Le conjoint de Sabrina lui a été d'un soutien indéfectible au cours de la dernière année. L'amoureuse des animaux a aussi pu bénéficier de la présence et de la chaleur de ses chiens Whippet, Troy et Ratchet

Rebondir avec une fougue animale après un cancer

Des cheveux auburn, une coupe garçonne, de grands yeux verts et un sourire qui ne disparaît jamais. Cette courte description en poche, vous pourrez habilement visualiser Sabrina Lalancette. Rien, mais absolument rien, chez cette jeune femme de 33 ans ne trahit le fait qu'en septembre 2016, elle recevait un diagnostic de cancer du sein. Encore moins d'indices permettant à quiconque de deviner qu'en l'espace de 10 mois, elle a subi deux chirurgies, reçu des traitements de chimio et de radiothérapie, pour ensuite rebondir avec la fougue d'un animal.
L'analogie est volontaire. Car Sabrina Lalancette et les bêtes sont aussi indissociables que la vague et l'océan. Celle qui a ouvert, en 2013 à Jonquière, le salon de toilettage L'instinct de Fleur (en hommage à son premier chien) voue un amour profond aux animaux. La technicienne en santé animale, détentrice d'un baccalauréat en psychologie et d'une attestation d'études collégiales (AEC) en zoothérapie, a d'ailleurs beaucoup bénéficié de la présence de Troy et Ratchet, ses deux fidèles chiens Whippet. Ils lui ont apporté tendresse et réconfort au cours d'une période qui aurait pu être marquée par le repli et l'apitoiement.
Le jour où Sabrina a senti une bosse sur son sein alors qu'elle se trouvait sous la douche, elle était en pleine forme. Au départ, tout pointait vers un fibroadénome, une masse bénigne de tissu qui se développe chez de nombreuses femmes. Trois mois plus tard, une échographie a révélé quelque chose d'anormal, ce qui a valu à Sabrina une biopsie d'urgence à l'hôpital de Chicoutimi. On lui a alors dit que si la situation était jugée grave, elle recevrait un appel dans les deux semaines suivantes. Le délai s'est écoulé et Sabrina Lalancette a poussé un soupir de soulagement, avant de continuer de vaquer à ses occupations personnelles et professionnelles. Mais à deux semaines et un jour exactement, la nouvelle qu'elle avait redoutée lui est parvenue. La masse était cancéreuse et il fallait opérer.
«Tout s'est comme écroulé. On entend souvent parler du cancer, mais on pense que c'est impossible que ça nous arrive. Quand ça s'applique à nous, c'est tellement fort. C'est comme l'annonce à la télé où tu vois une personne basculer vers l'arrière quand son médecin lui dit qu'elle a le cancer. Tout a déboulé à partir de ce moment-là», raconte Sabrina Lalancette, en parlant du 28 septembre 2016.
Au lendemain du diagnostic, Sabrina Lalancette enfilait les gants. C'est en raison de sa résilience et, surtout, de la polarisante luminosité qui se dégage d'elle que son histoire se retrouve dans ces pages. Déterminée à ne pas se laisser définir par le cancer, cette travailleuse autonome et adepte de crossfit n'a jamais perdu de vue son identité, ses désirs et la poursuite de ses rêves. Même au plus creux de la vague. Le côté insidieux du cancer est qu'il prend le contrôle du corps, mais aussi de la vie entière de ses victimes. Dès le diagnostic, Sabrina Lalancette s'est juré qu'elle ferait tout pour ne pas baisser le bouclier devant cette violente «invasion de sa bulle». Elle tenterait de maintenir un rythme de vie relativement normal et se créerait des «petits bonheurs» quotidiens : coudre, cuisiner, marcher avec ses chiens.
Retour au boulot
Quelques jours après avoir remis l'écriteau «fermé» du bon côté dans la vitrine de son commerce de la rue Jean-Allard, marquant ce retour au travail tant attendu, Sabrina y est allée d'une confession qui illustre bien à quel point elle voyait la maladie à travers le prisme du triomphe.
«Quand tu vis dans le négatif, ça devient comme une spirale qui te tire vers le fond. Je n'allais pas aller vers le fond. Je suis restée heureuse là-dedans», affirme-t-elle.
