Qui sont ces internautes ?

CHRONIQUE / L’histoire de l’adolescent qui a fait parvenir une mise en demeure à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS) pour dénoncer la confiscation d’un téléphone cellulaire a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Vincent Duguay, 15 ans, a été la cible de plusieurs internautes provenant des quatre coins du Québec.

Les propos étaient si haineux que Le Quotidien et Radio-Canada ont dû censurer plusieurs personnes. Jamais une nouvelle n’a suscité autant de propos mesquins, a même mentionné un animateur de la Première chaîne.

Mais qui sont ces personnes qui commentent les nouvelles avec autant de méchancetés, sans filtre ?

Le Quotidien a réussi à parler de vive voix avec certains de ces internautes. Sur une vingtaine de personnes contactées, seulement trois ont accepté d’expliquer leurs commentaires. La plupart ont en effet refusé de répéter leurs propos à une journaliste, visiblement moins courageux en réalité qu’en mode virtuel. 

M. Simard, un Jonquiérois âgé d’une quarantaine d’années, a vu son commentaire effacé par Radio-Canada. Il me l’a avoué d’emblée, ce n’est pas la première fois qu’il est censuré. C’est le genre d’internaute qui commente tout ce qui ne fait pas son affaire.

« Les gens n’aiment pas parler des vraies affaires. Ils préfèrent nous faire fermer la... pour éviter que la société se rebelle. »

À son avis, ses propos n’étaient pas trop durs envers le jeune homme. Vincent Duguay « méritait » de se faire remettre à sa place. Vous vous demandez ce qu’il fait dans la vie ? Parce que le travail est souvent relié à notre attitude sur les réseaux sociaux. Par exemple, les gens en affaires ou les professionnels se permettent moins d’écrire des commentaires disgracieux, voulant éviter de perdre une clientèle. M. Simard travaille dans le milieu communautaire. Il aide les gens défavorisés au sein d’un organisme saguenéen. Paradoxal, non ? Un bon samaritain qui tient des propos irrespectueux envers un adolescent. 

Il y a aussi eu Réal de Chambord qui a traité l’adolescent de « ti-con ». Le retraité était surpris qu’une journaliste le contacte, mais il a accepté de me parler et d’expliquer sa façon de voir les choses. Le Chambordais veut simplement dire ce qu’il pense, sans filtre. « Si les gens ne sont pas contents de mon commentaire, ils ont juste à regarder ailleurs. Moi je dis ce que je veux quand je veux. » Lui aussi considère que son commentaire n’était pas trop dur et ne croit pas avoir fait de peine au principal intéressé. « J’aurais pu être plus méchant que ça », m’a-t-il lancé, ajoutant que les jeunes ont probablement trop de temps devant eux s’ils font des mises en demeure.

Il y a aussi Carole Girard de Sorel. La grand-maman n’a pas été tendre envers l’élève. « Petit enfant roi, petit connard ! », a-t-elle écrit. Son commentaire est aussi demeuré en ligne. 

J’ai retracé cette retraitée d’une institution financière. La dame était très gentille au téléphone et ses propos étaient plutôt nuancés. Elle avait même d’intéressants arguments sur le sujet. Mais elle a préféré y aller d’une attaque-choc sur Facebook. « Le sujet m’a tellement pris au cœur. Le cellulaire c’est une épidémie, une abomination. Moi, mes petits-enfants, quand ils viennent chez moi, ils doivent le laisser à l’entrée. Il faut lâcher les cellulaires et se parler », exprime celle qui a été mariée à un enseignant. 

Carole a un peu raison. Il faudrait aussi lâcher les réseaux sociaux pour mieux se parler.