La direction du Café-Jeunesse de Chicoutimi ne comprend pas pourquoi la Ville refuse de fournir les 350 000$ requis pour la réalisation de son projet de coopérative d'habitation alors que le C.A. avait obtenu un engagement. Sur la photo : la coordonnatrice, Marie-Michèle Rancourt, la présidente du C.A., Marie-Pier Tremblay, l'administratrice et utilisatrice, Valérie Boily, l'utilisatrice Joannie R. Grenier et la responsable du projet d'habitation, Karole-Anne Foster.

Projet d'habitation: une subvention promise au Café-Jeunesse, puis refusée

Le Café-Jeunesse de Chicoutimi se sent abandonné par Saguenay.
L'organisme communautaire, qui offre de l'aide et de l'accompagnement aux jeunes de 18 à 30 ans aux prises avec diverses problématiques, oeuvre d'arrache-pied à l'implantation d'une coopérative d'habitation depuis 10 ans. Récemment, la Ville s'est engagée à lui fournir le soutien financier nécessaire à l'acquisition d'un terrain et à la construction d'un immeuble à logements. À la onzième heure, le comité exécutif a toutefois décidé de ne pas appuyer le projet, ce qui laisse le conseil d'administration animé d'un sentiment de profonde incompréhension.
Au départ, l'organisme souhaitait construire un bloc de 20 appartements, avec, pour point central, le Café-Jeunesse. Pour obtenir du financement de la Société d'habitation du Québec (SHQ) par l'entremise du programme Accès Logis, le Café-Jeunesse devait obtenir une contribution du milieu. Initialement, elle était évaluée à environ 900 000$. Le conseil d'administration a donc sollicité la Ville, qui détient un Fonds d'habitation communautaire. Plusieurs rencontres ont eu lieu, impliquant élus est fonctionnaires.
«La Ville nous a dit de ne pas acheter de terrain ni d'immeuble, et qu'elle allait nous en trouver un», explique la présidente du C.A. de l'organisme, Marie-Pier Tremblay. La contribution municipale a été jugée trop importante. Le Café-Jeunesse a donc refait ses devoirs. Comme la direction souhaitait ardemment que la coop prenne son envol pour subvenir aux besoins criants de la clientèle, le projet a été revu à la baisse. L'organisme a lui-même trouvé un terrain au centre-ville, dans le dessein d'y construire un complexe de quatre logements qui lui servirait de tremplin vers quelque chose de plus grand.
Offre d'achat déposée
Une offre d'achat a été déposée. Marie-Pier Tremblay, sa collègue coordonnatrice, Marie-Michèle Rancourt, et l'intervenante responsable du projet, Karole-Anne Foster, se sont retroussé les manches pour boucler le financement. Elles ont réussi à obtenir une subvention de 160 000$ du fédéral. La version revue et corrigée de la coop faisait passer la contribution de la Ville à 350 000$. Une résolution du comité exécutif était nécessaire pour attacher toutes les ficelles en termes de financement. De nombreuses rencontres ont eu lieu pour faire avancer le dossier, dont une dizaine avec des fonctionnaires et des élus. Le conseiller municipal responsable du secteur centre-ville de Chicoutimi, Simon-Olivier Côté, voyait d'un bon oeil l'implantation d'une coop sur son territoire, où les appartements sont souvent inadéquats et dispendieux pour les jeunes en difficulté.
Une volte-face inexplicable, déplore la coordonnatrice
Le 14 novembre dernier, les représentantes du Café-Jeunesse ont pris part à une rencontre impliquant notamment le président de l'arrondissement de Chicoutimi, Jacques Fortin, le directeur, André Martin et le président du Conseil du trésor, Jean-Yves Provencher. Tout ce beau monde était emballé par le projet.
«On a demandé s'il était possible d'avoir un engagement formel de la Ville pour qu'on puisse attacher le financement. On a dit: ''On a fait nos devoirs, on a modifié notre projet et on a revu la contribution du milieu à la baisse. Il faut que ça bouge! ''», relate la coordonnatrice, Marie-Michèle Rancourt.
Le 17 novembre, les représentantes de l'organisme ont rencontré la responsable du programme de dons et subventions à la Ville, Francyne T. Gobeil en compagnie de leur conseiller municipal.
