Léonie a passé six mois au Séjour Marie Fitzbach, il y a neuf ans, parce qu'elle était sans le sou et n'avait nulle part où aller. Aujourd'hui, elle mène une vie heureuse avec son conjoint et leurs deux jeunes enfants.

Réapprendre à voler grâce au Séjour Marie Fitzbach

Quand elle s'est présentée au Séjour Marie Fitzbach, le 1er janvier 2009, alors qu'elle se trouvait en situation de grande détresse, Léonie (nom fictif) était loin de se douter qu'elle y passerait six mois. Il est plutôt rare que la résidence de Chicoutimi accueille des femmes en difficulté aussi longtemps. Mais pour Léonie, 24 ans, à la rue et prise dans une spirale de consommation, c'était une question de survie.
« J'avais des dettes de drogue et je n'étais plus capable de payer mon loyer. Je ne parlais plus à ma famille. J'étais désespérée », raconte Léonie, qui a accepté de livrer un témoignage pour marquer le 25e anniversaire du Séjour Marie Fitzbach, une ressource d'hébergement, d'aide et de réinsertion sociale destinée à toutes les femmes en difficulté, sans égard à leur contexte.
L'histoire de Léonie émeut. Aucune mère ne voudrait savoir sa fille démunie, brisée et prise dans une situation d'aussi grande vulnérabilité. En entrevue, elle parle de son parcours avec beaucoup de franchise, mais après coup, elle se ravise sur certains éléments qu'elle juge superflus. Car si elle a pu rétablir les ponts avec les membres de sa famille, avec qui elle entretient aujourd'hui une relation saine et franche, elle souhaite garder pour elle des fragments de vie qui l'ont forcée à aller chercher de l'aide.
À visage couvert, Léonie revient sur une période où elle ne savait tout simplement plus comment s'en sortir. Le fait de prendre des comprimés de métamphétamine chaque jour pour anesthésier le souvenir d'abus commis sur elle par un adulte de confiance des années plus tôt l'a classée dans la catégorie des toxicomanes. Elle a écrit une lettre à ses parents pour se libérer du lourd secret qu'elle portait en elle depuis trop longtemps, mais n'a pas reçu l'appui escompté. La peine et l'incompréhension se sont accumulées. Léonie s'est par la suite entourée de mauvaises fréquentations et a contracté des dettes de drogue qu'elle ne pouvait plus honorer. L'ère pré-Marie Fitzbach s'est déroulée sous le signe de l'auto-destruction.
« Je ne savais plus où aller. J'étais coupée du monde. Ma mère ne savait même plus si j'étais encore en vie », poursuit-elle.
Quand elle est entrée au Séjour, Léonie a amorcé un travail de reconstruction physique et psychologique, dans un environnement propice à une tâche aussi ardue. Bien entourée, elle est allée chercher de l'aide, a été écoutée quand elle avait besoin de s'exprimer et a cessé de consommer. À l'aube de son 25e anniversaire de naissance, celle qui est aujourd'hui maman de deux jeunes enfants s'est retrouvée confrontée à une image d'elle-même qui ne lui plaisait pas. Cette prise de conscience a aussi servi de tremplin vers le rétablissement.
« La veille de ma fête, j'ai capoté. Je n'avais absolument rien. Pas de maison, pas d'argent, pas de famille. J'étais au Séjour Marie Fitzbach avec bien des troubles à régler. Ç'a été un gros coup au visage », relate-t-elle.
Sereine et épanouie
Léonie a certes connu quelques rechutes et a « fumé un petit joint de temps en temps » alors qu'elle travaillait à reprendre le contrôle de sa vie. Mais aujourd'hui, elle est libérée de tous ses démons. Ils étaient nombreux à la hanter, jure la jeune femme de 32 ans, qui arbore un sourire sincère et des yeux pétillants, tandis que rebondit sur ses genoux un vigoureux bébé de huit mois.
Un an après sa sortie du Séjour, Léonie a rencontré celui qui allait devenir le père de ses enfants. Elle avait enfin confiance en quelqu'un. Son amoureux l'a soutenue et l'a aidée à chasser les derniers relents indésirables de cette vie antérieure.
« Avec mon chum, je me sentais bien et en sécurité », dit celle qui est maman à la maison et qui se sent heureuse, épanouie et en pleine possession de ses moyens. Assez bien, dans son coeur et dans sa tête, pour passer au Séjour Marie Fitzbach de temps à autre pour dire bonjour et permettre aux intervenantes de suivre la croissance de sa progéniture.
Pour Léonie, les événements qui ont marqué ce soir du jour de l'An, il y a huit ans, n'ont pas perdu de leur clarté malgré les années qui passent. Ils demeurent bien vifs dans sa mémoire. Ce cri du coeur, lancé dans la nuit, entendu par des femmes qui ont permis à un oiseau blessé de réapprendre à voler.
25 ans au service des femmes en difficulté
Au cours des 25 dernières années, le Séjour Marie Fitzbach, situé à Chicoutimi, a permis à de nombreuses femmes de connaître un nouveau départ en bénéficiant d'un service d'hébergement dans un environnement sécuritaire.
Jeudi, la direction de la maison a souligné le travail accompli par les fondatrices de l'organisme et par toutes les personnes qui ont travaillé à la mise en place de la résidence et à l'épanouissement de l'oeuvre.
« Le Séjour Marie Fitzbach est une ressource d'hébergement, d'aide et de réinsertion sociale auprès de toutes les femmes en difficulté, et ce, sans critères d'admission restrictifs. Notre objectif est de procurer un toit et une aide aux femmes pour leur permettre de retrouver le respect fondamental de leur dignité, leurs compétences et la capacité de diriger leur propre vie », a fait valoir Hélène Fortin par voie de communiqué.
Le Séjour Marie Fitzbach a été fondé le 8 mai 1992 par Nicole Leblanc-Bujold, avec l'aide des communautés religieuses. En entrevue au Progrès-Dimanche en 2011, l'une des fondatrices de la maison, Soeur Rolande Saint-Pierre, a défini le Séjour comme « un point de repère pour les femmes en difficulté ».