Le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, croit fermement que si les grands projets sont bons pour le développement économique de Saguenay, son organisation se doit de les promouvoir.

Promotion Saguenay: 42 000$ pour la promotion des grands projets

Promotion Saguenay a octroyé 42 000 $ à la firme de relations publiques TACT, pour un mandat d’accompagnement dans l’acceptabilité sociale. Ces fonds, en plus de ceux d’autres organismes, ont ultimement mené à la création du mouvement controversé Je crois en ma région.

La résolution a été acceptée à l’unanimité lors d’une séance du conseil d’administration de Promotion Saguenay en juin 2019. C’est la citoyenne Mélanie Boucher, ancienne présidente de l’Association des contribuables de Saguenay, qui a levé le voile sur cette résolution trouvée dans les procès-verbaux de Promotion Saguenay disponibles sur le site Internet de l'Alliance Saguenay. 

Dans la résolution, dont Le Quotidien a obtenu copie, Promotion Saguenay mentionne le besoin de cet accompagnement. Le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, défend la mission de son organisation.

« Notre mandat est de promouvoir l’économie de la ville et de la région. Les grands projets ne sont pas notre seul cheval de bataille. Dans les dernières années, on a investi 2,5 M$ dans les PME, a-t-il confié en entrevue téléphonique avec Le Quotidien. Si les projets sont bons économiquement pour notre ville, c’est en partie notre mandat d’en faire la promotion. »

M. Bérubé croit que l’acceptabilité sociale n’était peut-être pas le bon terme choisi pour cette résolution. « On parle plus de promouvoir l’économie. On veut développer l’économie de Saguenay et attirer d’autres projets. Cette résolution ne couvre pas uniquement GNL, mais tous les projets économiques avantageux pour la Ville. Tout ce qu’on offre, c’est plus d’exposition aux projets. »

M. Bérubé a avoué que le mouvement Je crois en ma région était une création d’un regroupement comprenant Promotion Saguenay.

« Pour mettre en contexte, à l’époque, on n’était pas les seuls. On a créé un regroupement avec plusieurs organismes. On a fait appel à TACT pour accompagner le groupe et éventuellement, ça a mené à la création de Je crois en ma région, mais il faut comprendre qu’on est pas seuls à financer le mouvement. »

Le conseiller municipal et administrateur de Promotion Saguenay, Jean-Marc Crevier, défend la décision en mentionnant que « le mandat de TACT était de voir ce que les gens voulaient voir comme développement et définir l’orientation de Promotion Saguenay. C’est par après que toute l’histoire de Je crois en ma région s’est rattachée à ça.»

Crevier en désaccord

M. Crevier a cependant été un peu contradictoire avec la version de Patrick Bérubé, sur le mandat de l’organisme. « Ça ne fait pas partie de notre mandat de promouvoir les grands projets et on ne fait pas ça. On ne fait pas ça pour GNL, BlackRock ou pour que les autres grandes industries fassent de l’argent, mais au bénéfice de la région. On essaie de démontrer que si ça passe tous les tests concernant l’environnement, incluant le BAPE, on va tout faire pour que ça arrive, mais il y a des gens que, même si c’est accepté partout, leur opinion reste négative. »

Il croit que la population associe trop les grands projets à GNL. « À l’heure actuelle, quand on parle de grands projets, on associe ça à GNL. Dans la tête de Jean-Marc Crevier, on parle de l’aluminerie AP60, du centre de coulée à Alma et de tous les autres. C’est ça qui est plate. Le débat est faussé. »

Il estime que Je crois en ma région est peut-être une erreur. « Est-ce que le mouvement est une erreur, peut-être. On va voir, Karine Trudel démissionne de son poste de porte-parole et selon moi, il n’y aura personne qui va prendre sa place. Ça a peut-être donné plus de gaz à ceux qui sont contre que ceux qui sont pour. »

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LES ÉLUS DE JONQUIÈRE QUESTIONNENT LA PROCÉDURE

La présidente de l’arrondissement de Jonquière, Julie Dufour, et le conseiller du district 4, Kevin Armstrong, se posent des questions sur l’implication de Promotion Saguenay dans le mouvement Je crois en ma région.

Questionnés sur la somme de 42 000 $ octroyée par Promotion Saguenay à la firme de relations publiques TACT pour le besoin d’accompagnement dans l’acceptabilité sociale, les deux élus ont été clairs : la situation pose problème. « Pourquoi Promotion Saguenay a besoin d’acceptabilité des grands projets ? Quand on parle de développement économique, c’est développement économique toutes catégories confondues sur le territoire de la Ville. Donc, le mot ‘‘besoins’’ doit être défini. Ce n’est pas à l’argent public de faire la publicité pour les grandes entreprises privées, si c’est le cas », s’est interrogée Mme Dufour, lors de la séance d’arrondissement de Jonquière, tenue mardi soir. 

De son côté, M. Armstrong croit que les élus doivent faire preuve de neutralité. « Ça apporte des questions. Je pense que Promotion Saguenay doit faire la promotion du développement économique et de l’institution qu’est la Ville de Saguenay. On a un certain devoir de neutralité vis-à-vis les promoteurs des projets, donc certainement que je vais poser plusieurs questions », a déclaré M. Armstrong, qui a également mentionné qu’il aurait voté contre l’appui au mouvement Je crois en ma région, s’il avait été présent lors de la dernière séance de conseil municipal.

Les deux élus croient fermement que tout réside dans les services que TACT a fournis à Promotion Saguenay. « Pour moi, ça soulève éthiquement de grandes questions. Est-ce qu’on est rendu à payer du lobby via Promotion Saguenay pour les grandes entreprises ? C’est notre bras droit de l’économie. Il est maintenant dans le périmètre comptable de la Ville. Il faut être très prudent. Je suis un petit peu étonnée de cette résolution unanime », a exprimé Mme Dufour.

Elle a mentionné être un peu malaisée de la décision de l’organisme financé par les fonds publics. « Cette décision est hautement importante. Quand on pense que dans les grands projets, certains font couler beaucoup d’encre et sèment la controverse, il y a des études qui ne sont pas finies, c’est très malaisant de s’apercevoir six ou sept mois plus tard qu’un mandat sur l’acceptabilité sociale a été donné. »