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Les cours à distance causent des problèmes de démotivation chez de nombreux étudiants.
Les cours à distance causent des problèmes de démotivation chez de nombreux étudiants.

Quand les cours à distance démoralisent [VIDÉO]

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
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Laurie Bouchard a connu une session d’automne difficile. Étudiante en sciences humaines au Cégep de Chicoutimi, tous ses cours étaient majoritairement en ligne. Avec une charge de travail plus élevée et un sentiment d’être délaissée par les enseignants, elle a décidé de se tourner vers les réseaux sociaux pour parler de sa situation et voir si d’autres se sentaient comme elle. Elle a rapidement remarqué qu’elle était loin d’être la seule. Christian Tremblay, directeur des études au Cégep, admet qu’il a présentement les mains liées, mais que sa priorité est de renvoyer les élèves en classe le plus rapidement possible.

Lorsqu’elle a commencé la session d’automne, Laurie a eu immédiatement de la difficulté avec les cours en ligne. Elle a aussitôt remarqué chez elle une perte de motivation à continuer les cours. Elle a donc cherché à savoir si elle était la seule dans cette situation et a fait une vidéo sur sa chaîne YouTube pour en parler.

La jeune femme de 18 ans a utilisé l’application Instagram pour y publier des questions, qui touchaient les cours à distance. Elle demandait par exemple à ses abonnés s’ils trouvaient la charge de travail trop élevée, s’ils préféraient être à l’école ou la maison, s’ils avaient peur d’échouer leur année, et plus. Elle a partagé les résultats dans sa vidéo qui compte, au moment d’écrire ses lignes, un peu plus de 400 visionnements.

Une centaine d’étudiants y ont répondu. Elle a bien vu qu’elle n’était pas la seule dans sa situation. Par exemple, 72% des gens, soit 146 personnes, ont répondu que la charge de travail qui vient avec les cours en ligne est trop élevée comparativement à 28%, soit 58 personnes, ont indiqué qu’il la trouvait parfaite. 60% des répondants (116 personnes) ont affirmé se sentir délaissés par les professeurs. Près de la moitié des répondants (82 personnes) ont avoué avoir peur d’échouer leur année scolaire, contre 95 personnes qui ne le craignaient pas.

L’étudiante a été surprise parfois par certains résultats, et d’autres moins. « J’ai remarqué que les gens avaient de la difficulté à se concentrer pour faire les cours en ligne. J’ai aussi vu que je ne suis pas la seule à trouver la charge de travail beaucoup trop grosse et je pense que les gens préfèrent vraiment aller à l’école que d’être à la maison. Je pensais aussi que j’étais toute seule comme ça, mais nous sommes plusieurs à nous sentir délaissés par les enseignants », affirme-t-elle, dans un entretien par visioconférence avec Le Quotidien.

Plusieurs personnes sont venues lui parler de sa vidéo par la suite. « Je pense qu’elle a aidé plusieurs personnes. Certaines personnes de mes classes sont venues me dire qu’elles ressentaient la même chose que moi. Que je n’étais pas la seule là-dedans, que leur entourage en parlait aussi », continue-t-elle.

Elle espère qu’avec cette vidéo, des choses changent. Que par exemple, la charge de travail soit diminuée pour certains cours ou encore que des professeurs modifient leur façon de donner le contenu d’un cours pour le rendre plus intéressant. Elle mentionnait que certains professeurs ne faisaient que donner des chapitres à lire, concluait par un bref résumé de la lecture précédente et que le cours s’arrêtait là.

Mains liées du côté du Cégep

Le plus grand souhait du directeur des études au Cégep de Chicoutimi, Christian Tremblay, est que les élèves puissent retourner le plus rapidement et le plus souvent possible étudier en classe. Mais, depuis que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est en zone rouge, le Cégep a les mains liées et ne peut rien faire pour les programmes dont les groupes sont plus nombreux que 25 personnes.

M. Tremblay a vu la vidéo et admet qu’il y a effectivement d’autres étudiants qui ont signifié avoir de la difficulté en lien avec les cours en ligne, mais le directeur des études ne croit pas qu’il s’agit d’un problème qui touche la majorité des étudiants. Il sait aussi que plusieurs étudiants ressentent plus d’anxiété en temps de pandémie.

La session d’automne a été difficile à organiser. Les consignes du ministère sont arrivées plus tard que prévu et beaucoup de changements ont dû être faits rapidement. Plusieurs programmes, dont celui des sciences humaines, ont eu à leur horaire un nombre important de cours à distance. Pour y remédier, une formule hybride a été proposée aux étudiants pour que chacun puisse choisir ce qu’ils préféraient, soit aller à l’école ou suivre le cours à distance.

L’école aimerait réinstaurer ces cours théoriques hybrides le plus tôt possible, lorsque ce sera possible. Il faut toutefois que le niveau d’alerte régionale revienne au orange.

À l’hiver, l’école tentera de faire diminuer la taille des groupes, afin que les étudiants puissent retourner en classe le plus rapidement possible, tout en respectant les mesures sanitaires. Des ententes ont été prises avec des partenaires externes pour que le Cégep ait accès à des locaux plus grands. Des libérations ont aussi été données à des professeurs pour augmenter le temps disponible avec les étudiants.

Pour les étudiants qui ont des problèmes avec certains cours ou certains professeurs, le directeur des études les invite à entrer en communication avec leur association étudiante, avec qui il s’entretient assez souvent. Il conseille aussi à ceux qui en ont le besoin à rencontrer l’aide pédagogique individuelle, pour mieux gérer cette nouvelle approche de classe.

Il notait également que l’enseignement à distance a été plus difficile pour certains professeurs et étudiants. Il est conscient que l’enseignement à distance ne convient pas à tous, qu’il apporte des défis immenses, mais tente de soutenir ces jeunes au maximum. « On veut continuer à être fier de nos diplômés, et on veut qu’ils sortent avec la même qualité d’enseignement que ceux formés en dehors d’une période de pandémie », renchérit-il.