Denise Blouin a joué un rôle déterminant dans la vie de Rémi Aubin.

Rémi Aubin, l'homme derrière le pêcheur

Tout le monde, ou presque, connaît Rémi Aubin, le passionné de pêche. Mais qui connaît l’enfant en difficulté d’apprentissage, le musicien, l’éducateur spécialisé, le père d’un enfant atteint d’une rare maladie grave, également père d’une petite Chinoise, qui se cachent derrière le pêcheur ?

Le pêcheur de rêves, livre lancé le 8 décembre – jour du 18e anniversaire de son garçon –, relate ces différents moments de la vie de celui qui est bien connu à La Baie et dans la région comme une référence en matière de pêche, lui qui accueille et conseille débutants et experts à l’Accommodation des 21, l’entreprise familiale de quatrième génération située dans le cœur historique du secteur Grande-Baie, à quelques pas de l’église Saint-Alexis.

Pourtant, malgré ce que le titre pourrait laisser croire, l’ouvrage ne livre pas les secrets de pêche de cet amoureux de la nature, mais s’ouvre sur les épreuves qu’il a traversées et le message d’espoir qu’il souhaite livrer.

« Même si on vit des événements qui peuvent nous transformer comme personne, on peut en retirer du positif. Le livre, c’est l’histoire de rêves qui ont été réalisés dans une vie, mais aussi de rêves brisés », a raconté l’homme de 46 ans, rencontré au commerce familial par Le Progrès, lors d’une entrevue empreinte d’émotion.

Le projet est né d’une rencontre fortuite, il y a environ trois ans. Les chemins de Rémi Aubin et de Denise Blouin, orthopédagogue de formation, se sont croisés à nouveau, quelques dizaines d’années après leur première rencontre.

Troubles d’apprentissage

Denise Blouin a joué un rôle déterminant dans sa vie. L’éducatrice l’a aidé à surmonter des difficultés d’apprentissage qui minaient son parcours scolaire lorsqu’il fréquentait l’école primaire Saint-Joseph de La Baie.

Déjà, enfant, celui qui est fils de capitaine de goélette se souvient comment la pêche aux menés, dans les abords des ruisseaux de la baie des Ha ! Ha ! , parvenait à apaiser ses angoisses à sa sortie de l’école.

Aujourd’hui, un diagnostic lui permet de mettre un nom sur ses problèmes de concentration : le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). 

Un livre en cadeau

Au fil de discussions, Denise Blouin a lancé l’idée d’écrire un livre sur le parcours de son ancien élève.

Après plusieurs rencontres avec Rémi Aubin et des membres de sa famille, un ouvrage de 214 pages publié à compte d’auteur a vu le jour sous la plume de l’orthopédagogue, qui s’est consacrée bénévolement au projet, assurant même les frais reliés à la publication et à l’impression des 250 copies du livre.

Rémi Aubin lui a fait totalement confiance dans le processus. « Je n’ai même pas fini de lire le livre ! » a-t-il lancé en riant.

Percussionniste et éducateur spécialisé

La confiance en soi qu’il a su recouvrer au primaire l’a amené à devenir percussionniste au sein d’un groupe, puis à entreprendre des études en éducation spécialisée, métier qu’il a pratiqué une dizaine d’années.

L’arrivée de son fils gravement malade, Jérémy, l’a cependant forcé à mettre sa carrière en éducation spécialisée en plan pour se consacrer au commerce familial, n’étant plus capable d’accueillir la souffrance des autres en raison des événements qui ont bouleversé sa vie et celle de sa conjointe Audrey Morin (voir autre texte).

Des personnes significatives

L’appui de personnes significatives, tout au long de son parcours, lui a permis de puiser la forcer nécessaire pour affronter les épreuves qui se sont présentées à lui et trouver l’énergie de réaliser nombre de projets professionnels et bénévoles faisant la promotion de la pêche.

Son implication lui a d’ailleurs valu des reconnaissances à l’échelle provinciale et canadienne, ainsi que plusieurs participations à des émissions et revues d’envergure internationale.

« Denise a été l’une des premières personnes à croire en moi. Il y a eu des personnes significatives dans mon parcours, comme mes parents et des professeurs au cégep, qui m’ont aidé à prendre confiance en moi. C’est le message que le veux lancer : on trouve toujours sur notre route des personnes significatives qui nous permettent d’avancer. »

Lianne et Jérémy Aubin

Son fils atteint d’un syndrome orphelin

Le fils de Rémi Aubin, Jérémy, est atteint d’un rare syndrome orphelin dont souffriraient seulement quatre autres personnes à travers le monde.

