L'Iranienne Jamileh Salek planche sur un tableau au ton mélancolique, une oeuvre qui sera complétée d'ici à la fin du Symposium international de peinture et sculpture du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Quand le destin mène vers l'art

Trois artistes, trois histoires.
Chacun des participants au Symposium international de peinture et sculpture du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui prendra fin demain soir, amène davantage que ses oeuvres et la somme de ses habiletés. Pour peu qu'on leur fasse un bout de conversation, on découvre des histoires singulières et on saisit mieux ce qui les pousse à créer.
Prenez Réal Moisan. Dès qu'on entre dans le hangar de la zone portuaire de Chicoutimi, on voit un homme travailler à la spatule sur une toile posée à l'horizontale. Accrochées derrière lui, des images très séduisantes, composant un décor urbain, sollicitent le regard. À l'évidence, cet homme aime les villes, y compris Chicoutimi, dont le profil se décline en deux ou trois versions.
Cette couleur régionale n'est pas arrivée par hasard. Longtemps, en effet, il a opéré le commerce Décor Design Réal Moisan, qui était établi à Chicoutimi. La vie a conduit l'homme d'affaires à Laval, il y a dix ans. Devenu enseignant, il s'adonne à la peinture dans ses loisirs, en attendant de s'investir davantage à la retraite.
«C'est mon premier symposium dans la région depuis que je suis parti et ça va bien. Il y a beaucoup de monde qui circule et j'ai vendu une toile, tout en ayant quelques prospects. Ça faisait quatre ans que je soumettais ma demande au comité organisateur. C'est très sélectif», a raconté l'artiste hier, lors d'une entrevue accordée au Quotidien.
En plus des villes, il aime le ski, un thème qui revient souvent dans son livre de croquis. Peu importe le sujet, cependant, il y a toujours une trace de rouge, «la couleur de la passion», et la peinture est étendue à la spatule. «C'est pour la complexité, la surprise. Ça donne de la verticalité aux ciels et en même temps, ça fait du relief», explique Réal Moisan.
Julienne Lepage et l'argile
Plus loin dans le hangar, Julienne Lepage sculpte une tête de femme à même une motte d'argile. Le travail est à peine amorcé, mais on peut déjà reconnaître des formes, l'amorce d'un visage. «J'aime toucher ce matériau et j'aime le fait qu'il suffit d'un détail pour rendre la pièce vivante», affirme l'artiste de Lanoraie en montrant la photographie d'un oeil qu'elle a particulièrement réussi.
Elle s'est mise à la sculpture il y a 20 ans, un peu par hasard. Exerçant la profession d'enseignante, la dame avait hérité d'un groupe d'enfants originaires du Viet Nam, des «boat people» invités à jouer avec de la pâte à modeler. «J'en ai fait avec eux et j'ai tellement aimé ça que j'ai voulu suivre une formation», relate l'invitée du symposium.
Ses oeuvres tantôt figuratives, tantôt stylisées, ont trouvé leur chemin dans plusieurs pays, notamment en Europe. Les visages féminins sont devenus sa marque de commerce, mais de plus en plus, on voit apparaître une autre spécialité: l'intégration de pierres semi-précieuses dans les sculptures.
C'est sa deuxième visite au symposium et une fois de plus, sa fille, Nathalie Girard, est à ses côtés. Elle a le statut d'accompagnatrice, ce qui ne l'a pas empêchée de meubler un bout de table avec ses sculptures qui représentent des souris et des poissons. «J'ai commencé pour passer le temps, la première fois que je suis venue avec maman. La vraie artiste, c'est elle», souligne modestement la jeune femme.
Une peintre iranienne
Jamileh Salek se distingue à plus d'un titre, parmi les participants du symposium. Plus jeune que la moyenne, elle est partie de Téhéran, en Iran, pour présenter ses tableaux à Chicoutimi. Ajoutons que ses créations font la part belle au noir et blanc, ce qui tranche avec les couleurs vives que privilégient la plupart de ses collègues.
Ses oeuvres laissent filtrer une grande sensibilité. On voit des femmes seules, l'air un peu triste, ainsi que des couples qui suscitent plus de questions qu'ils ne livrent de réponses. Souvent, aussi, une autre image apparaît au coin du tableau. Celle d'Adam et Ève, par exemple. Ou le portrait d'un couple du siècle dernier, comme ceux qu'on accrochait dans les maisons bourgeoises.
Un voile de mélancolie enveloppe ces créations, mais l'artiste a le sourire facile. Prenant à témoin le couple moderne qui tient compagnie à Adam et Ève, elle note que l'homme tient une moitié de pomme, tandis qu'une main de la femme est cachée par une feuille. C'est sa façon de jouer avec la version traditionnelle, à savoir qu'Ève a joué le rôle de tentatrice. «Là, on ne le sait pas», indique Jamileh Salek.
Ce qu'on remarque également, c'est un certain dépouillement. De grandes surfaces restent vierges de toute image, alors que d'autres sections du tableau transmettent beaucoup d'informations. «J'aime la relation entre les espaces pleins et les espaces vides, révèle l'artiste. C'est aussi ce que j'apprécie de l'art japonais, auquel je m'intéresse depuis quelques années.»
Il s'agit de son premier voyage au Canada, après quelques incursions en Europe, et elle a été étonnée par la présence de plusieurs galeries d'art. Ce qui l'a frappée, aussi, c'est la sérénité qui émane des villes, ainsi que des personnes qui y habitent. «Les gens ont des visages empreints de bonté. Ils ont l'air en paix», fait observer Jamileh Salek.
Une autre chose qui l'a impressionnée, c'est l'ancienne résidence d'Arthur Villeneuve, visitée à La Pulperie. L'idée qu'on l'ait déménagée la fait sourire. Cette extravagance lui plaît, même si les chances que l'artiste imite le peintre de la rue Taché sont presque nulles. Il n'y aura pas de maison-musée à Téhéran.
Dcote@lequotidien.com