente syndicale, qui agit à titre de porte-parole régionale de la FSE, se demande également si c’est une bonne idée d’inviter les retraités à retrouver les classes d’école, eux qui se retrouvent inévitablement à un âge plus avancé, donc plus vulnérable à la COVID-19.

«On demande pourtant aux personnes âgées de rester à la maison», a noté Nicole Émond.

Le nouvel incitatif touche précisément tous les enseignants qui ont pris leur retraite depuis le 1er juillet 2015. Au Centre de services scolaire De La Jonquière, la présidente du syndicat estime qu’une vingtaine d’enseignants par année quittent pour la retraite.

«Peut-être que ça pourrait permettre quelques retours, mais on a des doutes», a-t-elle poursuivi.

Pas la bonne catégorie
Le désir de ramener les retraités surprend Nicole Émond pour une autre raison. Alors que la rétention des jeunes finissants atteint un pourcentage peu reluisant, elle aimerait plutôt que des efforts soient faits pour stimuler le retour au travail de cette tranche d’âge.

«On veut rendre le travail attractif et on en voit, des jeunes bacheliers qui quittent le monde de l’enseignement pour changer de domaine», a énoncé Mme Émond, rappelant qu’un pourcentage important de finissants quittaient le milieu moins de cinq ans après y avoir fait leur entrée.

«On ne vise pas la bonne catégorie de personnes», a-t-elle tranché.