Depuis quelques années, la Coopérative forestière Ferland et Boileau a aussi commencé à valoriser les écorces de la forêt boréale, grâce à un partenariat paraphé avec Bioforextra, une entreprise pionnière dans les extractibles forestiers. L’année dernière, la coopérative a transformé 25 tonnes d’écorces et elle compte en transformer 80 tonnes en 2019. Les écorces d’érable rouge et d’épinette noire produites par les scieries ont ainsi été utilisés dans des produits cosmétiques développés par Bioforextra. Des tests sont en cours sur d’autres essences.

Recherche: le potentiel du bois

Avec des propriétés anti-inflammatoires, antimicrobiennes et antioxydantes, les ingrédients actifs que l’on retrouve dans les écorces des arbres de la forêt boréale ont le potentiel de remplacer plusieurs produits chimiques sur le marché. Après avoir été intégrés dans de nombreux cosmétiques, des recherches sur les extractibles forestiers pourraient mener à la création de nouveaux produits pour lutter contre les maladies de la pomme de terre, ou encore pour fabriquer des désinfectants naturels à Saint-Félicien.

« On veut créer une chaîne de valeur avec l’usine de cogénération, parce qu’elle produit de la vapeur et de l’eau chaude, disponible sans frais ou presque, pour les promoteurs intéressés à s’installer à proximité », mentionne Jean Simard, conseiller senior pour le CLD du Domaine-du-Roy.

Parmi les projets sur la table, l’entreprise Axcelon Biopolymers a démontré de l’intérêt pour fabriquer des pansements médicaux à partir de la fibre de bois. « C’est un projet à long terme, car c’est un projet de plusieurs centaines de milliers de dollars », ajoute Jean Simard, qui remarque que Valbois, l’organisme sans but lucratif mis sur pied il y a plus de 10 ans par le CLD, explore continuellement de nouvelles façons de créer de la valeur ajoutée avec les produits forestiers.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la MRC du Domaine-du-Roy a octroyé un financement de 40 000 $, à la mi-septembre, pour soutenir les projets de développement de la filière bois sur le territoire. Un autre montant de 10 750 $ a aussi été versé dans le cadre d’un projet de recherche visant à développer de nouveaux produits biosourcés à partir d’extraits d’écorces pour prévenir les maladies et la germination pendant l’entreposage des pommes de terre.

Avec le financement des différents partenaires tel que le Consortium de recherche en bioprocédés industriels du Québec (CRIBIQ), Innofibre et le producteur d’huiles essentielles Bore-A, basé à Chapais, plus de 450 000 $ sont investis dans ce projet de recherche piloté par Nathalie Bourdeau, chercheuse pour Innofibre.

« Depuis plusieurs années, beaucoup de gens travaillent à faire lever la filière des extractibles forestiers dans le but de créer plus de valeur à partir de grande quantité de biomasse forestière résiduelle produite, dont les écorces », dit-elle.

Au-delà du potentiel pour l’industrie cosmétique, il est aussi possible de remplacer une foule de produits chimiques pour faire des bioadhésifs, des biomatériaux, des produits de nettoyage ou encore des produits agricoles.

Depuis 2016, la chercheuse travaille notamment avec Sani Marc, un fabricant de solutions d’assainissement, pour développer un antimicrobien naturel désinfectant à partir d’écorces provenant de l’usine de cogénération de Saint-Félicien. « D’un point de vue technique, nous avons d’excellents résultats, mais il reste du développement à faire pour rendre le procédé plus efficace et rentable », soutient l’experte.

Pour faire suite à ce projet, Nathalie Bourdeau, en collaboration avec des chercheurs d’Agrinova, travaille maintenant sur un ingrédient biosourcé qui pourrait permettre d’éradiquer l’utilisation de produits chimiques, parfois toxiques, utilisés dans l’entreposage des pommes de terre.

Voici le type d’écorces qu’utilise Innofibre pour ses projets en général.

« Dans ce genre de projet, les plus grandes embûches ne sont pas techniques, mais plutôt économiques, dit-elle. Il y a toute une filière à bâtir, en développant un maximum d’application, pour générer une masse critique de production qui permettra de construire des usines rentables », ajoute la chercheuse, qui est confiante de voir les projets menés à terme, grâce aux consommateurs qui sont de plus en plus conscientisés à l’importance de choisir des produits locaux et écologiques.

À terme, l’approvisionnement en écorce se ferait en collaboration avec l’usine de cogénération de Saint-Félicien. Une fois les extractibles récoltés dans les écorces, l’usine pourrait brûler le matériel, créant ainsi un maximum de valeur.

Si les résultats sont concluants, une usine de transformation pourrait éventuellement voir le jour à Saint-Félicien. C’est du moins le souhait des promoteurs locaux comme Jean Simard.