S'aimer et se laisser aimer au-delà de l'image
Sabrina a subi une mastectomie partielle et une oncoplastie à Québec. L'intervention s'est bien déroulée, mais elle a dû se soumettre à une seconde chirurgie pour assurer une «marge de sécurité» autour de la masse retirée.
Le cancer retiré de son corps, elle devait se préparer à dix longs mois de traitements, dont elle compare aujourd'hui l'intensité au fait de «recevoir constamment des coups de marteau».
«Le fait de ne plus avoir de cancer en moi, c'était un soulagement. Je me suis dit : ''on se retrousse les manches, on clenche ça. Il n'y avait aucune autre option», raconte-t-elle.
Des hauts et des bas
«Les ''To do lists'' pendant la chimio, on oublie ça. Juste aller à l'épicerie, c'était mon effort de la journée. Ce n'était vraiment pas facile tous les jours, mais je voulais sortir quand même. Je me suis toujours dit que je ne m'arrêterais pas, que je n'étais pas malade et que c'étaient des traitements préventifs», poursuit la propriétaire du centre de toilettage pour animaux L'instinct de Fleur.   
Dépourvue de ses longs cheveux, sans cils et sans sourcils, la jeune trentenaire a dû affronter le regard des autres et apprivoiser sa propre image.
«Le cancer du sein est dur parce qu'il touche la féminité. On est tellement dures envers nous-mêmes, nous les femmes. Je me suis dit que je n'étais pas seulement le reflet du miroir. J'ai appris à me trouver belle en n'ayant rien», pointe Sabrina, qui, chaque jour de la dernière année, a fait l'effort de s'habiller et d'appliquer une fine couche de maquillage sur son visage. Son conjoint, Charles, lui a été d'un soutien inconditionnel.
«Il me trouvait belle pareil!», lance-t-elle, ses yeux étoilés par un rire sincère.
Récit positif d'une femme lumineuse
Sabrina ne voulait pas faire dans le pathos en racontant ce qui lui est arrivé et n'avait surtout pas envie que ce reportage verse dans le larmoiement.
Au contraire, elle a voulu livrer un message positif, comme quoi « l'image du cancer n'est pas seulement celle de la femme âgée faible et fragile » et qu'il peut aussi se manifester chez la jeunesse pétillante.
Sabrina ne minimise en rien ce qu'elle a vécu et vit encore aujourd'hui (elle suivra un traitement d'hormonothérapie pendant cinq ans pour éviter les métastases), bien loin de là. Mais elle a choisi de continuer d'aborder la vie positivement en tentant le plus possible de s'accrocher à ses chances de continuer son petit bonhomme de chemin en santé plutôt que de vivre dans l'incertitude et la peur constante d'une récidive.
« Mes chances sont excellentes. Ce n'est pas ça qui va m'empêcher de vivre ma vie. Oui, j'ai perdu le contrôle sur beaucoup de choses, mais j'ai dû comprendre qu'il y a des choses que je ne contrôle pas. Ç'a pris un certain lâcher-prise », confie-t-elle.
Se disant « flambant neuve », Sabrina Lalancette a recommencé le crossfit et n'a pas de limitations physiques.
« Il n'y a aucune inquiétude à avoir », laisse-t-elle sagement tomber, confiante.
Avant de commencer ses traitements d'hormonothérapie, lesquels peuvent causer l'infertilité, la jeune femme s'est soumise à un prélèvement d'ovules. Pas question de laisser le cancer lui arracher le bonheur de devenir mère un jour, si le coeur lui en dit.
Encouragements
Sabrina Lalancette a pris part à « Une pause pour le rose » à titre d'ambassadrice en avril dernier. Elle a reçu une bonne dose d'encouragement et d'amour à la suite de la campagne photographique orchestrée par Marilyn Bouchard. Sabrina ressent d'ailleurs beaucoup de gratitude à son égard. La générosité dont ont fait preuve ses proches au cours de la dernière année la gonfle également d'émotion. Grâce à une collecte de fonds organisée par des amis, elle a pu toucher 10 000 $, verrouiller la porte de son commerce et s'en aller chez elle l'esprit tranquille. Mais surtout, l'esprit libre de tout stress pouvant présenter une menace vers l'atteinte de son objectif ultime : guérir. mélyssa gagnon