Propos racistes contre un chauffeur de la STS dénoncés

Marcellin Gbazai en a assez. Le chauffeur d’autobus de la Société de transport du Saguenay a été victime de propos racistes dans le cadre de son travail en début de semaine. Une situation qu’il dénonce afin de faire la promotion du vivre ensemble dans une région où on tente d’attirer la main-d’oeuvre étrangère.

Dans la nuit de lundi à mardi, Marcellin Gbazai s’est rendu à l’aéroport de Bagotville. Il devait prendre des passagers en provenance du sud à leur sortie de l’avion, puis les amener jusqu’au terminal. 

Lorsqu’il a salué un passager qui montait à bord, le chauffeur a reçu des insultes en guise de réponse. «L’homme a dit ‘‘Ça encore ici! Qu’est-ce que ça fait là!’’», raconte le chauffeur qui a accepté de parler de son histoire au Quotidien. 

Bien qu’il soit habitué aux remarques désobligeantes, les propos ont particulièrement troublé celui qui oeuvre également dans le monde des arts et qui a ouvert une épicerie africaine à Chicoutimi. D’autant plus qu’une femme a ensuite ajouté à l’insulte en faisant des bruits de singe en sortant de l’autobus.  

«Je suis habitué aux blagues, des bruits de singe, j’en ai entendu souvent, mais cette fois ça dépasse la ligne rouge. Je n’en croyais pas mes yeux (sic).»

L’emploi du mot «ça» pour parler de lui a particulièrement atteint Marcellin Gbazai. «J’habite ici depuis huit ans. Je suis habitué à ce genre d’affaires. Comme chauffeur, j’ai aussi eu des insultes racistes. Ça fait partie des risques du métier. Mais là, c’était trop, c’était violent. Il avait l’air effrayé de me voir là, étonné. On n’utilise même pas le mot «ça» pour un chien. Ç’a m’a choqué. Il aurait dit ‘‘noir’’ et ça aurait été différent. Je travaille pour gagner ma vie, pas pour perdre ma vie et ma dignité. Je ne suis pas assis derrière le volant comme un noir, mais comme un employé. C’est tout.» 

Marcellin Gbazai raconte avoir gardé son sang-froid. Il a tout de même voulu agir pour tenter de faire changer les choses. 

«J’ai déposé une plainte à la police, mais je sais que ça n’ira pas plus loin parce que ça ne peut pas aller au criminel.»  

Marcellin Gbazai souhaite que l’individu présente des excuses. «Je veux qu’il comprenne qu’on ne dit pas ça.» Il a dénoncé la situation à l’aide d’une vidéo sur Facebook. Sa publication a suscité l’intérêt de plusieurs Internautes qui lui ont manifesté du soutien. Une situation qui lui apporte du réconfort. «Voir les réactions, ça me permet de voir que le vivre ensemble est réel.» 

Marcellin Gbazai confirme que la direction de la STS lui a aussi apporté son soutien. «Le directeur général et les ressources humaines m’ont rencontré. Ça m’a fait du bien. Je suis le seul noir de la STS. En m’accordant son soutien, la STS démontre aux immigrants qui voudraient y travailler qu’ils sont bienvenus. Elle montre que les entreprises de la région sont ouvertes.»

Marcellin Gbazai estime qu’il s’agit d’un élément essentiel en cette période où la région tente d’attirer de la main-d’oeuvre étrangère. 

«Promotion Saguenay fait tout pour que des gens viennent, mais après il y a de la sensibilisation à faire. La région est très accueillante, mais il faut aussi sensibiliser les gens au vivre ensemble. Souvent, les gens qui viennent ici ne dénoncent pas ce genre de situations. Ils préfèrent repartir. Le Saguenay, ce n’est pas un endroit raciste, mais des gens ont un doctorat en ignorance. On a besoin de se serrer les coudes.»