Problèmes de déneigement: le syndicat pointe le gel d’embauche

Le gel d’embauche pour les cols bleus de Saguenay au cours des dernières années n’est pas étranger aux problèmes qui surviennent jusqu’à maintenant dans les services de déneigement à Chicoutimi.

Le président du Syndicat des employés municipaux de Saguenay (cols bleus) affilié à la CSN, Yannick Gaudreault, affirme d’entrée de jeu qu’il n’y a pas de conflit entre le syndicat et les gestionnaires de la Ville. Il ne rejette pas les critiques, mais soutient que le choix du gel de l’embauche relève d’une décision de gestion et non de la volonté du syndicat.

« Pendant des années, il n’y a pas eu d’embauche. Nous sommes dans une situation où des personnes annoncent qu’elles vont prendre leur retraite de façon prématurée avec les congés maladie accumulés comme dans toutes les organisations. Vous vous retrouvez un beau matin avec un problème de personnel quand arrive un surplus de travail », précise le leader syndical, qui a confirmé avoir discuté de la problématique avec le service des travaux publics.

D’après un rapide coup d’œil, Yannick Gaudreault estime qu’il faudrait rapidement de huit à neuf opérateurs de machinerie lourde pour maintenir une certaine stabilité dans les équipes. Ce nombre semble petit, mais ça représente pas moins de 300 heures de travail à combler sur une base hebdomadaire.

Même si les relations de travail sont au beau fixe, le syndicat n’a pas apprécié que la Ville décide de donner en sous-traitance deux autres quartiers de Chicoutimi pour le déneigement. Yannick Gaudreault a encore de travers dans la gorge la décision de donner en sous-traitance le balayage des rues alors qu’une entente sur la flexibilité des horaires avait été convenue.

« Nous ne cachons pas que nous avons des craintes que la Ville opte de plus en plus pour le recours à la sous-traitance pour donner les services. Ça semble plus économique sur le coup, mais il faut des évaluations plus complètes et nous sommes convaincus que nous pouvons organiser le déneigement en régie pour le même prix que la sous-traitance, à la condition de tenir compte de tous les éléments », reprend Yanick Gaudreault.

Le syndicat a déjà modifié neuf points dans la convention collective de travail afin de répondre aux particularités des opérations de déneigement en régie et contrer la sous-traitance.

Délais de 48 heures

En fin de semaine dernière, le président du syndicat travaillait sur le boulevard Saint-Paul et il y a eu des problèmes d’accumulation de neige qui auraient nécessité d’utiliser une équipe avec une souffleuse et des camions de transport de neige. « Il a fallu attendre que l’entrepreneur sorte la souffleuse 48 heures plus tard. En régie, le contremaître aurait tout simplement demandé à une équipe de se rendre sur place pour régler ce problème en priorité. »

Le syndicat des cols bleus n’entend pas demeurer inactif quant au vent de privatisation qui semble vouloir se lever à Saguenay. Selon le président, la CSN a confié à la firme MCE Conseils le mandat de procéder à une analyse détaillée des avantages de réaliser des travaux en régie par rapport au recours à la sous-traitance.

« À titre d’exemple, on peut très bien utiliser les camions munis de grattes qui servent au déneigement pour le transport de la neige au lieu d’embaucher les camionneurs artisans. Il faut tout évaluer lorsque l’on fait l’analyse des coûts et non seulement la seule facture du déneigement. On pourrait ainsi maximiser l’utilisation de nos équipements », reprend Yanick Gaudreault.

Dans l’arrondissement de Chicoutimi, les zones les plus difficiles à déneiger sont celles effectuées en régie. Même les entrepreneurs reconnaissent que les employés municipaux sont chargés des opérations les plus difficiles. Sur l’ensemble du territoire, les opérations de déneigement sont pratiquement réalisées à parts égales entre les employés municipaux et les entreprises privées.

Selon Yannick Gaudreault, président du syndicat des cols bleus à Saguenay, il n’y a pas de conflit entre le syndicat et les gestionnaires de la Ville.
La mairesse Josée Néron a demandé un portrait de la situation pour résoudre les problèmes de déneigement à Saguenay.

Josée Néron veut un portrait de la situation

Josée Néron est consciente qu’il doit y avoir des changements dans le déneigement du centre-ville de Chicoutimi, mais refuse pour le moment de jeter le blâme sur le personnel qui a dû composer avec une météo chaotique depuis le début de la période des Fêtes.

Au cours d’un entretien avec Le Quotidien, la mairesse a déclaré qu’il serait facile pour le nouveau conseil de faire comme son prédécesseur et de frapper sur la tête des fonctionnaires sans se donner la peine d’aller au fond des choses et vérifier ce qui ne fonctionne pas. Pour cette raison, elle a donné les mandats nécessaires aux gestionnaires des travaux publics afin d’avoir un portrait fidèle de la situation.

Lors du dernier budget, le conseil a augmenté de 1 M$ par année l’enveloppe pour le déneigement en plus d’une somme additionnelle de 250 000 $ pour rendre rapidement les trottoirs accessibles dans les centres-ville des trois arrondissements.

