Annabelle et Bianca Voyer sont les artisanes derrière la fabrication des alcools des Vergers de velours, dont trois produits ont remporté récemment une prestigieuse distinction canadienne.

Quand les fruits deviennent des prix nationaux

Sur les collines verdoyantes des Vergers de velours, à Saint-Henri-de-Taillon, en face du lac Saint-Jean, poussent quelque 2000 arbres fruitiers. C'est le point de départ bucolique de la gamme d'alcools de l'entreprise, dont trois produits ont été récompensés récemment aux All Canadian Wine Championships (ACWC).
Près de 1400 boissons alcoolisées provenant de tout le pays ont été jugées par une équipe d'oenologues pour l'édition 2017, et 24 produits québécois ont reçu une distinction. Parmi eux, dans la catégorie « Vin de fruit doux et sec », le vin fortifié Murmure d'automne des Vergers de velours s'est démarqué avec la prestigieuse mention double or. Le mélange de mûres, de framboises jaunes, rouges et noires et de pommes à 12 % d'alcool est en effet très intéressant en dégustation.
« On brasse au départ pour nous. Ma mère a en toujours fait un peu, raconte la copropriétaire Bianca Voyer. Mon frère se passionne pour la plantation d'arbres et a commencé le verger en 2000. La production d'alcools à plus grande échelle est devenue un besoin il y a sept ans pour ne pas perdre les quantités de plus en plus grandes de fruits. »
D'entreprise saisonnière avec un kiosque de fruits, de légumes et de quelques produits transformés, comme du vinaigre de fleur de ciboulette, de la gelée de mistelle ou du sirop de bouleau, les Vergers de velours produisent maintenant à l'année. Les consommateurs peuvent toujours s'arrêter au comptoir sur le bord de la route 169, mais peuvent aussi magasiner en ligne.
Le Vent du nord, un mistelle de cerise à 17 % d'alcool, a été la première création de l'entreprise familiale inspirée de la recette de la mère de Mme Voyer. « Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec a été le premier à croire en nous. Après, ç'a été très compliqué avec la Régie des alcools pour faire valider notre procédé et obtenir un permis, mais nous y sommes parvenus », se rappelle Bianca Voyer.
Chaque fois qu'une production de fruits devient assez importante, une nouvelle boisson est testée. Ainsi sont nés Bombyx, un pétillant à la mûre, à la framboise jaune, rouge et noire et à la pomme, et La vallée de Qu'appelle, à base de camerises, de chèvrefeuille comestible et de pommes. Ils ont respectivement remporté la médaille d'argent et de bronze dans les catégories « Pétillant de fruit » et « Vin de fruit fortifié » aux ACWC 2017. 
Notons qu'une autre entreprise régionale, l'Orée des bois de Notre-Dame-de-Lorette, a gagné la médaille d'argent également pour sa Crème de camerise dans cette dernière catégorie.
Depuis ses débuts, les Vergers de velours cumulent 18 prix décernés parmi ses huit produits. La boisson à la poire et à la pomme Les belles du Lac, le cidre Pomme de velours, l'Abenaki à l'amélanche (une sorte de petite poire sauvage prisée des Amérindiens) et le Lady Annabelle nommé en pensant à la fille unique de Mme Voyer, aussi artisane brasseuse, ont tous déjà été récompensés, que ce soit dans des compétitions nationales ou internationales.
« Nous sommes les seuls producteurs régionaux à avoir un permis de cidrerie », se réjouit Bianca Voyer.
Même si la production d'alcool est devenue le principal créneau de l'entreprise, elle diversifie ses activités avec une pépinière et le kiosque où l'on retrouve également des chocolats fins. Il est aussi possible de réserver le pavillon d'accueil pour des groupes de 10 personnes ou plus pour organiser des activités.
« Ça reste un domaine d'hommes »
Même en 2017, la présence d'uniquement deux femmes comme Bianca Voyer et sa fille Annabelle derrière une entreprise de fabrication d'alcool reste rare.
« Ça reste un domaine d'hommes. On peut retrouver une femme dans l'équipe, mais souvent le maître brasseur principal est un homme », mentionne la copropriétaire des Vergers de velours Bianca Voyer. 
Ainsi, elle a déjà emmené son frère, le second partenaire dans l'entreprise, pour être prise plus au sérieux dans les rencontres d'affaires, au début, même s'il n'est pas impliqué généralement dans le côté alcool.
« Quand on va dans des salons pour présenter nos produits, souvent les gens interpellent mon père en premier alors qu'il travaille complètement à l'extérieur des vergers. Ils ne comprennent pas que c'est ma mère la patronne », ajoute Annabelle Voyer.
Formation
Initiée par sa propre mère à la fabrication artisanale d'alcool, Bianca Voyer a suivi des formations et a ensuite partagé son savoir avec sa fille à son tour. « L'alcool ici, c'est une affaire de famille. Quand on teste une nouvelle sorte, on s'assoit tous autour de la table et on dit ce qu'on aime et ce qu'on veut changer », confie l'entrepreneure.
Même si le fait d'être deux femmes peut encore soulever des difficultés en relations d'affaires, c'est aussi une force pour les Vergers de velours. 
« Ça nous permet de nous distinguer, c'est sûr, admet Annabelle Voyer. On brasse ce qu'on aime, et en tant que deux femmes, nous avons des goûts différents. Ça nous permet d'offrir des produits qui se démarquent, et ils plaisent autant à la clientèle masculine que féminine. »
La jeune femme se consacre plus activement à l'entreprise familiale durant l'été, lorsque ses études de médecine à l'Université Laval sont en pause. Même durant l'année scolaire, elle n'est jamais bien loin pour répondre aux appels de sa mère. 
« C'est elle la meilleure pour calculer les proportions lors du brassage et pour s'occuper du site web », assure avec fierté Bianca Voyer. 
Preuve qu'il est possible de se passionner pour plusieurs choses dans la vie, Annabelle est aussi la chocolatière en chef, assistée par son grand-père. « On va voir au fur et à mesure comment je peux avoir ma place dans l'entreprise », lance-t-elle.
Les Vergers de velours n'embauchent aucun employé pour s'occuper des 200 acres de terrain, qui comprennent aussi des serres bien productives. Le «wwoofing», ce partenariat entre agriculteurs et voyageurs pour quelques heures de travail par jour en échange du gîte et du couvert, est la solution qu'a trouvée l'entreprise. « Sans ça, je n'arriverai pas », avoue Bianca Voyer.
Climat boréal
En plus de la touche féminine, le climat nordique du Saguenay-Lac-Saint-Jean apporte aussi une note différente aux produits. 
« On ne peut pas faire pousser exactement la même variété qu'arbres que dans le sud du Québec, explique Mme Voyer. Ça fait des fruits plus petits et plus sucrés, ce qui influence le goût de nos alcools. La terre aussi est plus argileuse. Tout ça fait le terroir. » 
Les Vergers de velours font d'ailleurs partie du réseau Agrotourisme Zone boréale.