« C’est comme si on avait tiré le mauvais chiffre à la loto », résume Rémi Aubin.

Dès ses premières minutes de vie, le petit Jérémy montrait des problèmes de santé, qui ont nécessité un transfert d’urgence à Québec, avant une succession d’opérations – qui ne seront que les premières d’un nombre que lui et sa conjointe, Audrey Morin, ne comptent plus aujourd’hui.

Dix-huit ans plus tard, les nombreux médecins spécialistes et généticiens qui ont étudié son cas ne sont toujours pas en mesure de mettre un nom sur la maladie qui affecte Jérémy.

« On nous a dit qu’il y aurait quatre cas comme lui dans le monde. Il a un syndrome orphelin, qui serait le résultat d’une mutation d’ADN, selon les dernières avancées scientifiques », a expliqué celui qui s’ouvre pour l’une des rares fois sur la maladie de son fils dans le livre Le pêcheur de rêves.

Rémi Aubin et Audrey Morin forment un couple fort et uni, après toutes les épreuves traversées.

Un survivant

Jérémy est né avec plusieurs malformations cardiaques, a souffert d’une craniosynostose (soudure prématurée du crâne chez l’enfant) de dysplasie neuronale intestinale (problème du mouvement des intestins). Il est de plus autiste, souffre d’une déficience intellectuelle, d’épilepsie, d’arthrite et d’un trouble du langage.

Au fil des opérations et des épisodes de maladie, les médecins ont plus d’une fois prédit la mort du garçon.

« C’est un miraculé », laisse tomber Rémi Aubin, qui avoue avoir plusieurs fois perdu espoir, alors que son amoureuse tentait chaque fois de lui faire croire que tout n’était pas perdu.

Le garçon a toujours pu grandir dans la demeure familiale, tout en fréquentant l’école primaire du quartier grâce à l’aide d’éducateurs spécialisés. Rémi Aubin ne pourra d’ailleurs jamais oublier la surprise que les élèves de l’école Saint-Joseph avaient faite à son fils.

Jérémy avait alors été plongé dans le coma à la suite d’une septicémie qui l’a presque emporté. Les médecins avaient annoncé aux parents qu’il devrait respirer à l’aide d’une alimentation en oxygène pour le restant de ses jours, un autre pronostic qu’il a déjoué.

« Il a été plusieurs mois sans aller à l’école, il s’ennuyait de ses amis. À la maison, on lui avait installé un tube de 50 pieds pour qu’il puisse aller sur la galerie jouer avec sa sœur. Un jour, les enfants de l’école sont venus lui chanter une chanson et lui donner un cadeau », se rappelle-t-il, la voix brisée par l’émotion et les larmes aux yeux.

Jérémy fréquente maintenant une école spécialisée. Malgré son handicap, il démontre une grande facilité envers tout ce qui touche l’informatique et possède une mémoire étonnante, relate son père, les yeux brillants de fierté.

Rémi Aubin, sur les glaces de la baie des Ha! Ha! avec sa fille Lianne qui, comme son père, est une passionnée de pêche blanche.

Le rêve d’une famille

La maladie de leur fils n’a pas fait perdre de vue le rêve de Rémi et d’Audrey d’avoir plusieurs enfants.

Sous la recommandation des médecins, qui craignaient qu’ils n’aient un deuxième enfant souffrant du même syndrome inconnu, le couple s’est tourné vers l’adoption internationale. C’est ainsi que Lianne, aujourd’hui 11 ans, est entrée dans leur vie.

« Elle vient du sud de la Chine. Elle aussi, c’est une survivante », a-t-il souligné, en faisant référence aux nombreuses fillettes chinoises sacrifiées en raison de la politique du régime de l’enfant unique, aujourd’hui assouplie, qui amenait alors les parents à préférer les garçons.

Résilience

Rémi Aubin a développé une forte capacité de résilience après ces 18 dernières années particulièrement éprouvantes.

« Quand quelque chose ne va pas, je me dis qu’il y a toujours pire dans la vie. […] Quand on vit des épreuves comme celles-là, ça passe ou ça casse. Après ça, rien ne peut t’arrêter. »