Usine Alma de Produits forestier Résolu
Usine Alma de Produits forestier Résolu

Projet de loi 50 et pertes d’emplois chez PFR: les syndicats dénoncent le mutisme des élus

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
Les leaders syndicaux de l’usine de Produits forestiers Résolu (PFR) d’Alma déplorent le mutisme de certains élus de la région en ce qui concerne le projet de loi 50 ainsi que la centaine d’emplois perdus à la suite des fermetures des machines à papier numéro 9 et 10.

« On n’est pas content du tout du mutisme politique actuel. Nous autres, on vient de perdre deux machines à papier, donc environ 130 travailleurs qui vont perdre leur emploi ici. Ni le maire d’Alma, le préfet de la MRC, le député [Éric] Girard ou la ministre Andrée Laforest ne se sont manifestés pour essayer de voir ce qui se passait par rapport à ça. On est vraiment déçu. L’appui politique est très minime là-dessus », a réagi Pierre Tremblay, président du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB-FTQ).

Rappelons que la semaine dernière, PFR avait annoncé la fermeture le 15 mai de la machine numéro 10 à l’usine d’Alma, le marché du papier de type circulaire s’étant grandement détérioré, au cours des dernières semaines, en raison de la pandémie de COVID-19. Cet arrêt de production s’ajoutait à celle de la machine numéro 9, déjà fermée pour une durée indéterminée.

« Résolu profite de la situation pour presser le citron encore plus. Ils suppriment des emplois par rapport à la machine numéro 14. Je trouve que la COVID-19 a le dos large », a critiqué Jean-Pierre Rivard, président du Syndicat national des travailleurs et travailleuses des pâtes et papier d’Alma.

Pour la machine numéro 14, le syndicat mentionne qu’il est question d’une dizaine de « bons emplois » supplémentaires qui sont perdus.

Projet de loi 50

Les deux présidents syndicaux ont aussi réagi à la récente sortie publique du député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, concernant le projet de loi 50.

Ce projet de loi s’intéresse au prolongement d’une partie des droits hydrauliques de la rivière Shipshaw à PFR. En contrepartie, l’entreprise doit payer une redevance sur l’électricité produite et réaliser des investissements manufacturiers structurants, évaluée à environ 100 M$, sur une période de 10 ans.

Pierre Tremblay dénonce qu’il y ait une baisse significative dans les investissements en comparaison avec les baux signés antérieurement.

« Dans le premier bail, ce fut tout près de 400 M$ de 2002 à 2012. De 2012 à 2022, on parlait d’environ 150 M$ et là on est rendu à 100 M$ de 2022 à 2032. Il serait déjà dépensé en plus. Je ne comprends pas. »

Les deux présidents syndicaux remettent en question le fait que la papetière conserverait ses droits hydrauliques alors qu’elle supprime des emplois. « On ne peut pas donner des droits comme ça sans avoir des jobs en échange. Il y a des limites. (…) Contrairement à Rio Tinto, on n’a aucun plancher d’emplois en fonction des droits hydrauliques. »

Les leaders syndicaux demandent aussi de pouvoir participer au processus parlementaire et ainsi faire partie des groupes qui seront entendus lors des auditions gouvernementales.

« On veut que notre député Éric Girard réussisse à nous inscrire comme membre officiel aux auditions de la commission. On lui en déjà parlé hier et aujourd’hui aussi on va continuer de lui parler de ça. »

Les caquistes en contact

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, se dit quant à elle consciente du dossier et de l’impact qu’il a sur la région.

« Comme toujours et depuis le début notre gouvernement travaille activement afin de résoudre ce dossier le plus rapidement possible. Mes collègues responsables de ce dossier et moi-même, sommes en contact constant. De plus, je tiens à préciser que nous devons être soudés plus que jamais. Nous devons tous restés mobilisés afin d’être bien positionnés lors de la relance économique de notre région. » Elle invite également Sylvain Gaudreault à travailler en ce sens.

Le député de Lac-Saint-Jean pour la Coalition avenir Québec (CAQ), Éric Girard, affirme être régulièrement en communication tant avec la haute direction de l’entreprise qu’avec les syndicats concernés. « On est à l’écoute et on travaille très fort pour aider tout le monde. »

Pour le projet de loi 50, il confirme justement en avoir discuté aujourd’hui avec les responsables des syndicats. « Ce qu’ils me demandent, c’est de pouvoir participer aux auditions 50 et en ce moment, je travaille là-dessus. »

Maire d’Alma

Joint par Le Quotidien, le maire d’Alma Marc Asselin a tenu a clarifier la situation. « Je leur ai parlé tout à l’heure. J’aurais été complice si l’on m’avait rejoint. J’ai reçu du côté syndical local une intervention [lundi] soir. (…) Avant ça, je n’avais eu aucune communication de leur part. »

Marc Asselin, maire d’Alma

En tant que maire, la perte de tous ces emplois le désole et plusieurs questions demeurent sans réponses.

« Les pertes d’emplois présentement sont très difficiles pour la Ville. On se demande comment on va redémarrer tout ça à l’automne. »

Le maire ajoute connaître les différents enjeux auxquels est confronté la papetière, lui qui y a travaillé à l’usine pendant 37 ans. La crise du coronavirus n’est pas la seule embûche que devra surmonter PFR au cours des prochains mois.

« Comment ça va se dérouler par la suite, ce ne sera pas évident, car il y a beaucoup de griefs contre eux, concernant la protection du caribou, la protection de la forêt et de l’environnement en plus des contraintes américaines avec les taxations supplémentaires. » 

Au moment d'écrire ces lignes, le préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est André Paradis n'avait pas retourné l'appel du Quotidien. AVEC ÉMILIE GAGNON