Un mandat d'arrestation a été lancé contre Gilbert Desrosiers. Ses explications, pour son absence, n'étaient pas suffisantes.

Présumé fraudeur recherché

Homme d'affaires et consultant auprès de diverses entreprises, mais aussi présumé fraudeur, Gilbert Desrosiers fait actuellement l'objet d'un mandat d'arrestation par le tribunal du district judiciaire de Chicoutimi en raison d'une absence injustifiée à la cour.
Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, a lancé le mandat vendredi matin se disant nettement insatisfait des raisons invoquées par l'individu accusé d'une fraude de 1296 $ auprès d'un marché d'alimentation IGA.
Après avoir accepté la demande de Me Dominic Bouchard de cesser d'occuper dans le dossier en raison d'un manque de collaboration du client, le juge Boudreault a voulu en savoir un peu plus sur cette histoire qui remonte à 2015.
Me Julien Boulianne, qui représentait son associé, a fait valoir que Desrosiers avait été avisé des intentions de Me Bouchard. L'accusé, qui devait subir son procès vendredi, a fait parvenir une note au bureau d'avocats de Jonquière à l'effet qu'il s'était constitué un nouvel avocat en Me Louis-Philippe Mercier, de l'Aide juridique.
De plus, pour justifier son absence à la cour, Desrosiers a fait parvenir un billet médical au tribunal précisant qu'il se trouve actuellement en dépression majeure pour une durée indéterminée.
« Ce document comporte plusieurs zones grises. La note provient d'un pharmacien (au lieu d'un médecin) et ça nous dit que l'accusé est stressé de devoir se présenter en cour. Si je devais faire ça chaque fois, la cour se terminera à 10h15 le matin », a indiqué le juge.
« Ça ne me satisfait pas comme réponse. Le dossier (judiciaire) date de 2015 et on se doit de faire avancer les choses », a ajouté le magistrat.
Me Marie-Ève St-Cyr, de l'Aide juridique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a rapidement communiqué avec ses collègues du district de Salaberry-de-Valleyfield, où réside Desrosiers, afin de s'enquérir de la situation.
Les responsables ont confirmé n'avoir aucun dossier ouvert au nom de Gilbert Desrosiers.
« Est-ce quelqu'un de connu de la justice? », a demandé le juge.
Me Boulianne a précisé que l'homme doit subir un procès en Cour supérieure en lien avec une fraude auprès de l'ancienne candidate libérale fédérale, Mélanie Boucher (voir autre texte).
« Avec ce que j'entends, je me vois dans l'obligation de lancer un mandat d'arrestation immédiat », a conclu le juge Boudreault.
Gilbert Desrosiers pourrait comparaître à Chicoutimi au cours de la prochaine semaine, une fois que les policiers lui auront mis la main au collet.
Desrosiers n'en a pas fini avec la justice
Même si Gilbert Desrosiers règle rapidement son dossier de fraude au marché IGA (1296 $), l'homme d'une soixantaine d'années n'en a pas pour autant terminé avec la justice, car il a au moins deux autres dossiers en lien avec des fraudes au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le dossier le plus médiatisé de Desrosiers concerne la directrice générale de l'entreprise Multi Précision GB de Jonquière, Mélanie Boucher.
Celle-ci, alors qu'elle était candidate pour le Parti libéral du Canada (PLC) à l'élection de 2015, avait été approchée par l'accusé afin de lui donner un coup de main comme bénévole pour la campagne électorale.
Desrosiers disait avoir d'excellents contacts auprès de Justin Trudeau (chef du PLC et premier ministre du Canada), de Thomas Mulcair (chef du NPD) et de l'homme d'affaires Tony Acurso.
Tout en côtoyant Mme Boucher au sein de son entreprise, Desrosiers s'est aperçu que les propriétaires éprouvaient des difficultés financières. Il a offert de trouver une solution afin de redresser la barque. Il disait même être prêt à injecter de 250 000 $ à 300 000 $ pour y parvenir.
Mélanie Boucher a accepté l'aide (bénévole) de Desrosiers afin de redresser la compagnie. Mais l'accusé a plutôt cru qu'il aurait dû être rémunéré pour ses services. Voyant que l'argent n'entrait pas, il a utilisé des chèques de la compagnie afin de se donner un salaire.
Il a été accusé d'une fraude de plus de 5000 $, ce qui a placé la compagnie en mauvaise posture. À la suite d'une enquête préliminaire, Desrosiers a été cité à procès. Son dossier a été transféré à la Cour supérieure du Québec.
Du côté civil, un juge de la Cour supérieure a ordonné à Desrosiers de rembourser une somme de 12 000 $ à Mélanie Boucher et de 5000 $ à la compagnie Multi Précision GB pour avoir nui à l'entreprise. D'ailleurs, Mme Boucher avait démissionné de son poste de candidate du PLC à la suite de cette affaire.
Il est impossible de savoir si la somme pourra être récupérée, étant donné que Desrosiers a déclaré faillite au printemps dernier pour une troisième fois.
Producteurs de bleuets
Gilbert Desrosiers a également été mis en demeure, avec le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec et son ancien président Marc Larouche, pour une somme de 476 537 $. Ce sont cinq producteurs de bleuets qui ont déposé la requête.
Desrosiers les aurait approchés pour qu'ils vendent des bleuets à une entreprise américaine. Ils recevaient 85 cents la livre. Desrosiers avait promis que l'acheteur signerait une convention d'acheteur. Ce qui n'a jamais été fait, causant une perte de près de 33 000 $ pour les producteurs régionaux.
Les cinq producteurs ont été condamnés à payer une pénalité de 61 743 $ pour ne pas avoir respecté la Convention de mise en marché (ils croyaient que tout avait été fait correctement) en lien avec la vente de quelque 123 000 livres de bleuets.
Ainsi, les producteurs réclament une somme de 226 537 $ pour les préjudices et une somme de 50 000 $ supplémentaire, pour chaque producteur, en dommages exemplaires pour un total de 476 537 $.