Patsy Noël et Karine St-Pierre oeuvrent auprès des adultes souffrant de troubles alimentaires.

Quand s’alimenter devient une maladie

Patsy Noël a longtemps souffert d’anorexie, de boulimie, puis de mummyrexie. Elle a accouché de son premier bébé à 28 semaines de grossesse, puisqu’elle ne s’alimentait pas adéquatement. C’est à sa deuxième grossesse, alors qu’elle était suivie par une diététicienne, que Patsy Noël a tenté de chercher de l’aide d’un organisme, dédié aux personnes adultes souffrant de troubles alimentaires. À l’époque, il n’y avait rien de ce genre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La jeune maman a donc décidé de fonder le Comité Enfaim il y a 16 ans. Aujourd’hui, l’organisme vient en aide à une trentaine d’adultes chaque année, un nombre qui est légèrement en croissance.

«Il y a une quinzaine d’années, il y avait des services pour les adolescents, mais lorsqu’on devenait adulte, il n’y avait plus de ressources. Je trouvais que ça n’avait pas de bon sens. J’avais une amie qui devait se rendre à Québec pour son fils qui avait développé un trouble alimentaire en raison de son hockey. C’est à ce moment que j’ai décidé de fonder l’organisme», raconte Patsy Noël, lorsque rencontrée dans les locaux du comité, en marge de la Semaine de prévention des troubles alimentaires, qui prend fin samedi. Mme Noël était accompagnée de Karine St-Pierre, intervenante au comité Enfaim.

Précisons que l’organisme offre du support et des outils, mais ne pose pas de diagnostic et ne prodigue pas de traitement. «Nous sommes un peu le filet de secours avant et après l’intervention médicale. Nous avons des gens qui ne sont pas diagnostiqués, mais qui viennent nous rencontrer, alors que d’autres ont été traités et viennent ensuite en suivi», explique Karine St-Pierre.

Les connaissances et les interventions auprès de personnes souffrant de troubles alimentaires ont nettement évolué au cours des dernières années, estime Patsy Noël.

«Ma mère a également souffert d’anorexie, mais dans son temps, c’était vraiment inconnu. Lorsque j’étais adolescente, on entendait surtout parler d’anorexie et de boulimie. Aujourd’hui, il y a une panoplie de troubles connus, c’est vraiment très large», explique-t-elle.

Hyperphagie et mummyrexie

Karine St-Pierre note que l’hyperphagie est sans doute le trouble alimentaire le plus répandu.

En cas d’hyperphagie, les épisodes d’orgies alimentaires se succèdent. En une période de temps limité, il y a absorption d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens consommeraient dans les mêmes circonstances. Cependant, à la différence de la boulimie, il n’y a pas recours régulier aux comportements compensatoires pour éliminer les calories ingérées. La personne souffrante ressentira également une perte de contrôle, de la honte, du dégoût, de la culpabilité et des symptômes de dépression.

Certains troubles ne sont toujours pas diagnostiqués, mais font l’objet d’étude. C’est d’ailleurs le cas pour la mummyrexie dont a souffert Patsy Noël. «C’est lorsqu’une femme enceinte développe une obsession quant à sa prise de poids. À ma première grossesse, j’en ai moi-même souffert. J’avais souffert d’anorexie et de boulimie à l’adolescence, mais j’avais été soignée. J’ai mis la vie de mon bébé en danger sans le vouloir, évidemment, et j’ai accouché prématurément à 28 semaines. À ma deuxième grossesse, j’ai vraiment eu un déclic qu’un organisme devait exister pour les gens qui souffrent de troubles alimentaires, comme moi», a confié généreusement Patsy Noël, qui se porte bien aujourd’hui. Mais elle admet en parler beaucoup avec sa fille de 16 ans. «Disons qu’elle est bien informée!», lance la dame.

S’en sortir

Se sortir d’un trouble alimentaire est possible, mais non sans soutien. Des psychothérapies sont essentielles, puisque les troubles alimentaires sont une maladie mentale.

«C’est difficile et long. Le trouble alimentaire altère le jugement et la perception des gens qui en sont atteints. Il s’agit peut-être d’une maladie mentale, mais qui a aussi un impact énorme sur la santé physique», a expliqué de son côté la psychologue Élaine Pearson, spécialiste des troubles alimentaires.

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L'OBSESSION DE L'ENTRAÎNEMENT

Le comité Enfaim existe depuis 16 ans maintenant.

L’obsession face à l’image corporelle, à l’alimentation et à l’activité physique n’est pas étrangère à certains troubles alimentaires. La neuropsychologue Martine Fortier a d’ailleurs consacré sa thèse de doctorat à l’entraînement excessif et obsessif. 

 Dre Fortier oeuvre auprès des jeunes à la Clinique multidisciplinaire de l’adolescence de l’hôpital de Chicoutimi depuis 2013. Elle s’est intéressée à la pratique de l’activité excessive, un phénomène qui n’est pas très documenté. 

«L’entraînement excessif s’ajoute à bien des troubles alimentaires, comme l’anorexie et la bigorexie, par exemple. Nous voyons souvent des jeunes qui s’entraînent plusieurs fois par jour, qui utilise l’activité physique comme un rituel pour calmer leurs peurs de prendre du poids. Nous voyons des jeunes qui s’entraînent en cachette ou qui ressentent une détresse s’ils ne s’entraînent pas», a expliqué Martine Fortier, qui offrait une conférence aux professionnels de la santé, jeudi soir, en marge de la Semaine de prévention des troubles alimentaires. 

L’hyperactivité liée à l’anorexie est un trouble commun chez les anorexiques. «On parle de personnes qui s’entraînent sans s’alimenter. L’entraînement se transforme en obsession plutôt qu’en plaisir. Chez les hommes atteints d’un trouble alimentaire, pratiquement 100% d’entre eux s’entraînent compulsivement», note Dre Fortier.

Évidemment, ce n’est pas toujours facile de diagnostiquer l’entraînement dit excessif. 

«Lorsqu’il y a une culpabilité en absence d’entraînement, lorsque la personne s’entraîne malgré la douleur, la fatigue ou la maladie. Lorsqu’elle s’entraîne par culpabilité après avoir mangé ou lorsqu’elle s’entraîne en cachette sont des indices liés à l’entraînement excessif», souligne Dre Fortier.