Selon la mairesse, il n’y a pas que l’argent qui compte dans la livraison de ce service souvent critiqué à Chicoutimi. Les questions concernant les méthodes de travail, la main d’œuvre et les ressources matérielles (état de la flotte d’équipements de déneigement) seront aussi évaluées au cours des prochains jours afin d’identifier les causes du problème.

« On mettait tout sur le dos des fonctionnaires pour démontrer à la population qu’on s’occupait du problème. Il n’y avait pas de suivi. On va faire autrement et on devrait être en mesure de nous positionner à court terme », reprend la mairesse, qui entend bien les critiques en plus de constater elle-même comment les choses se passent sur le terrain.

En attendant, son bureau a demandé aux gestionnaires du déneigement d’apporter une attention particulière pour le secteur du centre-ville de Chicoutimi. Il semble que la situation diffère dans les arrondissements de Jonquière ou La Baie, alors que les problèmes seraient moins aigus.

En ce moment, les 13 M$ du budget de déneigement de Saguenay sont partagés à pratiquement 50-50 entre les travaux en régie et les contrats accordés aux entreprises de sous-traitance. L’arrondissement de Chicoutimi est celui dont la part du privé est la plus importante.

La mairesse n’a fait aucune déclaration quant au choix plus fondamental du type de service entre le déneigement en régie ou la sous-traitance. Les énergies sont pour l’instant concentrées sur l’amélioration du service.

À Alma, reconnue pour la qualité de son service, le déneigement se fait en régie.

Alma mise sur ses employés

Alma, reconnue depuis plusieurs années pour la qualité de son déneigement, préconise les opérations en régie pour des raisons de qualité et des coûts qui sont avantageusement comparables à la sous-traitance, selon les évaluations réalisées sur une période de quatre ou cinq ans.

La directrice des travaux publics d’Alma, l’ingénieure Karine Morel, indique d’entrée de jeu que le déneigement est « un art » où certains facteurs sont tributaires de prévisions comme la météo qui peut rapidement vous transformer le portrait d’un réseau routier. L’exemple le plus facile à comprendre est celui de la formation de glace noire qui survient lorsque le mercure chute radicalement.

« Lorsque nous avons procédé au dernier renouvellement du contrat pour le secteur de Delisle (15 % du territoire), nous avons fait une évaluation des coûts. On arrivait à des prix comparables avec le service en régie. Il aurait toutefois fallu avoir un site de dépôt pour les abrasifs et un garage. Ça peut s’amortir sur plusieurs années, mais ça faisait partie de l’évaluation », explique la directrice.

Les raisons qui motivent la Ville à maintenir la politique du déneigement en régie sont relativement simples. Elle considère que les citoyens sont satisfaits du service et ils sont produits à des coûts très intéressants. « Dans le déneigement, la qualité des opérateurs a une très grande importance. Nous sommes en mesure de créer de très bonnes équipes puisque nous offrons des bonnes conditions de travail et notre personnel reçoit la formation adéquate. Le secteur privé ne peut offrir ces avantages », explique la directrice Karine Morel.

Au cours de l’entrevue qu’elle accordait au Quotidien, la gestionnaire a cité à plusieurs reprises la compétence des opérateurs des équipements. Elle va au-delà de la façon dont ils déneigent, mais aussi dans leur capacité à travailler tout en prévenant les bris mécaniques majeurs pour éviter des ruptures de service. 

Selon le registre des plaintes, toutes proportions gardées, le nombre de communications provenant du secteur déneigé en sous-traitance est plus important que celui déneigé par les employés municipaux. La qualité du service a aussi une importance dans le choix du mode de prestation de service, selon la directrice des travaux publics.

Le fait qu’Alma voit le déneigement en régie comme avantageux ne signifie pas que cette stratégie puisse s’appliquer partout de la même façon. À titre d’exemple, son garage municipal a atteint sa limite. La Ville est dans l’obligation de mettre en place deux quarts de travail de soir pour l’entretien de tous les équipements nécessaires aux opérations de déneigement et aux autres activités. L’obligation de construire un nouveau garage aurait donc une incidence sur les coûts comme le fait que la Ville soit concentrée sur une superficie assez restreinte pour éviter les grandes distances.

Coûts du sel

L’utilisation des sels de déglaçage est une dépense très importante pour une ville qui doit entretenir des côtes. « Un chargement de sel qui part sur la route pour être épandu coûte 3000 $ », précise l’ingénieure.

Alma mène en ce moment une expérience avec du chlorure de magnésium. Ce produit humidifie le sable pour qu’il colle plus à la chaussée dans les côtes. L’objectif est de limiter les sorties de camions avec les sels de déglaçage traditionnels.

L’autre avantage se manifeste les années de faible précipitation. Les contrats avec les entrepreneurs privés comprennent un plafond pour les précipitations. Au-delà du plafond, les villes ajustent le prix à la hausse. Or, l’inverse ne s’applique pas en faveur de la ville si les précipitations sont inférieures aux normales. Lorsque la ville travaille en régie, elle récupère 100 % de l’argent qui n’est pas nécessaire au déneigement pendant l’année.

C’est pour cette raison que les évaluations des coûts doivent être faites sur quatre ou cinq ans et non année après année. Alma a de plus recours aux services d’une firme spécialisée en viabilité hivernale pour la gestion des différents éléments qui composent les opérations de déneigement.