Le CHSLD de la Colline a été le principal foyer d’éclosion du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le CHSLD de la Colline a été le principal foyer d’éclosion du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Retour sur la crise de la COVID-19 au CHSLD de La Colline, qui a emporté 21 résidents

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
C’est à 12h50, en début d’après-midi le 2 avril dernier, que tout a basculé au CHSLD de La Colline, principal foyer d’éclosion de la COVID-19 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est à ce moment précis que la chef d’unité du CHSLD, Sabrina Bouchard, a reçu le test positif du premier résident frappé par le coronavirus. Retour sur une crise qui a vite pris des airs de champs de bataille.

« C’était à midi 50, le 2 avril, je m’en souviens très bien! Le soir même, on recevait un deuxième test positif pour un deuxième résident. Tout a changé à ce moment-là », a expliqué Sabrina Bouchard, qui gère le CHSLD de La Colline de Chicoutimi-Nord depuis l’été 2019. Celle qui a été infirmière durant plusieurs années en soins de longue durée ne s’attendait pas du tout à être plongée au coeur de l’action quelques mois plus tard.

Entre le 2 et le 15 avril, des résidents et des travailleurs du CHSLD étaient déclarés positifs chaque jour. Des zones chaudes ont rapidement été aménagées, les résidents ont été confinés dans leur chambre. Les patients infectés étaient isolés et des masses de travailleurs renvoyés à la maison, en isolement préventif ou parce qu’ils tombaient malades.

La gestionnaire Sabrina Bouchard a contracté la COVID-19. 

En un peu plus d’un mois, 52 résidents et 64 employés ont attrapé la COVID-19 au CHSLD de La Colline, ce qui représente environ 37 % de tous les cas au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Au plus fort de la crise, 12 résidents sont décédés de la maladie en une semaine à peine. Ils sont 21 à avoir succombé au virus depuis le début de la pandémie.

Selon Sabrina Bouchard, la méconnaissance du virus est sans doute responsable de la flambée dans le CHSLD, comme dans les autres établissements au Québec.

Une employée habillée pour se rendre en zone chaude. 

« Au début, nous ne portions pas l’équipement de protection, puisqu’on nous demandait de porter le masque si une personne avait des symptômes seulement. Le lendemain de nos premiers cas, on nous a dit qu’il fallait maintenant porter le masque en tout temps. Le mal était fait. On n’a pas à jeter le blâme sur personne, puisque le virus était encore méconnu et on a fait ce qui devait être fait, selon nos connaissances », explique-t-elle.

mauvais tour

Aujourd’hui, la science a démontré que le virus est contagieux bien avant l’apparition des symptômes, ce qui a joué des tours au personnel médical.

« Avoir su, c’est certain que des mesures auraient été prises en ce sens et les stratégies auraient été différentes. Mais on ne croyait pas que le virus était aussi virulent. Aujourd’hui, je me dis que cette naïveté était peut-être une bonne chose, parce qu’avoir su vers quoi on s’en allait à ce moment-là, ça aurait été encore plus difficile », a ajouté Mme Bouchard, qui n’a pas hésité à prêter main-forte aux travailleurs, au plus fort de la crise.

« La seule chose qui nous importait, c’était de prendre soin de nos résidents. Nous étions dans l’action 24 heures sur 24, il n’y avait plus d’organisation de travail. Tout le monde faisait ce qu’il fallait faire pour les résidents », a affirmé Mme Bouchard.

La gestionnaire a elle-même attrapé la COVID-19. Elle a reçu son diagnostic le 17 avril et aura été en congé maladie durant 25 jours, puisque le virus a frappé fort.

Le moral des troupes a été durement éprouvé par les décès en série des résidents infectés.

Des zones chaudes ont vite été aménagées pour contenir le virus.

« Ç’a été très difficile. Le pire, c’est qu’on ne pouvait pas leur rendre hommage comme on est habitué de le faire, en faisant des petites cérémonies, par exemple. C’était impossible de le faire. Et perdre des résidents de cette façon, ç’a été très difficile pour les travailleurs, je peux vous le dire », a noté Mme Bouchard, qui s’est dite très fière des employés du CHSLD de La Colline.

Aujourd’hui, le calme semble revenu à l’établissement de soins. Un seul résident est encore infecté par le coronavirus, mais il est atteint depuis maintenant un mois et n’a plus de symptômes depuis plusieurs jours. Mais son test est toujours positif et il doit rester en isolement et les mesures de protection doivent être appliquées.

« Ça va vraiment mieux. Je dirais que la situation s’est stabilisée à la mi-avril, avec l’arrivée de renfort. Mais ça continuait à être difficile. Maintenant, nos résidents et nos employés vont bien. Et nous sommes prêts en cas de deuxième vague. Nous avons énormément appris, au cours des dernières semaines. Chaque personne est importante et chaque personne contribue au travail. J’ai été témoin d’un dévouement extrême. J’ai vu des gens aller au front, dans l’inconnu. Je n’ai vu personne se cacher dans un coin », a conclu la gestionnaire.