Les chercheurs assurent que la hausse du coût du panier d’épicerie ne sera pas plus élevée en raison de la COVID-19.
Les chercheurs assurent que la hausse du coût du panier d’épicerie ne sera pas plus élevée en raison de la COVID-19.

Prix des aliments: une hausse de 4%... comme prévue

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
La COVID-19 ne devrait pas avoir d’impact sur le prix du panier d’épicerie. Comme prévu en décembre par des chercheurs universitaires, la hausse devrait être de 4 %, avec des prévisions revues – un peu – à la hausse pour les fruits, les légumes et la boulangerie.

Pour rassurer les consommateurs qui se sont montrés plus inquiets dans les dernières semaines, les chercheurs des universités Dalhousie et de Guelph ont décidé de publier une mise à jour de leurs prévisions des prix des aliments faites en décembre dernier, alors qu’une hausse de 2 à 4 % était prévue.

« Compte tenu de la crise actuelle de la COVID-19, et sur la base de notre dernière analyse, nous ne pensons pas que les prévisions globales changeront pour les prix des denrées alimentaires en 2020. Malgré l’épidémie de COVID-19, tout comme prévu en décembre 2019, nous prévoyons que les prix des denrées alimentaires n’augmenteront pas de plus de 4 % », peut-on lire dans la mise à jour.

Au cours d’une entrevue téléphonique, lundi après-midi, Sylvain Charlebois, professeur titulaire et directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, explique que ses collègues et lui ont voulu remettre les pendules à l’heure, et ce, même si aucun changement notable n’a été remarqué avec les prévisions de décembre.

« Les gens sont inquiets, alors nous avons décidé d’envoyer une mise à jour. Nous avons analysé tous les facteurs et rien ne pourrait changer les prévisions. On ne s’attend pas à une flambée des prix non plus », a-t-il expliqué.

En réalité, ce n’est pas la COVID-19 qui inquiète le plus le Dr Charlebois, mais bien le prix du baril de pétrole et la guerre que se livrent la Russie et l’Arabie Saoudite.

« Avec du pétrole bon marché en abondance, cela aura un impact sur l’ensemble du marché agroalimentaire, de la ferme à l’assiette. En raison de la baisse des prix du pétrole, le coût du transport diminuera à mesure que de nouvelles conditions contractuelles seront négociées. Cependant, le huard est durement touché et, étant donné son lien étroit avec le pétrole, ceci affectera plus rapidement les prix des denrées alimentaires », indique le rapport, ajoutant que la faiblesse du dollar canadien entraînera une hausse des articles importés.

Le Dr Sylvain Charlebois ne croit pas du tout à une hausse de 10 à 15 % du coût de la viande. Selon lui, comme il avait été prévu en décembre, l’augmentation ne devrait pas atteindre plus de 6 %. Il explique qu’en région, le prix de la viande connaît toujours une légère hausse dans le temps de Pâques, fête prévue le 12 avril cette année.

Il avance également une autre explication qui pourrait justifier une hausse du prix de la viande. Les restaurants étant fermés, les coupes de viande de qualité qui y sont habituellement consommées sont envoyées dans le commerce de détail, mais à un prix plus élevé.

« Actuellement, le prix à la ferme pour le boeuf coûte moins cher que l’an passé. Ça n’aurait aucun sens de le voir exploser », ajoute Dr Charlebois.

Même chose pour le poulet, dont le prix est stable en ce moment. S’il y a une hausse, « ça ne sera pas plus que 2 ou 3 % », assure-t-il.

Commandes en ligne et coûts d’exploitation

Selon la mise à jour, 76 % des Canadiens jugent que le fait d’aller à l’épicerie représente un risque inhérent pour leur santé. Les commandes en ligne ont donc explosé, 9 % des Canadiens n’ayant jamais commandé en ligne le font maintenant.

En raison des nombreuses politiques de salubrité, les épiciers ont dû mettre en place de nouvelles mesures, ce qui a entraîné des coûts supplémentaires. C’est la même chose avec les salaires, puisque plus de 250 000 employés répartis dans 5000 magasins ont connu des hausses de salaire, rappelle la mise à jour.

En raison de ces coûts qui augmentent pour les commerçants, les chercheurs s’attendent donc à ce qu’il y ait moins de promotions au cours des prochains mois. Cependant, il y a peu de chances que des hausses injustifiées passent comme lettre à la poste.

« Au pays, des augmentations de prix injustifiées ont été signalées, et ce, d’un océan à l’autre. En période d’extrême anxiété, les consommateurs n’hésitent pas à s’exprimer dans les médias sociaux avec des exemples de prix exagérés pour des produits alimentaires spécifiques. Bien qu’il existe une possibilité pour un épicier d’augmenter les prix sans raison apparente, le “prix abusif” est très improbable. Les consommateurs peuvent voir le prix d’un produit augmenter considérablement, mais dans la plupart des cas, le même produit ou une alternative peut souvent être trouvée dans le même magasin ou à un autre endroit », ajoute le rapport.