Le premier ministre Philippe Couillard discute ici avec Marie-Claude Morin de la ferme Morivan.

Programme d'indemnisation: Couillard appuie les agriculteurs

Le premier ministre Philippe Couillard appuie la création d'un programme pour indemniser les agriculteurs en situation de pertes « exceptionnelles », comme ceux qui ont été durement éprouvés par la grêle au Lac-Saint-Jean il y a deux semaines.
Celui qui est aussi député de Roberval a constaté les dégâts de ses propres yeux jeudi matin, accompagné d'une cinquantaine de producteurs solidaires, à la ferme Morivan de Saint-Bruno. Les 800 acres de culture autour sont presque une perte totale et l'entreprise laitière estime son manque de revenus nets à 100 000 $.
« Une dévastation complète comme ça, on n'a jamais vu ça. Nous sommes assurés autant qu'on peut, mais on ne peut pas couvrir l'ensemble des cultures comme nous sommes touchés présentement. Sans aide financière supplémentaire, il va falloir un plan de refinancement », indique la copropriétaire Marie-Claude Morin.
Selon son père Yvan Morin, c'est ce qui a convaincu Philippe Couillard de penser à un programme spécial avec le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation Laurent Lessard, en collaboration avec l'Union des producteurs agricoles (UPA). Le producteur rapporte que le politicien est prêt à investir si la population comprend l'importance des besoins en agriculture. Le montant n'a pas été précisé. M. Couillard a d'ailleurs lancé le message aux citoyens des villes de porter attention à la crise.
« Pour une situation exceptionnelle, ça prend une approche exceptionnelle, explique le premier ministre. Nous allons définir ce que c'est avec l'UPA pour que ça ne se répète pas tous les deux ou trois mois, sinon il n'y aurait plus de système de protection des revenus. »
La Financière agricole a reçu 120 avis de dommages pour l'épisode de grêle du 21 juillet, dont 111 seulement dans le secteur d'Hébertville, Saint-Gédéon et Saint-Bruno.
Le programme, bien qu'il ne couvrirait pas les pertes à 100 %, permettrait de combler les manques chez les producteurs qui sont déjà assurés et un plus gros pourcentage pour ceux qui ne le sont pas du tout.
« Si les agriculteurs ne sont pas assurés, c'est qu'il y a une raison, ajoute M. Couillard. Souvent, c'est parce qu'ils sont en début de production et qu'ils n'ont pas les moyens financiers, qu'ils sont de trop petits producteurs ou que le programme ne peut pas les couvrir de toute façon. »
C'est le cas par exemple de la Ferme villoise et fils de Saint-Gédéon, qui produit du chanvre et du lin doré. Comme il s'agit d'une culture émergente, le programme de la Financière agricole n'est pas adapté pour eux. Leurs pertes sont évaluées entre 300 000 $ et 400 000 $.
« On va écoper pour sûrement trois ou quatre ans. Je suis intéressé par la relève de l'entreprise, mais là il faut prendre tous les risques de notre côté. On sort de grosses cartes de notre jeu et ce n'est pas facile », confie le fils du propriétaire, William Suess-Villeneuve.
Long terme
L'émergence de nouvelles productions est en partie due aux changements climatiques, souligne le président du syndicat local de l'UPA Lac-Saint-Jean-Est, Éric Girard. « On est capable de faire pousser des cultures où ce n'était pas possible il y a 20 ans. »
Le premier ministre Philippe Couillard comprend qu'à long terme, il faudra une stabilisation des programmes d'assurances pour les agriculteurs. « Le cadre doit être modifié », résume M. Girard.
Un arrimage avec le programme fédéral de gestion de risques Agri-relance doit aussi être examiné. « Normalement c'est complémentaire, mais il n'a pas servi beaucoup au Québec dernièrement et il faut voir s'il peut vraiment faire le travail », précise Éric Girard.
De la confiance après la détresse
La compréhension du premier ministre québécois Philippe Couillard apporte de la confiance aux agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, après la détresse vécue après la grêle du 21 juillet.
«Au début, nous étions réalistes, mais là nous sommes aussi optimistes», assure le président régional de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Mario Théberge.
La fédération se réjouit surtout que les premiers ministres du Québec et du Canada soient sensibles à leur cause, puisque Justin Trudeau s'est aussi montré ouvert lors de son passage au Lac-Saint-Jean la semaine dernière.
L'UPA demande seulement un peu de patience à ses membres, le temps que les programmes se mettent en place. La Financière agricole devrait envoyer bientôt les premiers versements pour ceux qui sont assurés. La Sûreté du Québec avait d'ailleurs déployé plusieurs patrouilleurs à la ferme Morivan jeudi matin en raison des nombreux agriculteurs attendus, mais ceux-ci se sont bien comportés malgré les fortes émotions qui les habitent.
«On est contents de voir que le premier ministre nous écoute. Ce qui nous arrive, c'est vraiment hors de notre contrôle», fait valoir la productrice Marie-Claude Morin.
Ce que Philippe Couillard a dit
Sur le bois d'oeuvre
M. Couillard croit que la résolution du conflit avec les Américains s'annonce bien. « On ne fait pas de négociations sur la place publique. Les États-Unis veulent une entente vers la mi-août. Ça semble aller dans la bonne voie, mais il faut un accord satisfaisant pour nos travailleurs. On fait le suivi au jour le jour, mais il n'y a pas d'entente tant que ce n'est pas signé. »
Sur la place du français
Le français est de moins en moins utilisé au Québec, selon les données du recensement 2016 de Statistique Canada. Comme langue maternelle, il est aussi passé de 79,73 % en 2011 à 78,37 %. La province est la plus bilingue au pays, le pourcentage de la population à l'aise dans deux langues atteignant presque 45 %. « Les données touchent la langue parlée à la maison et personne ne veut que le gouvernement intervienne directement dans les foyers. Ça veut dire que la diversité augmente et c'est positif », croit Philippe Couillard. Il se réjouit de la hausse du bilinguisme. « Ça prend de la main-d'oeuvre bilingue. Il n'y a pas un parent qui ne veut pas que son enfant soit bilingue. » Le premier ministre assure que son gouvernement va continuer de soutenir la francisation des immigrations et les organismes de protection du français.
Sur les réfugiés haïtiens
Des centaines de demandeurs d'asile haïtiens en provenance des États-Unis arrivent au Québec depuis quelques jours. « Nous sommes débordés, ce n'est pas pour rien qu'on les héberge au Stade olympique à Montréal », avoue Philippe Couillard. Le premier ministre exhorte le gouvernement fédéral à prendre une décision rapidement sur le statut de ces réfugiés. « En attendant, toutes les dépenses sont prises en charge par le Québec. Les soins de santé, l'éducation aux enfants, ça revient très cher. On ne veut pas que ça se prolonge indûment. Il faut quand même s'occuper de ces gens en détresse et la province est aux rendez-vous. »