Profession: fauconnier de la Base militaire de Bagotville [PHOTOS]

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
Le bruit assourdissant des F-18 fait partie du paysage, au Saguenay. À force de l’entendre toutes les semaines, on finit par ne plus le remarquer. Le vol de ces oiseaux de fer est rendu sécuritaire par une autre espèce de volatile, le faucon.

Gilles Dassylva est un des trois fauconniers de la Base militaire de Bagotville, la seule au Canada qui possède sa propre fauconnerie. Avec différents outils, les faucons en étant un parmi d’autres, lui et ses collègues assurent la sécurité sur les pistes de l’aéroport de la base, qui accueillent tant des vols civils que militaires.

« Le printemps et l’automne sont les saisons où il faut faire le plus de contrôle aviaire, à cause des migrations. Les pistes sont un long corridor de transition et ça peut avoir l’air accueillant pour les oiseaux. »

Son travail, justement, est de les rendre moins accueillantes. Le faucon sacre et le faucon pèlerin, avec lesquels il travaille, effraient les oies blanches, les bernaches, les corneilles et les autres envahisseurs qui se posent là où les avions décollent.

Gilles Dassylva ne contrôle pas uniquement la faune ailée. Il arrive que des porcs-épics, des marmottes, des chevreuils et même des ours franchissent les clôtures ceinturant les pistes.

Contrôle biologique

La Base militaire tente d’avoir l’impact le plus minimal possible sur l’environnement. Elle se vante de proposer un spectacle aérien qui est carboneutre. De la même manière, le contrôle de la faune et des insectes se fait dans une optique écologique.

Gilles Dassylva communique constamment avec la tour de contrôle de l’aéroport.

Cette année, ce sont les sauterelles qui posent problème. Elles attirent les oiseaux qui, eux, menacent la sécurité des avions. De l’épandage biologique est fait pour réduire cette population de bestioles.

« On ne tue pas pour tuer, explique M. Dassylva, qui exerce cette profession depuis une vingtaine d’années. On cohabite avec la faune. »

Le faucon sacre qui l’accompagne, un oiseau âgé de 5 ans, agit dans cette optique.

Le faucon sacre, une des deux espèces que l’on retrouve à Bagotville, est un chasseur naturel.

« C’est un chasseur naturel, mais ce n’est pas un braconnier. Dès qu’il se met en mode chasse, instinctivement, les autres oiseaux se mettent en mode panique », raconte celui qui se passionne pour sa profession inusitée.

Cohabiter avec les avions

Jeudi. Le fauconnier transporte le journaliste et le photographe du Progrès dans un camion vers les pistes d’atterrissage de la Base militaire de Bagotville. Il a aperçu plusieurs goélands plus tôt. Des vols de F-18 sont prévus à 14 h 30. On doit chasser les oiseaux.

Le faucon est à l’arrière du camion. Il porte des oeillères, pour assurer son calme et sa bonne conduite.

Le temps de se rendre, les oiseaux indésirables auront déguerpi par eux-mêmes. Mais le faucon sacre doit quand même voler. Il a faim.

Le faucon est utilisé pour chasser les espèces d’oiseaux indésirables des pistes de l’aéroport de Bagotville.

C’est sa routine, en quelque sorte, mais on doit attendre que le décollage et l’atterrissage des avions soient terminés avant de le laisser voler.

« Le faucon n’a pas peur des avions. Il est habitué au bruit. Il pourrait être dangereux pour eux, même », dit celui qui est un employé civil de la base militaire.

Pendant environ une heure, F-18, avion d’Hydro-Québec et autres engins qui transportent des passagers se succéderont sur les pistes de l’aéroport.

L’homme et son oiseau devront finalement se déplacer quelques kilomètres plus loin pour faire leur petit spectacle aérien. 

«Pas une perruche»

« Beaucoup de gens qui visitent la fauconnerie pensent qu’ils aimeraient posséder un oiseau de proie, mais ce n’est pas une perruche. Tu ne peux pas demander à ta belle-mère de venir le nourrir pendant que tu es parti deux jours. »

Gilles Dassylva tient ces propos en ouvrant un sac accroché à sa taille. Il contient la nourriture du faucon. Des morceaux de caille crue.

Gilles Dassylva s’amuse faire tournoyer un petit sac contenant le repas du faucon autour de lui.

La nourriture est le moyen de garder un certain contrôle sur l’oiseau. Le faucon doit avoir un « poids de vol ». Autrement dit, on doit s’assurer qu’il ait faim pour qu’il évite d’aller se percher plus loin.

Les oeillères de l’oiseau seront finalement enlevées. Le faucon sait ce que cela signifie.

Ne s’éloignant jamais vraiment loin de M. Dassylva, l’oiseau virevolte autour de lui, à bonne vitesse.

Le fauconnier se met alors à faire tourner autour de lui un morceau de nourriture, attaché par une corde à un petit bâton, dans un autre petit sac en cuir. L’oiseau s’approche. Il agrippe la viande dans ses serres et se pose au sol. Il peut savourer le premier morceau de son repas.

« Les portions de nourriture sont calculées. Quand je suis seul, je me déplace à plusieurs endroits sur les pistes et je lui fais des plus petits morceaux », spécifie M. Dassylva. 

L’espace occupé par les faucons ne l’est pas par les autres espèces.

Le faucon sacre pourra se délier les ailes pendant une quinzaine de minutes. Il retournera ensuite dans la fauconnerie.

Un réel danger

Les F-18 sont des avions conçus pour faire la guerre. Quel est donc le réel danger que de simples oiseaux peuvent amener sur une piste ?

« Ce sont des oiseaux qui ont forcé un avion à atterrir dans le fleuve Hudson [en 2009] », illustre Gilles Dassylva.

De la même manière, un oiseau pourrait être en cause dans la mort d’un pilote de Snowbirds, en mai dernier, en Colombie-Britannique.

Sans nécessairement toujours causer des accidents graves, les oiseaux peuvent endommager les avions, et ces bris peuvent coûter cher à réparer.

Tous les aéroports du monde contrôlent d’une manière ou d’une autre la faune et les oiseaux.

La Base militaire de Bagotville est la seule au Canada qui possède sa propre fauconnerie.