Il aura fallu moins de dix jours pour procéder au redémarrage de la machine à papier numéro 9 de la papeterie d’Alma. Deux jours après la mise sous tension de la machine, la production respecte déjà les budgets de démarrage en quantité et en volume.
Il aura fallu moins de dix jours pour procéder au redémarrage de la machine à papier numéro 9 de la papeterie d’Alma. Deux jours après la mise sous tension de la machine, la production respecte déjà les budgets de démarrage en quantité et en volume.

Redémarrage « miracle » de la machine numéro 9

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Il aura fallu moins de dix jours aux papetiers de l’usine de Produits forestiers Résolu (PFR) d’Alma pour reprendre un rythme de production normal avec la machine à papier numéro 9, laquelle fonctionnera au cours des prochains mois sur une base de quatre jours par semaine, avec la possibilité d’ajouter des quarts de production.

Le redémarrage de la machine numéro 9, réalisé en urgence, tient pratiquement du miracle dans les circonstances sanitaires et économiques. Le carnet de commandes s’était littéralement vidé avec l’arrêt brusque de l’économie causé par la pandémie de COVID-19.

Le directeur de l’usine d’Alma, Paul Falardeau, a d’ailleurs tenu à souligner ce fait d’armes assez rare dans l’industrie. « Nous n’avions pas une très grosse marge de manoeuvre pour profiter des occasions qui se présentaient. Il fallait répondre rapidement aux clients, sans quoi ils auraient trouvé un autre fournisseur. Les travailleurs ont même tenu des réunions la journée de la fête du Travail », a confié M. Falardeau au Progrès, à l’occasion d’une visite des installations, jeudi, en compagnie des dirigeants syndicaux de l’usine.

L’opération a nécessité beaucoup de flexibilité de la part de tous les acteurs. L’enjeu consistait à déployer les travailleurs pour rependre la production sur la machine numéro 9, tout en évitant les impacts pour la production sur la machine à papier numéro 14, laquelle produisait toutes les commandes de la papeterie d’Alma.


« Nous n’avions pas une très grosse marge de manoeuvre pour profiter des occasions qui se présentaient. Il fallait répondre rapidement aux clients, sans quoi ils auraient trouvé un autre fournisseur. »
Paul Falardeau

L’affaire n’était pas simple, si l’on considère que cette usine fabrique plus ou moins 80 produits différents en fonction des exigences des clients.

« On s’est retrouvés avec la situation où il y avait plus de travailleurs volontaires pour participer au redémarrage de la machine que les véritables besoins. C’est devenu un défi, aux yeux des travailleurs, de réussir l’opération dans une période aussi courte », a expliqué Michel Munger, vice-président opération du syndicat CSN de l’usine Résolu d’Alma.

La participation volontaire des travailleurs a constitué « la plus belle surprise » de la direction de Résolu. Ils étaient peu nombreux à croire qu’il était possible d’agir aussi vite et d’atteindre un rythme de production normal.

La machine a commencé à tourner le 14 septembre. Jeudi, lors du passage du Progrès, l’équipement était déjà « dans le budget » de redémarrage avec une production optimale, tout en respectant les critères de qualité.

En moins de 12 mois, les représentants syndicaux ont eu à gérer la fermeture des machines 9 et 10, de même que le redémarrage de la machine 10. Le syndicat CSN a même vu des travailleurs qui avaient déniché des emplois ailleurs revenir à la papeterie.

« Après l’acceptation des travailleurs, on a dû refaire les horaires de travail et agencer les mouvements, tout en tenant compte des conventions », a précisé Michel Munger.

Le défi du redémarrage comprenait beaucoup plus que le redéploiement de la main-d’oeuvre à l’intérieur de l’usine. Le directeur Paul Falardeau explique qu’une machine à papier est un équipement de production complexe, avec plusieurs systèmes, et que rien ne doit être laissé au hasard quand arrive le moment de mettre les moteurs sous tension. Il a été témoin de toute l’expertise dont dispose la papeterie pour une telle opération.

