Le premier ministre du Québec, François Legault
Le premier ministre du Québec, François Legault

«Renchausser l’espoir», une guérison à la fois

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le nombre de décès a plus que doublé en 24 heures. Le gouvernement pense à fermer Montréal. Le Québec entre dans une «étape plus critique» de la crise du coronavirus, atteste François Legault. Mais tout n’est pas noir, alors qu’un premier groupe de Québécois s’avèrent officiellement guéris.

Un mois après le premier cas déclaré au Québec, deux semaines après que le gouvernement ait déclaré l’état d’urgence sanitaire, trois jours après la fermeture quasi complète de l’économie provinciale. L’annonce de 10 morts de plus, vendredi, a donné une autre claque au moral québécois. La veille, le total était à huit.

Avec Montréal et l’Estrie comme plus importants foyers de contagion, la Santé publique garde ces régions sous très haute surveillance et ne se ferme aucune porte. Suivre l’ordre d’isolement dans ces «zones chaudes», comme les appelle le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, s’avère plus crucial que jamais. Et ceux qui n’y sont pas, restez-en loin!

«On n’est pas à l’étape de fermer ces régions-là, mais ne faisons pas exprès pour aller à Montréal ou en Estrie», a insisté le premier ministre Legault, lors de son point de presse quotidien de vendredi, en compagnie du Dr Arruda et de la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Des discussions sur les avantages et les inconvénients de confiner certains quartiers ou toute la ville ont lieu entre la Ville de Montréal, la Santé publique et le gouvernement du Québec, confirme M. Legault. Qui prend par ailleurs samedi un premier congé depuis le début de la crise.

Avec 971 des 2021 cas officiels sur son territoire, la métropole est surreprésentée avec près de la moitié des personnes infectées par la COVID-19 pour le quart de la population du Québec. Même chose en Estrie et ses 227 cas, du simple au double pour la proportion population et cas avérés.

Autre stat qui grimpe

«Faut renchausser l’espoir, même s’il nous joue des tours», chante Richard Desjardins.

Les chiffres grimpent à une vitesse folle et font peur. Plus de 25 000 morts dans le monde, plus d’un demi-million de personnes atteintes. Mais aussi plus de 125 000 malades officiellement guéris.

Dont 29 au Québec. Ce n’est pas beaucoup. Mais c’est 27 personnes pleinement rétablies de plus juste pour la journée de vendredi. Premier véritable contingent significatif. La Santé publique en avait ajouté une jeudi, l’autre datant de la semaine passée.

L’Ontario restait à huit dans la journée de vendredi et la Colombie-Britannique, province touchée plus tôt par le coronavirus, affichait que 186 de ses citoyens s’en sont remis à 100 %.

«Il y en sûrement beaucoup plus qui sont guéris [au Québec], mais on n’a pas encore reçu la donnée au niveau central. [...] On va probablement avoir, au cours des prochains jours, une augmentation importante [du nombre de personnes guéries]. Je ne pense pas que nos patients sont plus malades qu’ailleurs», a analysé le Dr Arruda.

La règle initiale des deux tests négatifs nécessaires avec un intervalle de 24 heures pour déclarer quelqu’un guéri ne s’applique plus, ajoute-t-il, expliquant une partie de la multiplication de cas guéris à venir.

Les chiffres officiels de guérisons partout dans le monde, tout comme ceux de personnes atteintes, sont en plus sous-estimés pour des raisons de manque de suivi auprès des cas moins sérieux, le virus étant bénin dans 80 % des cas.

Une vieille méthode

Un médecin français vante à tout vent la chloroquine comme médicament pour le coronavirus. Une étude clinique très rigoureuse est en cours en ce moment même à Montréal pour éprouver de la colchicine.

Mais on sait déjà que le plasma sanguin, c’est-à-dire l’élément liquide du sang, des personnes guéries et contenant encore des anticorps contre la COVID-19 peut servir de remède temporaire pour des cas plus sévères. Ce traitement s’avère de courte durée et doit être répété.

L’État de New York, épicentre de l’épidémie aux États-Unis, a commencé cette semaine à transfuser du sang de ses patients guéris à des malades.

«Si ce traitement s’avère efficace, nous sommes prêts à engager le processus à grande échelle et à activer notre réseau au service des hôpitaux à travers le pays», a déclaré la Dr Beth H. Shaz, directrice médicale et scientifique du New York Blood Centre.

La Santé publique québécoise est bien au fait de la méthode, mais a ses réserves.

«C’est sûr que les plasmas des personnes, ça a été utilisé dans des cas très sévères... Le plasma d’une personne qui a des anticorps pourrait devenir éventuellement une source de traitement, mais on préfère quand même, étant donné que c’est un produit biologique, puis c’est assez compliqué, on préfère quand même mettre nos énergies surtout dans la recherche d’une thérapie qui guérirait, qui pourrait être donnée.

«Parce que le plasma est souvent réservé à des cas plus sévères. Mais, on n’exclut rien tant et aussi longtemps que nos experts nous font des recommandations et que ça fait du sens. Parce qu’en médecine, il y a un principe : d’abord, ne pas nuire», a élaboré le Dr Arruda.

La méthode n’est pas révolutionnaire : le traitement remonte à plus d’un siècle et était utilisé lors d’épidémies de rougeole et de grippe avant l’invention de vaccins.

La pandémie de grippe espagnole de 1918 y a aussi eu droit, sans oublier des utilisations beaucoup plus récentes lors des épidémies de SRAS, en 2002, et d’Ebola, en 2014, en Afrique de l’Ouest.