Aïssata Barry
Aïssata Barry

Rénover une école du Mali à partir d’Alma

Aïssata Barry rêvait d’une éducation supérieure et de liberté, alors que sa famille s’apprêtait à arranger son mariage. En cachette, son père a préparé son départ du Mali pour le Québec en l’inscrivant en Techniques de gestion et de comptabilité au Collège d’Alma. Ainsi, en 3e année dans ce programme, un projet de grande envergure s’impose. Elle décide de ramasser de l’argent pour la rénovation d’une école de Guétéma au Mali, un projet qui n’a pas été de tout repos, mais qui a finalement eu l’effet escompté.

Dès son plus jeune âge, Aïssata Barry s’intéressait à l’éducation et désirait toujours en apprendre davantage. «Chaque fois que je regardais la télé, je disais à mes parents: ‘‘moi, je veux devenir comme ces femmes qui vont travailler. Elles sont indépendantes, elles ont moins d’enfants’’», exprime la jeune femme au sujet de sa jeunesse. Déjà, elle se sentait différente des autres jeunes filles et femmes de sa communauté. Dans sa famille, la femme s’occupe généralement des tâches ménagères à la maison et n’a pas souvent accès à une grande éducation, car la tradition veut que la fille soit mariée très jeune. Aïssata voulait échapper à ce destin.

Une photo qui a été envoyée par le père Aïssata après les rénovations de l’école.

Sans le savoir, son père a organisé son départ au Canada. Tout s’est fait très rapidement et dans le plus grand secret. Un jour, son père lui a demandé de le retrouver. Cette journée-là, elle dû quitter sa famille sans réel au revoir, prendre l’avion seule, atterrir à Montréal au mois de janvier, où il faisait -35 degrés Celsius, alors que la température frôlait les 30 degrés au Mali lors de son départ. Pendant la route du parc des Laurentides, elle se posait des questions. «Quand je partais pour le Saguenay, quand je suis arrivée dans le parc, j’ai commencé à pleurer. C’est vraiment là que je me suis dit, ‘‘Oh my god, où est-ce que mon père m’a envoyé ?’’. Je me demandais si j’avais pris le bon bus parce que je voyais juste des montagnes et des montagnes», dit-elle en riant aujourd’hui. Elle a été soulagée d’apprendre qu’elle vivrait dans une maison et non pas dans un igloo comme à la télévision. Après quelques péripéties, Aïssata est arrivée à Alma pour entamer le programme de gestion et de comptabilité.

Tous ensemble pour Guétéma

En troisième année de sa technique, un projet important est au programme pour l’obtention du diplôme. Aïssata a immédiatement vu une occasion de faire d’une pierre, deux coups, en proposant de récolter des fonds pour une école secondaire de sa région comme projet final. Son but était de permettre aux jeunes filles d’avoir accès à l’éducation plus longtemps afin de leur permettre d’être libres et de retarder les mariages arrangés. Après plusieurs doutes et discussions, le projet qu’elle a soumis en compagnie de deux collègues de classe, Vanessa NKonda et Andrée-Anne Bouchard, a été approuvé. De là est né le projet Tous ensemble pour Guétéma.

Le professeur au Collège d’Alma et responsable du projet, Jérôme Guy, avoue avoir douté au départ, car les problématiques n’étaient pas tant de ramasser les sous, mais de les envoyer avec la certitude qu’ils seraient utilisés à bon escient. «On ne connaissait pas beaucoup le terrain, on ne savait pas si le partenaire était fiable, ce qu’ils allaient faire avec l’argent, donc j’ai douté.»

Malgré tout, les démarches se sont enclenchées et les étudiantes ont procédé à des activités de financement. Elles ont finalement récolté 6000$ pour la rénovation de l’établissement scolaire. Toutefois, comme ils l’avaient anticipé, Aïssata et son professeur ont surmonté plusieurs embûches avant de voir la concrétisation du projet. Envoyer l’argent ne fut pas de tout repos. Après quelques tentatives, c’est finalement le père d’Aïssata qui a créé un compte et a manœuvré pour que l’école bénéficie de l’argent amassé.

Il y a quelques semaines seulement, M. Guy et les trois diplômées du Collège d’Alma depuis un an, ont reçu les photos de l’école complètement changée après les rénovations. Une belle surprise pour le responsable du projet. «Le 2 juin, nous avons reçu les photos de toutes les classes qui avaient été refaites complètement. J’ai été étonné parce qu’avec 6000$, ils ont réussi à faire quelque chose comme ça. C’est beau ce qu’on voit sur les photos comparé à avant», mentionne le professeur.

Quant à Aïssata, c’est un sentiment de fierté et de réussite qu’elle ressent. «Ce projet, il y a eu des hauts et des bas, ça a été difficile à un moment, j’ai presque craqué, j’ai presque abandonné, mais grâce aussi au courage de Jérôme et des autres collègues de classe, on a réussi, pas exactement comme on voulait au départ, mais on a pu le faire.»

Elle est d’autant plus satisfaite, car le taux d’inscription à l’école a grimpé dans son coin. «Le taux d’inscription des jeunes filles à l’école a grandement augmenté. Aujourd’hui, les femmes ont pris le relais et ont dit à leur mari: ‘‘on aimerait que notre enfant soit comme Aïssata Barry’’. Je suis un modèle pour ces jeunes filles et je suis fière, parce que je ne veux pas qu’elles soient comme moi, je veux qu’elles aient le choix d’aller à l’école, car plusieurs choses passent par l’éducation», ajoute-t-elle avec ferveur.

Elle assure qu’elle ne regrette pas du tout sa formation au Collège d’Alma.