Projet Micoua-Saguenay : des pour et des contre

C’était soir de dépôt des mémoires, mardi, dans le cadre de l’examen du projet de ligne Micoua-Saguenay de 735 kilovolts d’Hydro-Québec par le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE). D’un côté, des propriétaires directement touchés sont venus s’opposer ou demander d’importants changements, tandis qu’à l’opposé, des organismes représentant les élus ou qui font dans le développement économique sont venus accorder leur appui, tout en demandant de plus grosses retombées pour la région.

C’est ce qui est ressorti de la deuxième soirée d’audiences publiques tenue à l’hôtel Delta, après celle du 21 janvier.

Parmi les 13 dépôts à l’horaire, des propriétaires de deux pourvoiries sur les monts Valin sont venus exprimer leurs inquiétudes. Tout d’abord, Caroline Dion et Conrad Thivierge, de la Pourvoirie Lac Dégelis, sont venus dire que le projet de ligne de transport électrique aurait de graves impacts visuels, puis économiques, sur le commerce qu’ils ont acquis en 2011. Celle qui est également greffière à la Ville de Saguenay a donné comme exemple qu’une fois le projet complété, il y aurait pas moins de neuf tours additionnelles qui seraient visibles depuis une plage exploitée par la pourvoirie, venant s’ajouter aux cinq existantes. Actuellement en processus de vente, Mme Dion a fourni au président de la commission, Denis Bergeron, et à la commissaire, Marie-Hélène Gauthier, une évaluation d’un courtier immobilier disant que la pourvoirie perdrait de 300 000 $ à 400 000 $ de valeur.

Pour le propriétaire de la Pourvoirie Monts-Valin du Archer, Bernard St-Louis, les préoccupations étaient semblables. « On perd vraiment de la valeur marchande et on perd aussi une clientèle future », a-t-il dit au Quotidien avant son dépôt.

Les propriétaires de la Pourvoirie Lac Dégelis, Conrad Thivierge et Caroline Dion, ont dénoncé les impacts qu’aurait le projet de ligne Micoua-Saguenay sur leur commerce.

Le citoyen Mario Tremblay avait ouvert la soirée en critiquant le peu d’efforts faits par Hydro-Québec pour minimiser les impacts sur son terrain, aoù il exploite le bois en plus d’y avoir une résidence secondaire. Il a aussi critiqué tout le processus. « En aucun temps, je n’ai senti que le tracé pourrait être changé », a-t-il indiqué.

Le directeur général du Conseil régional du développement durable, Tommy Tremblay, allait pour sa part demander que les chemins forestiers nécessaires à la construction soient reboisés. « On demande aussi des mesures supplémentaires pour protéger le caribou forestier », lui aussi interrogé plus tôt en soirée.

Du côté des appuis, la directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay-Le Fjord (CCISF), Sandra Rossignol, est venue dire que son organisme « accueille de façon positive le projet » et « souhaite donc appuyer celui-ci dans le cadre du processus du BAPE ».

Quant à Promotion Saguenay, le directeur du développement industriel, Claude Bouchard, est venu demander une plus grande part de gâteau pour la région. « On demande à Hydro-Québec de prendre les dispositions nécessaires pour augmenter le pourcentage des retombées économiques. On joint notre voix à celle de la Côte-Nord », a-t-il indiqué aussi avant sa présentation. Il a estimé le pourcentage de retombées régionales à 7,25 %, alors qu’il a atteint 20 % pour un secteur du projet de la Chamouchouane–Bout-de-l’Île.

Pour sa part, le préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, Gérald Savard, a dit qu’il s’agit « d’un projet important pour la MRC ». Il fait confiance à Hydro-Québec en ce qui a trait au côté environnemental.

Finalement, René Tremblay, chef de la Communauté métisse du Domaine-du-Roy et de la Seigneurie de Mingan, a dénoncé que sa communauté ne soit pas consultée ni reconnue. « On est là pour rappeler le gouvernement du Québec à l’ordre », a-t-il mentionné.

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LA BAIE : AU TOUR DU CHEMIN DE LA BATTURE

(Pascal Girard) — La ronde des citoyens mécontents de leur compte de taxes s’est poursuivie mardi à La Baie, alors que plusieurs résidants du chemin de la Batture sont venus dénoncer la hausse de la valeur de leurs terrains à l’occasion d’une séance du conseil d’arrondissement.

Les récriminations étaient doubles, à savoir qu’en plus du récent rôle d’évaluation majoré, plusieurs s’inquiètent d’une baisse éventuelle en raison du port qui serait construit par Port de Saguenay sur la rive nord du Saguenay pour Arianne Phosphate.

« Ça va changer complètement ce qu’il va y avoir devant nous. Imaginez un port, bruyant, très lumineux, qui va dévisager notre fjord. (...) D’habitude, ça se vend vite, mais là, collectivement, il faudra revoir la hausse de l’évaluation foncière. Avec ce qui nous pend au bout du nez, on ne sera pas capables de les vendre au prix de l’évaluation », a expliqué Jacynthe Marceau qui demeure justement sur le chemin de la Batture.

Il y avait d’ailleurs plusieurs membres du Collectif de la Batture qui étaient présents. Ce regroupement est « opposé au port multiusager proposé pour desservir le projet minier Arianne Phosphate », indique leur site Internet.

Un autre citoyen, André Deschamps, était venu partager une explication qu’il a reçue pour la hausse marquée de la valeur de son terrain. « C’était basé sur des terrains identiques vendus près de chez nous. Des gens ont payé 50 000 $ pour des terrains. Ce sont des vendeurs de rêves », a-t-il exposé. Il a donné l’exemple de son terrain, qui a vu son évaluation passer de 19 000 $ à 50 000 $.

Comme à chaque séance, les conseillers ont invité les citoyens à contacter la Ville pour avoir des explications sur leur compte de taxes. Mais pour ce qui est d’une éventuelle dévaluation causée par la construction d’un port face à ce lieu de villégiature, Martin Harvey s’est limité à dire qu’il fallait attendre de voir si le projet irait bel et bien de l’avant. Il a aussi dit que ce n’était pas sur le territoire de Saguenay. « La Ville, on n’a pas d’emprise là-dessus », a répondu celui qui habite d’ailleurs dans ce secteur.

Terrain de la Consol

Le chef du Parti des citoyens de Saguenay, Dominic Gagnon, a profité de la séance du conseil pour répéter sa préoccupation quant à l’érosion de l’ancien terrain de la Consol, récemment acquis pour un dollar par Saguenay. Il craint que l’érosion mette à nu des contaminants enfouis dans le sol. Le conseiller Martin Harvey lui a répondu que le dossier de l’érosion était déjà à l’étude pour tout le secteur de La Baie. Il lui avait auparavant reproché d’avoir qualifié la transaction de « cadeau de Grec » lors de l’annonce. Il a trouvé que c’était « indélicat » de sa part.