La caissière du Dépanneur du carrefour, Jennifer Savard, a accepté de se confier au Quotidien, au lendemain du vol qualifié survenu en soirée jeudi.

«Quand tu vois l'arme, tu as peur de mourir»

La caissière du Dépanneur du carrefour, où deux individus ont commis un vol à main armée jeudi soir, a vécu une kyrielle d'émotions, de la peur à l'ébranlement, en passant par le doute et la frustration.
<p>Deux individus ont commis un vol à main armée à Laterrière, au Dépanneur du carrefour, jeudi soir, à 22h20.</p>
Jennifer Savard, une Laterroise de 19 ans, a accepté de relater les faits et de partager la montagne russe d'émotions par laquelle elle est passée, en entrevue avec LeQuotidien, au lendemain de cet incident.
«Comme tous les soirs, je faisais mon inventaire des paquets de cigarettes. J'étais assise sur un petit banc, de telle sorte qu'un client ne pouvait pas me voir en entrant dans le dépanneur. Je les ai entendus entrer, mais ils ne sont pas venus immédiatement à la caisse. J'ai donc continué ce que je faisais en attendant qu'ils s'approchent. Quand je me suis relevée, je les ai vus et les ai salués. Je n'ai même pas eu le temps de leur demander s'ils cherchaient quelque chose qu'ils sont venus me voir, ont déposé un sac de sport sur le comptoir et ont pointé l'arme vers moi. L'homme armé tenait le fusil à la hauteur de ses hanches», raconte-t-elle.
«Ils m'ont dit de donner tout ce que j'avais dans ma caisse et de me dépêcher, poursuit-elle. Je me suis dit: '' Ben voyons donc, qu'est-ce qui se passe là? '' Ils m'ont ensuite dit qu'ils ne me feraient pas de mal si je me dépêchais de leur donner le contenu de ma caisse.»
Sans hésiter, la jeune femme a procédé rapidement. «Ils avaient l'air anxieux. Ce sont des jeunes, entre 16 et 20 ans, je dirais. Je crois qu'ils avaient peur que j'aie un bouton ou peut-être qu'ils ont vu les caméras.»
Les deux hommes ont commis l'acte à 22 h 20, dernière transaction enregistrée sur la caisse. Selon Mme Savard, les brigands étaient vêtus d'un chandail à capuchon et portaient un cache-cou, ce qui laissait à découvert le haut de leur visage. «Je ne les ai pas reconnus, ni leur voix, ni leur allure», a-t-elle souligné.
Les individus auraient quitté au pas de course en direction du commerce Alimentation Jean-Pierre Blackburn, où un complice les attendait dans une voiture. Des traces de pas étaient également visibles derrière le Dépanneur du carrefour. Les cambrioleurs auraient sauté la clôture d'un immeuble voisin pour entrer par surprise.
Kyrielle d'émotions
L'étudiante en journalisme, qui se dit émotive de nature, a été passablement ébranlée par l'incident. «Quand tu vois une arme, tu as peur de mourir, même si tu le sais qu'ils sont là pour l'argent», mentionne-t-elle.
«J'ai appelé ma mère et le 911 après avoir verrouillé la porte d'entrée. Je tremblais, je pleurais. Une collègue est aussi venue me rejoindre et a appelé le patron, qui était à Québec, se rappelle-t-elle. Quand ma collègue est arrivée, elle est venue me voir, mais je l'ai repoussée. Ce n'est pas mon genre, j'ai vécu un moment de frustration également.»
J'ai dormi environ 45 minutes cette nuit. Je me faisais des scénarios, je me répétais des ''si''... si je m'étais fait remplacer pour passer la soirée avec mes amis, si je n'avais pas été seule...», confie-t-elle, encore ébranlée, mais forte, moins de 24 h après l'événement.
«Sur la bande vidéo, je fais un gros saut et je recule brusquement», illustre-t-elle.
Par ailleurs, Jennifer Savard salue l'appui de ses collègues, qui ont tous vécu une importante prise de conscience.
«On ne pense pas que ça peut nous arriver. Moi, je ne dirai plus jamais ça. Il va falloir faire en sorte que ça n'arrive plus», soutient Mme Savard. Au cours de l'entretien, plusieurs collègues sont venus saluer le courage de la caissière. Ils étaient unanimes sur l'importance de renforcer la sécurité (voir autre texte)
Jennifer Savard ne remet pas en question son emploi et désire être en poste lundi soir. Toutefois, elle admet qu'elle restera marquée à vie et qu'elle risque fort bien de voir quelques mauvais souvenirs refaire surface. Elle espère aussi que son témoignage provoquera une prise de conscience sur l'importance de ne pas négliger la sécurité. «Aussi, pour les voleurs, j'aimerais qu'ils réalisent que voler quelque 400$, ce n'est rien. Ça ne vaut pas la peine pour ce que ça cause», conclut-elle, espérant que les policiers mettent la main sur les brigands.