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Le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAC, Gilles Imbeau, estime que le projet eCampus mis de l’avant par le gouvernement du Québec va transformer le paysage de la formation universitaire dans un avenir rapproché.
Le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAC, Gilles Imbeau, estime que le projet eCampus mis de l’avant par le gouvernement du Québec va transformer le paysage de la formation universitaire dans un avenir rapproché.

Projet eCampus: l’UQAC doit s’inscrire avec prudence

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le futur recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) devra gérer l’incertitude financière de la postpandémie et devra surtout inscrire à son tableau de bord la mise en place, par le gouvernement du Québec, du vaste projet eCampus qui pourrait modifier significativement le paysage des formations universitaire et collégiale au Québec.

« Le projet a été lancé par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Il a été repris par celui de la CAQ et on sent très bien qu’ils veulent déployer ce projet. Nous avons fait des pressions pour ralentir cette initiative, mais pour l’UQAC, l’enjeu est de taille si l’on considère qu’avant le début de la pandémie, il n’y avait pratiquement aucune offre de cours complète en ligne », insiste le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’université, Gilles Imbeau.

Tendance mondiale

Ce projet s’inscrit dans un modèle actuellement en développement à plusieurs endroits dans le monde alors qu’au Canada, l’Ontario a déjà créé son eCampus. Le projet québécois est en partie résumé dans le Rapport du chantier eCampus FAD en enseignement supérieur. Le document fait état de consultations menées auprès des parties prenantes en faisant ressortir principalement les avantages de la création de ce qui pourrait devenir le premier campus universitaire/collégial intégré de formation à distance.

Gilles Imbeau considère que la pandémie risque d’avoir des impacts à long terme sur l’enseignement, principalement pour tout ce qui touche la formation qu’il est possible de dispenser en ligne. Au Québec, estime-t-il, les universités ne sont pas au même niveau pour la formation à distance. Dans un avenir proche, il ne serait pas étonné de voir des universités disposant des moyens techniques et financiers nécessaires se lancer dans des offensives importantes pour offrir des formations beaucoup plus complètes en ligne et non seulement les formations d’appoint.

« Nous allons nous retrouver dans un paysage où l’offre sera avantageuse. Dans un tel contexte, le “branding” universitaire deviendra un atout important. Des parents verront des économies importantes alors qu’un jeune pourra faire une formation universitaire à distance et obtenir son diplôme de Laval ou McGill sans devoir défrayer les coûts pour vivre à Québec ou Montréal. Le gouvernement peut aussi voir à long terme des économies pour les infrastructures universitaires », avance Gilles Imbeau.

Derrière cette stratégie visiblement souhaitée par le gouvernement Legault et confiée conjointement au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et au Bureau de mise en oeuvre du plan d’action numérique du gouvernement se dissimule l’avenir de l’enseignement supérieur. Gilles Imbeau voit déjà poindre d’autres enjeux comme le recrutement des professeurs et l’arrimage de ces futurs professeurs avec les grands secteurs de la recherche universitaire.

Dans la présentation du cadre du projet, les auteurs du document confirment que le projet eCampus constitue une « transformation importante pour la majorité des parties prenantes, tant pour le personnel des établissements d’enseignement supérieur que pour les étudiants québécois ».

Le document consulté par Le Quotidien fait état d’un site unique qui permettrait de rediriger les étudiants vers les universités et collèges du Québec afin de faire la sélection des cours en ligne. Il existe en ce moment un défi important de rattrapage entre les différents collèges et universités du Québec. Certains établissements ont déjà des services de formation à distance bien établis (cégep à distance) et auront donc une longueur d’avance pour ce nouveau marché.

Les recommandations émises par les parties lors de la consultation ont évoqué la problématique des petites universités qui ne disposent pas des budgets pour être en mesure de combler le retard.

L’une des recommandations indique qu’il faut « accompagner et soutenir les plus petites universités par des incitatifs financiers ou technologiques pour qu’elles offrent de la formation à distance et puissent bénéficier d’une plateforme centralisée, dans un souci d’équité avec les universités ayant déjà développé leur offre et ayant leur propre plateforme, et ce, en tenant compte de leurs investissements ».

Le président du syndicat des professeurs de l’UQAC n’a pas d’idée précise sur l’échéancier de mise en place du projet. Il est cependant convaincu que le gouvernement du Québec est fermement décidé à procéder assez rapidement et à profiter de l’expérience de la pandémie qui a forcé plusieurs institutions d’enseignement à mettre en branle la formation à distance pour justifier l’importance de cette transformation.

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LE DÉFI DU FINANCEMENT RELIÉ À LA CLIENTÈLE

La situation financière de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), en raison de la fragilité de sa clientèle, risque de devenir problématique à court terme si jamais le gouvernement du Québec doit revenir à un financement basé sur le nombre d’étudiants alors que les dépenses ont augmenté dans les dernières années.

Au fil des ans, l’UQAC est parvenue à se constituer une clientèle internationale de plus ou moins 1600 étudiants. La pandémie a eu des conséquences à ce chapitre et rien n’assure que les étudiants internationaux seront au rendez-vous pour l’hiver. Selon Gilles Imbeau, une diminution de cette clientèle se profile pour la session d’hiver 2021 et aura un impact direct sur le financement de l’institution et, à moins d’une aide spécifique du gouvernement du Québec, des pertes sont à prévoir.

« Le gouvernement avait accordé un financement additionnel. La rectrice a utilisé cette marge pour procéder à l’embauche de cadres pour la gestion de l’université. Mais la pandémie change les choses et il n’est pas assuré que les étudiants internationaux seront au rendez-vous en aussi grand nombre. »

Malgré les efforts, l’UQAC parvient difficilement à faire des gains importants au chapitre de la clientèle québécoise. Elle fait le plein d’étudiants dans les cégeps de Chicoutimi et de Jonquière, mais a plus de difficulté auprès des étudiants des cégeps d’Alma et Saint-Félicien, qui considèrent l’UQAC sur le même pied que les universités des grands centres.

Le gouvernement de la CAQ avait accepté d’injecter des sommes additionnelles au financement de l’UQAC afin de compenser les spécificités des universités en région qui doivent supporter une base de services aux étudiants sans pour autant avoir les clientèles suffisantes pour financer cette infrastructure.

Selon Gilles Imbeau, le recteur par intérim Ghislain Bourque a été assez clair dans le travail qu’il a l’intention de faire en attendant la nomination d’un nouveau recteur. Le syndicat ne s’attend donc pas à des réformes importantes. Gilles Imbeau croit qu’il serait primordial que le recteur par intérim procède à la nomination, même temporaire, d’un vice-recteur à l’enseignement qui travaillerait quotidiennement avec les doyens afin de régler les problèmes découlant de tout le volet de l’enseignement.

« Nicole Bouchard avait décidé d’occuper cette fonction de vice-recteur à l’enseignement en plus de rectrice. Cette décision a aussi contribué aux problèmes soulevés par les professeurs », a conclu Gilles Imbeau.