Une planteuse mécanique, mise au point en 2008, permet de reboiser sans scarifiage.

Produire plus bois en protégeant plus

La Stratégie régionale de production de bois compte doubler les superficies de forêts aménagées intensivement pour atteindre un total de 15 000 km2, soit 20 % du territoire. Le plan : augmenter la possibilité forestière jusqu’à 10 millions de mètres cubes d’ici 2050, tout en protégeant davantage de territoires.

Pour y arriver, les aménagistes comptent sur une panoplie d’outils d’aménagement comme les plantations, les regarnis, les suivis de peuplement, ainsi que la génomique. En termes concrets, voici les actions qui seront prises sur le territoire.

Planter plus d’arbres

La Stratégie vise à reboiser un minimum de 40 millions de plants par an en plantation (sur 4750 km2), mais aussi dans les peuplements à faible densité, ce qu’on appelle dans le jargon un regarni. De plus, les techniques de travail seront modifiées pour réduire le travail du sol. « Au lieu de faire du scarifiage, on veut utiliser davantage la plantation sur monticules », note Catherine Thibeault.

On utilise des cassettes rondes pour alimenter la reboiseuse. Une belle solution au manque de main-d’oeuvre.

De ce nombre, 65 % des arbres reboisés seront des épinettes noires, 15 % d’épinettes blanches et 15 % de pins gris, pour la période de 2018 à 2023. Pourquoi une si forte proportion d’épinette noire ? Parce que c’est l’espèce vedette de la région et qu’elle couvre déjà de vastes superficies.

« Les forêts fermées d’épinette noire sont un élément important de la biodiversité que l’on retrouve presque exclusivement dans le nord-est du Canada, explique cette dernière. C’est un écosystème forestier unique au monde que l’on doit maintenir. »

Selon une étude menée par Réjean Gagnon, professeur à l’UQAC, les forêts fermées d’épinette noire ont diminué de 9 %, au cours des 50 dernières années.

Des coupes adaptées

Le ministère compte aussi faire davantage d’éclaircies commerciales (3000 km2), une coupe forestière qui est réalisée après une trentaine d’années, qui permet à la fois de récolter du bois de valeur commerciale, tout en laissant plus d’espace aux arbres qui restent sur le parterre de coupe, favorisant ainsi la croissance des arbres résiduels et la production de fibre de meilleure qualité. De plus, 250 000 mètres cubes par an seront récoltés en coupe partielle, qui vise à ne récolter qu’un arbre sur trois, pour diminuer les écarts entre la forêt naturelle et la forêt aménagée, un principe de l’aménagement écosystémique. Ces coupes partielles se feront notamment dans les vieilles forêts, ou encore dans certaines zones de villégiature, sur une superficie d’environ 47,5 km2 chaque année.

« La coupe partielle permet de maintenir les caractéristiques d’un peuplement naturel en créant des structures irrégulières, de conserver le couvert forestier et la présence d’arbres semenciers, pour amener des attributs de vieilles forêts », note Catherine Thibeault, qui ajoute que cette technique aide à maintenir les éléments clés de la biodiversité des forêts.

Aires d’intensification élite

Des zones superproductives seront aménagées sur 5 km2 par année pour en faire des aires d’intensification élite. On y plantera les arbres les plus performants en plus de réaliser des travaux pour augmenter la productivité des sites, comme le drainage. Des travaux d’élagage sont aussi prévus à ces endroits.

Miser sur des plants plus performants

Pour maximiser la croissance des arbres, le ministère cherche à semer les meilleurs plants disponibles dans ses vergers à graines. Oubliez toutefois les organismes génétiquement modifiés, car l’amélioration génétique des plants se fait en croisant les plants les plus productifs ensemble pour maximiser les attributs positifs (croissance rapide, qualité du bois, résistance aux insectes, etc.), comme le font les agriculteurs depuis des siècles.

Ainsi, les arbres dits de première génération permettent un gain de croissance de 3 à 15 %, alors que les arbres de deuxième génération amènent un gain de 15 à 20 %. Les chercheurs travaillent maintenant sur la 3e génération de plants grâce à la génomique, qui permet de cibler les attributs des arbres avec leur génétique. Dans la région, on utilise pour l’instant 40 % d’arbres de 1re génération, 30 % de la 2e génération et 30 % de plants provenant de peuplements naturels.

« Ces plants auront un impact significatif sur le rendement si on utilise les bons traitements sylvicoles au bon moment », remarque Catherine Thibeault.

Un meilleur suivi

En plus d’augmenter le nombre de plantations sur le territoire, la stratégie vise également à faire un meilleur suivi des peuplements forestiers et des plantations, pour assurer une bonne croissance des arbres, souligne Catherine Thibeault. Ce suivi permettra notamment d’améliorer la qualité du bois. Un scénario sylvicole adapté aux bouleaux sera aussi utilisé sur des superficies de 5,75 km2/an.

La Stratégie

Malgré ces visées économiques, la Stratégie prévoit tout de même que la superficie dédiée aux aires protégées atteindra 20 % du territoire d’ici. Pour l’instant, 6,2 % des forêts sont protégées dans la région. Si on comptabilise le territoire protégé de manière indirecte, ce taux monte à 14 %. « Il existe des protections administratives pour les milieux humides d’intérêt, les projets d’écosystèmes forestiers exceptionnels, ou pour les projets de refuges biologiques, explique Mme Thibeault. Il y a aussi des mesures d’évitement appliquées lors des travaux d’aménagement forestier sur les bandes riveraines ou sur les pentes fortes, par exemple. »

Selon le Forestier en chef, Louis Pelletier, cette stratégie démontre qu’il est possible de produire davantage de bois, tout en protégeant davantage de territoire, une solution gagnant-gagnant.

« On sait que la cible [du gouvernement] est à 20 %, a-t-il remarqué lors d’une présentation faite dans le cadre du 2e Forum des communautés forestières, le 21 février dernier. Dans le futur, on sait qu’on va perdre des superficies productives forestières. C’est un choix de société. Il faut l’atteindre. C’est correct, mais qu’est-ce qu’on fait pour atténuer les impacts ? C’est en dédiant une partie du territoire à la production de bois et d’intensifier l’aménagement. »