Le directeur de l’usine, Paul Falardeau, pose en compagnie des présidents des syndicats CSN et SEPB-FTQ, Michel Munger et Pierre Tremblay. Les syndicats ont participé activement à la préparation de la machine à papier numéro 9 pour permettre le mouvement de main-d’oeuvre nécessaire.

M. Falardeau cite un exemple plutôt simple, mais qui aurait pu causer des retards dans le redémarrage. « On a constaté qu’il y avait un problème avec une pompe, qui était nécessaire. Un travailleur qui connaît bien la machine a expliqué comment on pouvait fonctionner temporairement en effectuant une autre manoeuvre. Tout a bien fonctionné et on va profiter de l’arrêt de la fin de semaine pour ajouter la pièce manquante. »

David Desbiens, vice-président du syndicat SEPB-FTQ de l’usine d’Alma, a vécu plusieurs opérations à caractère exceptionnel dans la papeterie. Il a toujours été convaincu que les travailleurs parviendraient à mettre en place le fonctionnement nécessaire pour prévoir des arrêts hebdomadaires, alors que la logique normale de production dans une usine de papier repose sur un minimum d’arrêts pour obtenir la plus grande rentabilité possible.

De plus, les mesures sanitaires n’ont fait qu’augmenter le degré de difficulté de l’opération de redémarrage. Plusieurs précautions ont été prises afin d’éviter l’introduction du coronavirus.

« Quand vous avez deux opérateurs qui tombent malades, vous faites quoi ? On ne forme pas un opérateur de plan de pâte thermomécanique en quelques jours. Ce n’était pas évident de travailler avec les masques, avec la chaleur, mais les travailleurs ont bien compris l’importance de la protection. On a même fait fabriquer des tables de réunion en losange pour s’assurer de la distanciation », rapporte M. Falardeau.

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UNE RELANCE FRAGILE EN TEMPS DE PANDÉMIE

La fin de la première vague de la pandémie et la légère reprise économique ont été suffisantes pour regarnir le carnet de commandes de la papeterie d’Alma. Syndicats et direction espèrent de tout coeur que cette fragile relance ne sera pas perturbée par la deuxième vague de la pandémie.

« On le constate dans nos carnets de commandes. Il y a une reprise. C’est pour cette raison que nous avons eu des opportunités », tranche le directeur de l’usine Résolu d’Alma, Paul Falardeau. 

La première vague a provoqué la fermeture de deux machines, capables de produire 160 000 tonnes de papier blanc par année. Résolu a alors dirigé toutes les commandes de ces grades de papier sur la machine numéro 14.

« Ça n’a pas été facile de tout concentrer sur la machine 14 », soutient Pierre Tremblay, président du SEPB-FTQ, qui travaille à la gestion de l’entretien des machines. 

La machine 14 a une capacité de production de 160 000 tonnes métriques par année et il a fallu que les papetiers gèrent efficacement de nombreux changements d’ordre en raison de la fermeture des machines 9 et 10.

Avec le redémarrage de la machine numéro 9, les plus petites commandes vont être produites sur cette unité. Il sera ainsi possible de regrouper les mêmes types de papier afin d’éviter les changements d’ordre. Cette opération va ainsi améliorer la performance de la machine numéro 14, laquelle conservera les plus gros volumes de papier au sein des mêmes catégories de produits.

« Il y a 20 ans, c’était un désavantage d’avoir des machines comme la 9 et la 10. Il fallait des machines plus grosses. Mais dans le contexte actuel, c’est beaucoup plus facile de gérer les commandes avec des machines de cette capacité », ajoute Pierre Tremblay.

Le directeur Paul Falardeau a tenu à parler de l’avantage de l’usine d’Alma avec la production d’électricité sur la rivière Shipshaw. Il a fait un tour rapide des usines aux États-Unis, afin d’identifier des producteurs américains jouissant des mêmes avantages. Ils ont été dans l’obligation de fermer des usines en raison de la chute de la demande.