Québec accentue la pression sur ses 1400 ingénieurs

QUÉBEC — Le gouvernement Couillard accentue la pression sur ses 1400 ingénieurs pour qu’ils renouvellent leur convention collective, échue depuis deux ans.

Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, a montré des signes d’impatience en conférence de presse, mardi, en insistant que le moment était venu de conclure une entente, à défaut de quoi les Québécois allaient être pris dans des embouteillages monstres dès cette semaine.

M. Arcand s’est toutefois gardé de brandir le spectre d’une loi spéciale.

Le litige concerne notamment les inspections générales de 25 ponts, ponceaux, viaducs, échangeurs et bretelles d’accès à Montréal et sur la Rive-Sud de Québec que les ingénieurs refusent de faire la nuit.

Les membres de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), qui visent un rattrapage salarial d’environ 20 pour cent sur sept ans, font la grève du temps supplémentaire depuis la mi-septembre. Ils refusent notamment de travailler hors des heures de bureau.

Les inspections, qui se feront de jour, causeront d’importants bouchons de circulation, a prévenu M. Arcand, qui était accompagné mardi du ministre des Transports, André Fortin.

« Les usagers de la route vont faire les frais dans les prochains jours des moyens de pression », a affirmé M. Arcand, en invitant « fortement le syndicat à considérer très sérieusement les dernières offres du gouvernement », qui se situeraient autour de neuf pour cent sur sept ans.

« Le gouvernement ne peut pas tolérer une telle situation. Les citoyens, en fait particulièrement ceux à Montréal et dans la région de Québec, connaissent déjà suffisamment de problématiques de transport et de mobilité sans qu’on en ajoute d’autres. »

Lundi, le Tribunal administratif du travail (TAT) a refusé la demande du gouvernement de considérer les inspections générales comme un service essentiel.

Dans sa décision, le TAT suggère même que les délais que s’impose le gouvernement pour les inspections générales sont artificiels. « Un délai de quelques mois n’est pas significatif dans le cadre du programme d’inspection, surtout sur les 25 structures restantes qui n’ont manifestement pas été priorisées lors de l’analyse globale du début d’année. Au surplus, les dates butoirs annoncées dans la requête ne le sont pas véritablement. Bref, le caractère essentiel et urgent allégué n’est pas démontré », est-il écrit.

M. Fortin a d’ailleurs assuré mardi que les 25 structures en question étaient « sécuritaires », mais il a dit souhaiter respecter le calendrier établi.

« C’est une question de maintien en bon état, c’est une question de maintien de la sécurité de cette structure-là », a-t-il affirmé.

Le président de l’APIGQ, Marc-André Martin, ne s’est pas formalisé mardi de la « menace à peine voilée de loi spéciale ».

« On n’est pas pressé de signer une mauvaise entente, ça fait trois ans qu’on négocie », a-t-il soutenu en entrevue téléphonique.

Par ailleurs, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a reproché au gouvernement son « incapacité de régler de bonne foi » avec les ingénieurs.

« (Cela) dépasse l’entendement, et, quand on le compare à la générosité qu’ils ont envers les médecins spécialistes et les médecins de famille, c’est comme si on était dans deux mondes », a déclaré le chef péquiste.

« L’arrivée d’une nouvelle loi spéciale serait un constat d’échec encore une fois de la capacité du gouvernement de s’entendre avec ses salariés », a-t-il ajouté.

Une rencontre avec les ingénieurs est prévue mercredi. Le gouvernement souligne qu’il s’est déjà entendu avec près de 510 000 employés des secteurs public et parapublic pour le renouvellement des conventions collectives, ce qui représente environ 96 pour cent du personnel syndiqué.