Les travailleurs étrangers forment le plus gros de la main d'oeuvre dans les champs de bleuets de la région.

Récolte des bleuets : les règles retardent les embauches

Les producteurs de bleuets du Saguenay-Lac-Saint-Jean craignent de ne pas avoir accès à leur main-d’œuvre étrangère à temps pour la prochaine saison, en raison de la complexité des nouvelles règles administratives.

Selon les gestionnaires de Bleuets Sauvages du Québec, des retards sont d’ailleurs annoncés quant au traitement des demandes en cours chez Services Canada.

« On ressent déjà la lourdeur du processus pour nous et pour la fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME). C’est plus de travail et c’est plus difficile. On a de sérieux doutes », explique le directeur des opérations chez Bleuets Sauvages du Québec, Pascal Hudon.

Le directeur des opérations chez Bleuets Sauvages du Québec, Pascal Hudon, et la responsable des ressources humaines, Maryse Mercier, déplorent la lourdeur administrative du recrutement à l’étranger.

Une nouvelle exigence gouvernementale oblige les travailleurs à fournir leurs données biométriques avant leur entrée au pays. Cette nouvelle procédure prévue une fois par décennie débutera dans les mois à venir. Les travailleurs mexicains, qui n’ont pas toujours accès à Internet, se retrouveront dans l’obligation de prendre rendez-vous via un site Web. Ils devront ensuite faire le trajet jusqu’à Mexico, qui est la seule ville du pays à offrir le service.

« Ce n’est pas un secret pour personne. De la main-d’œuvre, il n’y en a pas au Québec. On se demande pourquoi le gouvernement alourdit tout le processus au lieu de nous faciliter la tâche », a confié Pascal Hudon, lors d’un entretien avec Le Quotidien.

Reconnaissance des entreprises

Pour une dixième année, faute de ressources locales disponibles lors des récoltes, l’entreprise Bleuets Sauvages du Québec se tournera vers le Mexique afin de combler ses besoins. Ces travailleurs reviennent, année après année, dans une proportion de 90 %. Même s’ils sont reconnus pour bien traiter les employés, les dirigeants de Bleuets Sauvages du Québec doivent recommencer le même processus année après année.

La responsable des ressources humaines chez Bleuets Sauvages du Québec, Maryse Mercier, confirme que la rareté de la main-d’oeuvre se fait sentir depuis quelques années.

« Quand nous sommes rendus à chercher des employés à l’extérieur du pays, il faudrait que le gouvernement nous aide à le faire », soutient M. Hudon.

L’entreprise se retrouve avec deux types de main-d’œuvre à travers le programme travailleur agricole saisonnier et le programme travailleur étranger temporaire à bas salaire. Le travail en champs est considéré comme agricole alors que les opérations effectuées en usine sont de l’ordre du domaine non agricole. Le simple fait de congeler des bleuets relève de la transformation alimentaire.

Ces distinctions augmentent la complexité des opérations alors que les employés du secteur agricole ne peuvent se tourner, une fois les récoltes terminées, vers l’usine.

Pascal Hudon plaide pour un transfert plus facile des employés. Il cite en exemple ceux travaillant en champs qui pourraient venir compléter leur période de travail en usine pour la même entreprise. En ce moment, la loi permet aux employés de participer aux récoltes de bleuets, de canneberges et de pommes. Toutefois, ils ne peuvent passer du champ aux usines même si cela concerne une seule et unique entreprise.

« Venir ici pour travailler quatre ou cinq mois, c’est intéressant. Venir ici pour le travail en usine seulement un ou deux mois, c’est moins intéressant. On n’a qu’à penser au temps de déplacement pour à peine un mois ou deux », souligne M. Hudon.

Affichage

Les différentes exigences des deux programmes reliés à l’embauche de la main-d’œuvre étrangère obligent l’affichage de postes pendant plusieurs mois, et ce, bien avant les besoins réels d’embauche. Ainsi, même si les besoins sont pour la fin de l’été, des offres d’emploi doivent circuler aussi tôt qu’en octobre.

En plus d’être peu efficace, cette façon de faire offre un portrait peu réaliste de l’entreprise. Des offres d’emploi publiées pendant plusieurs mois pour un besoin de quelques semaines peuvent laisser croire au chercheur d’emplois que l’entreprise peine à retenir ses employés.

+

DES COÛTS IMPORTANTS POUR LES ENTREPRISES

(Annie-Claude Brisson) - La gestion de la main-d’œuvre n’est pas chose facile dans une entreprise comme celle de Bleuets Sauvages du Québec. La saison des bleuets qui dure, en moyenne, une trentaine de jours, oblige l’impossible en terme de gestion des ressources humaines. 

Durant la saison forte, la main-d’œuvre est doublée, passant d’environ 230 employés à plus de 500. De ce nombre, près de 50 travailleurs proviennent du Mexique. 

Les problèmes de recrutement se font sentir depuis déjà quelques années. Il y a trois ans, la responsable des ressources humaines chez Bleuets Sauvages du Québec, Maryse Mercier, effectuait du recrutement de groupe. Cette façon de faire lui permettait de rencontrer une soixantaine de personnes. Il y a deux ans, le bassin a diminué à une trentaine et seulement onze personnes ont fait partie du processus l’an dernier.

« Quand on pense que les autres ont de la difficulté à embaucher des gens pour un emploi annuel et qu’on doit doubler nos besoins de personnel pour une période aussi courte que deux mois, on constate qu’on fait face à une très grosse problématique de recrutement », témoigne Mme Mercier. 

Le directeur des opérations chez Bleuets Sauvages du Québec, Pascal Hudon, est catégorique. Le recrutement à l’étranger n’empêche personne de la région ou du Québec d’obtenir un emploi. 

La venue d’employés provenant de l’extérieur du Canada n’est pas l’option la plus abordable et la moins compliquée pour l’employeur. 

Les frais administratifs de base varient entre 150 $ et 1000 $ par travailleur selon le programme concerné. 

L’achat du billet d’avion, le transport au Québec, les déplacements pendant la période d’embauche et les soins médicaux sont pris en charge par l’entreprise. Le service d’interprète est généralement requis. 

Une fois en poste, la main-d’œuvre étrangère est assujettie aux mêmes conditions que les autres employés, soient celles de la convention collective en vigueur. 

Le marché a également changé au cours des dernières années. Il y a dix ans, les usines opéraient sur une base saisonnière. Ce n’est plus le cas alors que trois des quatre usines de Bleuets Sauvages du Québec sont en opération continue. La dernière usine est en fonction une quarantaine de semaines par année.

Autrefois, la main-d’œuvre n’hésitait pas à offrir un effort supplémentaire durant la saison forte. L’hiver venu, les employés pouvaient refaire leurs forces alors qu’ils se retrouvaient quelques mois à bénéficier de l’assurance chômage. 

Heureusement, la main-d’œuvre étrangère est grandement appréciée. « Ils sont vraiment travaillants et très appréciés par les équipes. Nous n’avons rien à redire de leur travail. Ils reviennent année après année. Ce sont des personnes que nous apprécions », termine Maryse Mercier.