Line Drouin, sous-ministre du MFFP. a mentionné que le gouvernement a fait la démonstration que les travaux sylvicoles peuvent faire en sorte d’augmenter la possibilité forestière.

Protéger le caribou à coût nul

Québec souhaite protéger 80 % de l’habitat préférentiel du caribou forestier sans avoir d’impact pour l’industrie forestière. Pour y parvenir, le ministère de la Faune, de la Forêt et des Parcs (MFFP) compte notamment sur l’intensification forestière pour augmenter la possibilité forestière de quatre millions de mètres cubes au cours des cinq prochaines années.

« On a fait la démonstration que différents travaux sylvicoles que l’on mène depuis des années ont un rendement important, ce qui va faire en sorte d’augmenter la possibilité forestière, a mentionné Line Drouin, sous-ministre du MFFP, dans le cadre d’un panel tenu lors du congrès annuel du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ). Et c’est la raison pour laquelle on est convaincus qu’on est capables d’arriver à coût nul à l’adoption d’une stratégie de protection du caribou forestier, tout en protégeant 80 % de l’espace préférentiel occupé par le caribou. »

D’ici cinq ans, le gouvernement souhaite donc augmenter la possibilité forestière de quatre millions de mètres cubes en permettant la récolte de volumes de bois non récoltés au cours des dernières années, en favorisant la récolte des bois de contrainte et en augmentant la récolte de bois en forêt privée, a expliqué la sous-ministre, qui est en poste depuis 2017.

Pour l’instant, il n’est pas possible de dire si cette quantité de bois sera suffisante pour compenser les pertes de possibilité forestière dues à la protection de l’habitat du caribou forestier, ajoute-t-elle, mais ces quatre millions de m3 supplémentaires feront partie de la solution. « On est convaincus qu’on y est presque parce que le niveau de connaissance qu’on a et le rendement actuel de nos forêts vont venir égaliser les pertes qu’on peut envisager pour la protection du caribou », remarque Line Drouin, qui rappelle que le gouvernement a prévu une enveloppe de 61 millions $ pour aider les industriels forestiers à s’adapter à la nouvelle réalité de protection du caribou forestier, notamment s’il faut déplacer des chantiers de coupe de bois.

À terme, les gains liés à l’intensification forestière viendront clairement outrepasser les pertes pour protéger le caribou, car le MFFP estime récolter neuf millions de mètres cubes de plus dans 30 ans avant d’atteindre un niveau de récolte supplémentaire de 16 millions de mètres cubes dans 60 ans.

Line Drouin, sous-ministre du MFFP, Martine Dubuc, sous-ministre déléguée pour Environnement et Changement climatique Canada, Marc Croteau, sous-ministre au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Changements climatiques, et Mario Bouchard, sous-ministre au ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, ont participé à la table ronde des sous-ministres présentée lors du congrès annuel du CIFQ.

Le beurre et l’argent du beurre

« Le secteur forestier peut générer des émissions négatives en créant de la richesse et des emplois de qualité », estime Line Drouin, en soulignant que 75 millions $, financés à même le Fonds vert, seront investis sur cinq ans pour augmenter la productivité des forêts et ainsi séquestrer davantage de carbone. Selon cette dernière, les forêts peuvent ainsi permettre d’avoir le beurre et l’argent du beurre, en développant à la fois des opportunités de développement économique, tout en s’attaquant aux changements climatiques.

Dans son dernier discours sur le budget, le gouvernement du Québec a par ailleurs reconnu, pour une première fois, que le secteur forestier constitue un outil pour l’atténuation des changements climatiques. Et ce n’est qu’un début, car le bois et les forêts seront une pièce maîtresse du prochain Plan d’action sur les changements climatiques 2020-2030, a mentionné Marc Croteau, sous-ministre du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Changements climatiques.

Même son de cloche du côté de Martine Dubuc, sous-ministre déléguée pour Environnement et Changement climatique Canada. « Sans l’industrie forestière, on ne pourra pas atteindre l’objectif de réduction de GES qu’on s’est fixé pour 2030 », dit-elle.

Cette dernière mentionne par ailleurs que le gouvernement canadien souhaite conclure une entente avec le Québec pour assurer la protection du caribou forestier, comme il l’a déjà fait avec les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon. « On préfère la stratégie du Québec d’avoir à utiliser la loi pour forcer la protection du caribou », soutient Martine Dubuc, qui a tenu à souligner que la Loi sur les espèces en péril est très contraignante et que le Canada a ratifié une charte de la biodiversité avec les membres du G7.