Gérald Savard trouve le projet de QcRail insensé et le président de la Table régionale des élus (TRÉ) entend défendre la région.

QcRail: un projet insensé, selon Gérald Savard

Les membres de la Table régionale des élus (TRÉ) vont « monter aux barricades » pour empêcher QcRail, un projet de voie ferrée de 370 kilomètres qui reliera Dolbeau-Mistassini à Baie-Comeau, de se réaliser. Ils entendent mettre de la pression sur le gouvernement pour éviter que la Côte-Nord devienne une porte d’accès pour le trafic maritime au détriment de Saguenay et du port en eau profonde de Grande-Anse, à La Baie.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a donné une nouvelle erre d’aller à QcRail la semaine dernière en accordant 7,4 M $ pour la réalisation d’une étude de faisabilité de ce projet évalué à 1,6 G $. Le gouvernement provincial met quant à lui 2M $ dans cette étude.

Le président de la TRÉ, Gérald Savard, s’est dit « très déçu » par cette annonce, jugeant que le projet amènera les industries à « contourner la région », s’il se concrétise. « Ça n’a pas de sens, ça va faire mal à notre région », lance-t-il, en entrevue avec Le Quotidien.

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Selon lui, le port de Grande-Anse n’est pas encore utilisé à sa pleine capacité, et il serait plus économique pour les entreprises de gagner la mer à partir des installations de La Baie.

« Il y a une logique dans la région. Les trains peuvent venir de n’importe où, de l’Ouest canadien, de Montréal, des États-Unis... Ils peuvent arriver à Chambord. Et là, on leur dit vous allez faire un détour par Dolbeau et ensuite 370 kilomètres pour se rendre à Baie-Comeau alors qu’ils pourraient en faire quelques dizaines pour se rendre à Port de Saguenay. C’est beaucoup plus économique en bateau et beaucoup plus logique », explique-t-il.

Le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay, qualifie quant à lui l’annonce du gouvernement provincial « d’hypocrite ». Selon lui, ce projet de corridor ferroviaire, qui ne devrait pas voir le jour avant 2024, est irréalisable si on prend en considération les normes environnementales actuelles.

Le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay, s’oppose également au projet QcRail.

« Pensez-y, construire des voies ferrées complètement neuves dans les milieux humides et dans le bois, c’est complètement irréel », indique-t-il.

Les deux maires voient dans ce débat une occasion de développer davantage le réseau ferroviaire, particulièrement au Saguenay.

« C’est une de nos priorités à la TRÉ d’améliorer le transport ferroviaire dans la région et de pouvoir contourner les installations de Rio Tinto », indique M. Savard.

Rencontre

Gérald Savard, qui est aussi maire de la municipalité de Bégin, entend convoquer une rencontre le plus rapidement possible entre les 12 membres de la TRÉ et le directeur général de Port de Saguenay, Carl Laberge, afin d’organiser une réplique à ce projet.

M. Savard réfute d’ailleurs l’idée que la disparition de la Conférence régionale des élus (CRÉ) ait laissé un vide dans la région. La TRÉ permet aux élus du Saguenay et du Lac-Saint-Jean de se concerter et elle possède une grande influence, pense-t-il.

« La Table, je nous appelle les gardiens de notre région. On en a plusieurs exemples depuis les dernières années, même avec la disparition de la CRÉ. On a fait de belles concertations, que ce soit pour la régie des matières résiduelles, l’appui aux grands projets... Je pense qu’on est capables de mettre de la pression sur le gouvernement du Québec et sur le fédéral », croit le président de la TRÉ.

Dans la région, libéraux et conservateurs ont croisé le fer sur cette question. Pendant que le député libéral de Lac-Saint-Jean, Richard Hébert, a défendu la décision de son gouvernement de financer une étude de faisabilité sur ce nouveau chemin de fer, le député conservateur de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, a déploré ce qu’il a appelé un « grand contournement » du Saguenay–Lac-Saint-Jean.