Un total de 3,3 millions d’arbres ont été jetés, à la pépinière de Normandin, car la qualité n’était pas suffisante pour qu’ils soient plantés en forêt.
Un total de 3,3 millions d’arbres ont été jetés, à la pépinière de Normandin, car la qualité n’était pas suffisante pour qu’ils soient plantés en forêt.

Que faire des 14 millions d’arbres jetés chaque année ?

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Pour produire 140 millions de plants annuellement pour le reboisement en forêt publique, les 18 pépinières publiques et privées qui fournissent ces plants ont près de 10 % de pertes, soit environ 14 millions de plants. Selon le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP), ces plants ne sont pas de qualité suffisante pour être reboisés en forêt. Ces plants pourraient-ils être valorisés ou les composter est-elle la seule solution valable? Le Progrès s’est penché sur la question.

Il y a quelques semaines, Le Quotidien a publié un texte soulignant que 3,3 millions d’arbres ont été jetés à la pépinière de Normandin, un record. Ces plants, « ensemencés en 2018 et qui, après deux saisons complètes de croissance, ne présentent pas une qualité suffisante pour être livrés sur les sites de reboisement », avait alors expliqué Catherine Thibeault, conseillère aux communications au MFFP. Chaque année, le MFFP évalue les pertes à 10 % dans les pépinières.

La publication de ce reportage a suscité de vives réactions chez nos lecteurs, notamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs personnes se demandaient pourquoi les arbres ne sont pas plutôt donnés, car l’État a dépensé beaucoup d’argent et d’énergie pour faire croître ces plants. Selon le MFFP, les plants qui sont donnés dans le cadre du Mois de l’arbre et de la forêt, qui sont des plants similaires, ont une valeur de 0,75 $ à 0,95 $.

De plus, les arbres qui ont été jetés auraient pu capter énormément de carbone, un apport important pour mitiger les impacts des changements climatiques.

Questionné à ce sujet par le biais de son attaché de presse, le ministre Pierre Dufour remarque d’abord qu’il est normal d’avoir un certain taux de perte, comme c’est le cas pour toutes les cultures.

« Selon ce qui m’a été expliqué par mon équipe de spécialistes, offrir des plants défectueux pourrait potentiellement présenter un risque phytosanitaire en plus de décourager la population à planter des arbres, puisque ceux-ci auraient un taux de survie plus faible, un taux de croissance plus faible tout en exigeant plus de soins. C’est exactement l’opposé de l’objectif que nous nous sommes fixé, dit-il. Lorsque mon équipe au MFFP offre des arbres au public dans le cadre du Mois de l’arbre, il s’assure toujours d’offrir des plants de qualité. »

Des personnes qui ont travaillé à la pépinière soutiennent toutefois qu’une bonne proportion de plants étaient en santé, mais que leur système racinaire n’était pas assez développé. En connaissance de cause, les plants auraient pu être utilisés par des organismes sans but lucratif, ou encore pour des projets éducatifs.

« Ni les employés ni le syndicat n’ont soulevé ces éléments au ministre ou au ministère ou encore fait de recommandations ou de propositions à ce sujet, répond le ministre. Nous invitons les employés à passer par leurs instances syndicales s’ils ont des doléances à formuler. Le ministre n’a pas l’intention de court-circuiter les instances syndicales dans ce genre de décision. »

« Les pépinières publiques cultivent les arbres pour les besoins du MFFP. Ces arbres sont issus de vergers à graines de 2e ou 3e génération. Les semences ont donc été minutieusement sélectionnées pour en conserver les meilleurs spécimens. Les standards de qualité exigés par le ministère sont très élevés. C’est la base des opérations qui permet d’escompter les rendements attendus. Finalement, ni le ministre ni le MFFP n’ont l’intention de concurrencer les pépinières privées pour la vente au public. »

Près de 14 millions de plants forestiers, avec un système racinaire pas assez développé pour être planté en forêt, ont donc été compostés en 2020. Et tout indique que l’opération se répétera au cours des prochaines années.