«Elle nous a dit qu'il y avait 100 000$ de disponible parce qu'un projet est tombé. Elle était très enthousiaste. Elle nous a proposé de financer le projet sur six ans: 100 000$ la première année (2017) et 50 000$ les années suivantes», poursuit la coordonnatrice. La responsable des dons et subventions a indiqué que le dossier serait placé à l'ordre du jour de la prochaine rencontre du comité exécutif prévue pour le 24 novembre. La veille de l'assemblée, le conseiller Simon-Olivier Côté a informé la coordonnatrice du Café-Jeunesse qu'un autre ténor de l'exécutif venait de lui signifier son appui au projet. Contre toute attente, Marie-Michèle Rancourt a reçu un coup de fil du conseiller Côté après l'assemblée. Il lui a signifié que le projet a été refusé pour trois raisons: les 100 000$ prévus pour 2017 ne sont pas disponibles, la SHQ mène une consultation en matière de logements sociaux et communautaires et le comité exécutif ne veut pas engager des sommes pour le prochain conseil après 2017.
Abasourdies
Les administratrices du Café-Jeunesse sont abasourdies de constater qu'après tant d'heures de travail et d'efforts investis par des fonctionnaires municipaux et en dépit des signaux positifs envoyés par la Ville, celle-ci leur livre une fin de non-recevoir. Elles estiment que l'un des arguments invoqués pour justifier le refus ne tient pas la route, puisque la SHQ a signifié, lors de sa récente tournée de consultations en matière d'habitation, qu'elle a l'intention d'assouplir les règles d'AccèsLogis et de le rendre mieux adapté aux différentes réalités régionales.
Avec le rejet du projet par la Ville, le Café-Jeunesse a perdu sa subvention de 160 000$. Marie-Michèle Rancourt a consulté le procès-verbal du comité exécutif du 24 novembre et se demande pourquoi le dossier n'y figure pas. Elle ne sait même pas si le projet a réellement fait l'objet de discussions. La présidente du C.A., manifestement déçue de la tournure des événements, veut savoir ce qui s'est passé.
«Notre seul espoir réside dans un changement de l'administration municipale», a déclaré Marie-Pier Tremblay.
Valérie et Joannie dans l'attente
Valérie Boily et Joannie R. Grenier, deux utilisatrices du Café-Jeunesse, voient leurs espoirs d'obtenir un logement abordable et adapté à leurs besoins complètement anéantis.
Valérie, 30 ans, vit dans un HLM au centre-ville avec son fils de 11 ans et sa fille de quatre ans. Son garçon souffre d'un trouble du déficit d'attention (TDA) et est très actif. Elle n'en peut plus de vivre aux côtés de voisins intolérants et a commencé à faire de l'anxiété. Originaire du Lac-Saint-Jean, elle a déménagé à Chicoutimi pour étudier à l'UQAC. Le projet a été mis sur la glace pour diverses raisons, principalement liées au fait qu'elle a toujours eu du mal à dénicher un appartement convenable. «Avoir un logement qui correspond mieux à mes besoins réduirait beaucoup mon anxiété. Je n'aurais plus de problèmes ou d'inquiétudes par rapport aux comptes et à l'argent et je pourrais me concentrer sur mes études et sur mes enfants», dit-elle.
Joannie, 25 ans, est atteinte d'une condition qui affecte sa concentration. Il est difficile, pour elle, de s'investir dans les études parce qu'elle a besoin d'argent pour payer son loyer et n'a pas l'énergie nécessaire pour conjuguer école et boulot. La jeune femme aimerait que cesse cette spirale, qui lui cause également beaucoup d'angoisse. En six ans à Chicoutimi, elle a déménagé huit fois. «C'est fatigant», pointe celle qui rêve de vivre dans un appartement où elle se sent en sécurité.
L'intervenante Karole-Anne Foster signale que les habitations permettent aux jeunes adultes de se concentrer sur leur projet de vie en leur offrant un milieu sain et sécuritaire et un soutien communautaire.
Le Café-Jeunesse, un organisme présent à Chicoutimi depuis 30 ans, a récolté l'appui de plusieurs organisations issues des domaines communautaire et de la santé qui croient en la pertinence du projet de coop d'habitation.
Plus d'argent, plaide Claude Tremblay
Membre du comité exécutif, Claude Tremblay a procédé à quelques vérifications, à la demande du Progrès-Dimanche. Il confirme que le projet du Café-Jeunesse n'a pas reçu l'aval de la Ville parce qu'elle n'a plus d'argent.
«Je viens de parler à quelqu'un là-dessus et les raisons que vous m'avez données sont les bonnes. C'est exactement ça. On n'a pas d'argent pour ce type de projet pour l'instant et on ne veut pas engager le conseil le futur conseil financièrement», a déclaré le conseiller du secteur Kénogami. Claude Tremblay ne peut dire si des engagements ont été pris par des représentants municipaux envers la direction du Café-Jeunesse. Il n'a pas été possible d'en discuter avec son collègue Simon-Olivier Côté, qui se trouve présentement en vacances. Dans un courriel acheminé à la coordonnatrice du café le 30 novembre, le conseiller Côté réitérait son appui au projet et se disait prêt à aider l'organisme pour la suite des choses.