Réseau Dignité exige le paiement immédiat des frais funéraires

Certaines maisons funéraires du Saguenay-Lac-Saint-Jean exigent maintenant le paiement immédiat des frais. C’est notamment le cas de celles opérées par le Réseau Dignité, principalement pour éviter les pertes financières.

Au cours des dernières semaines, des lecteurs du journal Le Quotidien se sont demandé si la pratique était de plus en plus répandue et si des solutions existaient pour les familles dont les défunts n’avaient pas d’argent ou pas d’assurances.

Louis Savard, directeur des opérations pour le Réseau Dignité et premier vice-président de Service corporatif international pour le Canada, confirme que cette politique est en vigueur depuis environ 18 mois pour toutes les maisons funéraires du groupe, dont les résidences Nault et Caron de Jonquière, Gravel et Fils de Chicoutimi et le Complexe funéraire Bérubé et fils d’Alma.

« Nous n’avions plus le choix. Pour 2018 seulement, nous avons enregistré des comptes impayés de 180 000 $. Cet argent est perdu. Comme notre marge de profits, pour le funéraire, est de 12 pour cent, cela signifie que le premier 900 000 $ de revenus permet de reprendre le montant perdu », a expliqué M. Savard lors d’un entretien.

« Ça fait 28 ans que je suis dans le milieu funéraire. Et il y a 28 ans, ça n’arrivait pas que des gens ne payaient pas pour les frais funéraires des proches. Ça a bien changé. Il arrive aujourd’hui que des familles ont changé d’adresse à trois reprises ou ont quitté le pays. Cet argent est perdu », poursuit Louis Savard.

Ce dernier précise que le Réseau Dignité agit ainsi afin de garder une liste de prix abordable et demeurer compétitif.

Il précise que les familles peuvent toujours payer les frais funéraires avec leur carte de crédit et bénéficier ainsi d’un délai de 30 jours sans intérêt pour s’acquitter de la facture.

M. Savard indique qu’il est aussi possible d’obtenir une entente avec une institution bancaire, lorsqu’un compte conjoint est gelé, pour une avance afin de payer les frais.

« Dans le passé, le chèque de la Régie des rentes du Québec arrivait assez rapidement, mais les délais ont augmenté. Même chose pour la succession, c’est de plus en plus long avant que ça se règle. Nous ne pouvons ouvrir des marges de crédit pour nos clients. Mes directeurs ne sont pas des banquiers », rappelle le porte-parole du Réseau Dignité.

Louis Savard indique que la politique du paiement immédiat pour le Réseau Dignité existe depuis cinq ans, mais n’est en vigueur que depuis 18 mois.

Questionné à savoir si les problèmes sont plus présents dans les grandes villes que dans les régions, M. Savard souligne qu’il y a plus de cas dans une ville comme Montréal, mais que les pertes sont plus importantes en région.

« Ce que nous constatons, c’est que le ratio des pertes est moins élevé en région que dans les grandes villes en termes de nombre de personnes, mais que les montants perdus sont plus importants en région, là où l’on assiste à des funérailles plus traditionnelles. Par contre, il est plus facile de faire le service de collecte en région que dans les grandes villes », conclut-il.

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DES MAISONS ACCORDENT ENCORE UN DÉLAI

Trois maisons funéraires du Saguenay-Lac-Saint-Jean, soit Leclerc et fils, la Coopérative funéraire du Saguenay et le Complexe funéraire Carl Savard, offrent encore un délai minimal de 30 jours aux familles endeuillées pour payer les frais entourant le départ d’un proche.

Les trois entreprises, qui appartiennent toujours à des intérêts régionaux, n’exigent pas encore le paiement immédiat des frais funéraires, qui peuvent varier de 5000 $ à 15 000 $.

« Nous avons une politique de 60 jours pour le paiement des frais. Nous n’exigerons aucun dépôt au moment des arrangements funéraires. Il faut dire que dans notre secteur (Saint-Félicien, Roberval, Saint-Prime et Dolbeau-Mistassini), nous connaissons à peu près tout le monde. Lorsqu’un décès survient, nous rencontrons les familles et nous procédons aux divers arrangements », précise Yves Leclerc, directeur général de la Maison Marc Leclerc.

« Nous n’avons pas eu beaucoup de cas où les familles n’ont pas payé, mais c’est arrivé. Et il y a des fois où la collecte n’est pas toujours facile à faire, même si nous avons environ 375 funérailles annuellement », ajoute-t-il.

Au Complexe funéraire Carl Savard, à Chicoutimi et à Chicoutimi-Nord, le propriétaire demande un acompte aux familles et attend jusqu’à 30 jours pour la balance du paiement.

« Je pense aux familles et mon objectif est de les aider dans l’épreuve qu’elles vivent. Nous demandons un acompte, mais si la famille n’a pas les moyens, on s’assoit avec elle et on trouve une solution. Je ne cherche pas la solution, j’en trouve une », précise Carl Savard.

Il ne cache pas qu’il lui est arrivé de perdre de l’argent avec des funérailles, mais il n’en fait pas une maladie.

« Je suis dans les affaires et les pertes font partie de notre milieu. Lorsque l’on est en affaires, ce sont des choses qui arrivent et il faut vivre avec. Je ne suis certainement pas le seul à qui cela arrive », ajoute M. Savard.

Brigitte Deschênes, directrice générale de la Coopérative funéraire du Saguenay, applique sensiblement la même politique que ses confrères régionaux.

« Nous offrons toujours une période de 30 jours pour payer les frais funéraires sans intérêts. Après ce délai, nous rencontrons les familles afin de voir comment se déroule la succession. Nous demandons alors un acompte. Et après 60 jours, nous trouvons une solution en offrant un prêt sans intérêts, car on peut comprendre des fois que c’est un peu plus long avant que ça se règle », mentionne Mme Deschênes.

Cette dernière ajoute aussi que les familles sont invitées à se rendre à l’institution financière du défunt afin de faire débloquer des comptes de banque pour diverses urgences.