Retour sur l'économie en 2019

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
L’année 2019 aura été celle des grands projets. Métaux BlackRock, Arianne Phosphate et GNL Québec divisent la population. Si ces projets suscitent de grands espoirs, alors que les investissements chez Rio Tinto sont reportés aux calendes grecques, ils créent aussi des inquiétudes.

UNE PÉNURIE DE MAIN-D'OEUVRE QUI FAIT MAL

Il ne se passe une semaine sans que la pénurie de main-d’oeuvre ne fasse les manchettes. Elle touche tous les domaines et affecte les grandes entreprises comme les petites. Cet automne, la Fédération des Chambres de commerce du Québec a sonné l’alarme en publiant un livre blanc. En région, pour 1000 travailleurs qui prennent leur retraite, 650 seulement entrent sur le marché du travail. En février, le professionnel en intervention en persévérance scolaire au CRÉPAS, Pascal Lévesque, faisait remarquer que le manque de travailleurs était une menace pour le taux de diplomation. Les employeurs recrutent dorénavant sur les bancs d’école tellement les besoins sont criants. En décembre, une vingtaine d’entrepreneurs de partout au Québec, parmi lesquels on retrouvait Béton préfabriqué du Lac, ont signé une lettre ouverte demandant au gouvernement Legault d’accueillir plus d’immigrants pour combler les besoins de personnel. Gageons que le sujet n’a pas fini d’alimenter les unes des journaux.

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LE GAZ NATUREL DIVISE

Appuyé aussi fortement qu’il est décrié, le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie n’a pas fini de faire parler de lui. Si personne ne doute des bienfaits économiques que ce projet amènerait dans la région, l’idée ayant été appuyée publiquement par de nombreux entrepreneurs et organismes, son empreinte environnementale crée des remous. D’un côté, GNL Québec prétend que l’usine Énergie Saguenay contribuera à réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale en remplaçant des centrales au charbon par une source d’énergie moins polluante. De l’autre, des groupes environnementaux et de protection du fjord du Saguenay réfutent les affirmations de GNL Québec en invoquant l’urgence climatique. Entre les deux, la construction d’un gazoduc par l’entreprise Gazoduq entre l’Ontario et le Saguenay ne se fera pas sans heurts, des citoyens d’Abitibi ayant déjà contesté le tracé de ce tuyau de plus de 780 kilomètres. En 2020, le processus d’évaluation environnementale de ce projet se poursuivra, tant au fédéral qu’au provincial.

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RIO TINTO REPORTE DEUX INVESTISSEMENTS

Sans tambour ni trompette, Rio Tinto a reporté à une date indéterminée deux investissements majeurs dans la région en octobre. L’entreprise a mis sur la glace le projet AP60 à Jonquière et la construction de l’usine de billettes à Alma. Le fabricant de métal gris a justifié sa décision en invoquant les conditions du marché mondial de l’aluminium. « Notre décision de mettre les deux projets sur la glace tient compte du prix de la tonne de l’aluminium, qui se transige à 1700 $ US, de l’incertitude économique et du contexte politique mondial », a affirmé le directeur des relations avec les médias Canada et États-Unis pour Rio Tinto, Simon Letendre. Les syndicats ont dénoncé le choix de l’entreprise. À Alma, le président du Syndicat de l’aluminium, Sylvain Maltais, a rappelé que les employés avaient accepté de rouvrir leur convention collective pour garantir la paix industrielle. Alain Gagnon, du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida, n’a pas caché sa déception. 

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FEU VERT POUR BLACKROCK

Le 1er mai, Métaux BlackRock a obtenu un décret pour construire son usine de transformation du concentré de vanadium-titane-magnétite sur le port de Grande-Anse, à La Baie. Quelques jours plus tôt, l’entreprise recevait une autorisation de la part du ministère de l’Environnement pour exploiter une mine à ciel ouvert pour l’extraction de ferrovanadium à Chibougamau. BlackRock a laissé entendre, à l’époque, qu’elle compléterait son financement « dans les prochaines semaines » et que tout allait pour le mieux. Si cette nouvelle a réjoui le milieu des affaires régional, on attend toujours la concrétisation de ce projet évalué à 1,3 G $. Quand Le Quotidien a effectué des vérifications auprès de l’entreprise à l’automne, BlackRock a laconiquement affirmé qu’elle était toujours en train de tenter de compléter son financement, contrairement à ce qu’elle avait affirmé en avril. Les travaux de génie civil et de bétonnage, qui constituent la prochaine étape de construction de l’usine de La Baie, n’auront vraisemblablement pas lieu avant le printemps 2020.

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DES CONDIMENTS FAITS ICI

Depuis l’été dernier, il est possible de mettre un peu du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans ses hot-dogs. Les entrepreneurs Simon-Pierre Murdock et Jean Boivin, de Morille Québec, Nicolas Beaupré, de Mateina Yerba Maté, et Jean-Sébastien Gauthier, d’Embouteillage JSG, ont lancé un trio de condiments fabriqués uniquement avec des ingrédients canadiens et embouteillés dans la région. Le ketchup, la relish et la moutarde de Canada Sauce, sans agents de conservation, sans colorants et sans saveurs artificielles, ont connu un succès instantané. Deux mois après le lancement, l’entreprise avait vendu 20 000 bouteilles, grâce, entre autres, à un contrat de distribution avec les épiceries IGA. On retrouve maintenant ces produits dans 282 épiceries de la chaîne. Les entrepreneurs derrière ces condiments ont de grandes ambitions. Simon-Pierre Murdock affirmait lors du lancement des produits qu’il voulait embouteiller entre 500 000 et un million de contenants annuellement et les distribuer partout au Canada.

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LA RÉGION S'OPPOSE À QcRAIL

Les élus de la région sont montés aux barricades pour dénoncer QcRail, un projet de voie ferrée de 370 kilomètres qui reliera Dolbeau-Mistassini à Baie-Comeau. La Table régionale des élus (TRÉ), avec à sa tête Gérald Savard, a dénoncé le 2 septembre l’octroi d’un contrat de 7,5 M$ par le gouvernement fédéral pour évaluer la faisabilité de ce nouveau lien ferroviaire devant desservir le transport industriel. Les élus croient que s’il se réalise, le projet QcRail permettra à plusieurs industries de «contourner» la région. Le promoteur de QcRail évalue les coûts de construction de cette voie ferrée à 1,6 G$. L’idée derrière l’infrastructure est de donner un accès à un port en eau profonde supplémentaire aux industries qui veulent faire des exportations internationales. Le directeur général de Port de Saguenay, Carl Laberge, estime quant à lui que QcRail remet complètement en question le plan de transport régional.