Première garderie en milieu de travail dans la région, le CPE Les Trottineurs célèbre ses 40 ans.

Quarante ans d’amour pour le CPE Les Trottineurs

Le projet était ambitieux : créer une garderie en milieu de travail à l’hôpital, où médecins et infirmières pourraient laisser leurs chérubins pour aller vaquer à leurs obligations professionnelles. C’était en 1978. En plus de faire de nombreux jaloux, l’initiative du syndicat du centre hospitalier a porté ses fruits et quatre décennies plus tard, Les Trottineurs sont toujours là. Des milliers d’enfants sont passés entre les murs de l’établissement, officiellement devenu CPE en 1997.

«Il faut laisser le temps à l’enfant d’être un enfant. Préparés pour l’école, c’est bien, mais préparés pour la vie, c’est mieux», dit Stéphane Claveau, directeur général du CPE de 80 places. En laissant tomber ces quelques mots, il rappelle à quel point la mission des CPE est grande. Il place aussi les choses en perspective, à une époque où certains politiciens prônent la scolarisation précoce.

Sa collègue et directrice d’installation, Isabelle Blais, est en tous points d’accord avec Stéphane Claveau. Elle convient que certains enfants de quatre ans peuvent être prêts pour l’école à cet âge, mais que souvent, ce sont les écoles qui ne sont pas prêtes pour eux.

«On est faits pour les 0-5 ans. La maternelle quatre ans peut répondre aux besoins de certains enfants issus de certains milieux, mais les CPE ont les infrastructures, les ressources humaines spécialisées et le savoir-faire. Les CPE, leur image de marque, c’est la qualité des programmes éducatifs, la quantité de personnel qualifié et l’environnement sécuritaire», pointe la directrice.

Sans intention de faire de la politique, Stéphane Claveau fait valoir qu’il serait décevant qu’un éventuel gouvernement retire les enfants qui en sont à leur dernière année en milieu de garde pour les envoyer sur les bancs de l’école.

Première garderie en milieu de travail dans la région, Le CPE Les Trottineurs célèbre ses 40 ans.

Défis

Les défis ont été, et sont encore nombreux pour les CPE, qui, au fil des ans, ont dû faire face à l’émergence de la concurrence avec l’avènement de plusieurs garderies privées. Certes, convient Stéphane Claveau, pendant un certain temps, l’offre restreinte a fait en sorte que les listes d’attente pouvaient devenir très longues. Pour combler la demande, dit-il, «beaucoup de privé a poussé».

«Pendant un certain temps, certaines directions de CPE ont peut-être été un peu assises sur leurs lauriers. Quand tu n’es pas obligé de te dépasser, ça peut avoir un impact sur la qualité», convient-il.

Cette époque est révolue. Les critères d’encadrement du ministère de la Famille, ses inspections rigoureuses et la nouvelle obligation de se soumettre à l’évaluation des actions éducatives ont pour effet de tirer les CPE vers le haut.

Stéphane Claveau et Isabelle Blais sont à la barre des Trottineurs et d’autres CPE regroupés sous la même égide depuis un an. Ils sont trop jeunes pour avoir connu la garderie dans sa forme initiale, dans les années 70, alors qu’elle comptait 45 places et se trouvait dans l’enceinte du pavillon Notre-Dame. Ils n’étaient pas là, non plus, quand le CPE a élu domicile dans un bâtiment tout neuf construit dans le stationnement de l’hôpital en 2000, taillé sur mesure pour ses quelque 80 petits usagers. De concert avec le personnel, ils tenaient tout de même à célébrer les 40 ans de l’établissement, l’un des plus anciens en région. Une activité impliquant parents et enfants a eu lieu il y a deux semaines pour marquer le coup.

L’an dernier, le CPE a adhéré au programme éducatif HighScope, «axé sur le développement de l’initiative, de l’autonomie et de la confiance en soi dans un cadre de vie sécuritaire, dynamique, créatif, invitant et chaleureux», peut-on lire dans un texte rédigé en marge des activités du 40e. Il s’agit d’un plus, de l’avis de sa direction.

«Pendant 40 ans, le service de garde a contribué à l’épanouissement de milliers d’enfants», rappelle Stéphane Claveau, qui signale que deux éducatrices des Trottineurs cumulent 35 ans de service. Des travailleuses de la première heure ont pris leur retraite l’an dernier.

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LES CPE EN ÉVOLUTION

Les centres de la petite enfance (CPE) ont connu plusieurs changements depuis leur création il y a plus de 20 ans. La modulation des tarifs, l’implantation de crédits d’impôt favorisant l’émergence de garderies privées subventionnées puis, plus récemment, l’adoption du projet de loi 143, qui vient placer l’enfant au coeur même du programme pédagogique, ont changé la donne pour les gestionnaires et utilisateurs du réseau public. Tous les partis politiques qui aspirent à diriger le Québec ont leur propre perception de ce que devraient être les CPE d’aujourd’hui. Les libéraux promettent la gratuité pour tous les enfants de quatre ans, le Parti québécois souhaite baisser les tarifs pour ceux d’une même famille et la Coalition avenir Québec veut que la maternelle quatre ans devienne obligatoire. À côté de l’Hôpital de Chicoutimi, il existe une garderie qui a traversé les époques et qui célèbre cette année ses 40 ans. La direction des Trottineurs demeure convaincue de la pertinence de maintenir et de bonifier le réseau public des CPE.