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Québec veut 17 % d’aires protégées d’ici la fin de l’année
Québec veut 17 % d’aires protégées d’ici la fin de l’année
Le lac des baies fait partie l'aire Duchénier, un territoire d'intérêt poru devenir une aire protégée au Bas-Saint-Laurent. Le problème: des permis pétrolier couvrent 100% du territoire. COURTOISIE
Le lac des baies fait partie l'aire Duchénier, un territoire d'intérêt poru devenir une aire protégée au Bas-Saint-Laurent. Le problème: des permis pétrolier couvrent 100% du territoire. COURTOISIE

Québec veut 17 % d’aires protégées d’ici la fin de l’ année

D’ici la fin de l’année, Québec espère atteindre son objectif de protéger 17 % du territoire, alors que les aires protégées n’en couvrent que 10,7 % à l’heure actuelle. Pour y arriver, Québec devra donc protéger près de 100 000 km2, soit près de la superficie totale du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Au 31 mars dernier, on trouvait 4892 aires protégées au Québec, couvrant 10,7 % du territoire terrestre et aquatique. Ce taux de protection est encore loin de l’objectif que s’est donné Québec en signant le Protocole de Nagoya, tout comme 165 autres pays, dans le cadre de la 10e Convention sur la diversité biologique, en 2010, laquelle visait l’atteinte d’un taux de protection de 17 % en 2020.

À quelques mois de l’échéance de cet objectif, le défi est énorme. « Le Québec comptait 8,2 % d’aires protégées il y a 10 ans », peut-on lire dans le mémoire de la Société pour la nature et les parcs (SNAP), déposé dans le cadre des consultations pour le projet de loi 46, qui vise à modifier la Loi sur la conservation du patrimoine naturel.

Ainsi, en 10 ans, Québec a protégé 2,5 % du territoire. Et en deux mois à peine, il compte maintenant en protéger 6,7 %, afin de rencontrer ses cibles, atteste Caroline Cloutier, relationniste au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Bien que l’objectif puisse sembler hors de portée, tout le travail d’identification des territoires à haute valeur de conservation a déjà été fait. « Le gouvernement a toutes les cartes en main pour non seulement atteindre, mais dépasser la cible de 17 % », souligne Pier-Olivier Boudreault, biologiste en conservation pour la SNAP.

Selon ce dernier, le MELCC détient une liste de territoires d’intérêt couvrant 130 000 km2, ce qui permettrait de protéger 21 % du territoire. Même si plusieurs propositions, soumises par les acteurs locaux, sont sur la table depuis plusieurs années, Québec tarde à mettre en place de nouvelles aires protégées, notamment à cause du blocage de différents ministères.

« Les travaux réalisés dans toutes les régions du Québec ont effectivement permis d’identifier plusieurs territoires potentiels qui pourraient devenir des aires protégées d’ici la fin de l’année 2020, souligne-t-on au MELCC. Plusieurs de ces propositions font toujours l’objet d’analyses afin de concilier la protection de la biodiversité et l’exploitation des ressources naturelles .»

Québec reconnaît également que le processus est trop long pour créer une nouvelle aire protégée et c’est pourquoi le gouvernement compte accélérer le processus avec le projet de loi 46, en ce moment à l’étude à l’Assemblée nationale.

Ce projet de loi vise par ailleurs à éliminer la notion d’aires provisoires, qui représentent actuellement 62,8 % des aires protégées au Québec. De plus, Québec souhaite développer de nouveaux statuts d’aire protégée, dont les aires marines et les aires d’utilisation durable du territoire, un statut moins restrictif, mais qui est tout de même reconnu par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Le statut de réserve aquatique serait éliminé.

Une lueur d’espoir ?

Au mois de septembre, Québec a démontré que le courage politique peut faire bouger les choses rapidement, lorsqu’il a imposé une protection administrative, interdisant les activités minières pétrolières et gazières, sur 13 000 km2 dans l’estuaire et le nord du golfe du Saint-Laurent, remarque Luce Balthazar, responsable des aires protégées du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ). Une aire marine en amont du fjord du Saguenay a toutefois été abandonnée pendant le processus, pour des raisons économiques. À terme, cette forme de protection permettra de faire passer le pourcentage d’aires marines protégées de 1,3 % à 9,1 %, près de l’objectif de 10 % pour la fin de l’année. Le MELCC étudie d’autres projets pour amener le seuil de protection à 10,2 %.

La directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard, demeure positive pour l’atteinte de l’objectif de 17 % d’aires protégées, mais elle admet qu’il sera très difficile de l’atteindre, surtout si l’on veut protéger des territoires représentatifs dans toutes les régions du Québec, car à peine 5 % du territoire au sud du 49e parallèle est protégé.

« Il faut continuer à travailler en mettant les bouchées doubles, voire triples, parce qu’on doit garder en tête que le travail ne s’arrête pas après avoir atteint 17 % », dit-elle.

Sur la scène internationale, l’Organisation des Nations Unies (ONU) propose un objectif de protection de 30 % du territoire d’ici 2030, et Alice-Anne Simard, tout comme les autres organismes environnementaux, s’attend à ce que Québec suive la parade.