Le conseiller municipal Jean-Marc Crevier questionne l’éthique du docteur Dominic Gagnon, aussi chef du parti Alliance Saguenay.
Le conseiller municipal Jean-Marc Crevier questionne l’éthique du docteur Dominic Gagnon, aussi chef du parti Alliance Saguenay.

Présence de plomb dans l'eau potable à Saguenay: l’éthique du Dr Gagnon questionnée

Le conseiller municipal Jean-Marc Crevier questionne l’éthique du docteur Dominic Gagnon, aussi chef du parti Alliance Saguenay (AS). Il l’accuse d’avoir faussement alerté la population, le 30 décembre dernier, lors de la séance du conseil de ville, quand il a questionné la mairesse de Saguenay, Josée Néron, au sujet du plomb dans l’eau potable. Son collègue Carl Dufour et lui ont par le fait même tenu à rassurer la population.

Rencontrés mercredi après-midi en compagnie de Luc Côté, directeur du Service de génie de la Ville de Saguenay, et de Michel Nepton, directeur adjoint, les deux conseillers ont réitéré qu’il est important pour la Ville de fournir une eau de qualité supérieure aux citoyens et qu’elle est vérifiée selon les normes du gouvernement.

Les inquiétudes sont nées à l’automne quand le journal Le Devoir a rapporté dans ses pages que des problèmes de plomb dans l’eau avaient notamment été soulevés à l’école Sainte-Bernadette de Jonquière. Le conseiller Simon-Olivier Côté avait rassuré la population dans les jours suivants, mais au cours des dernières semaines, des informations ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, déplore M. Dufour. À cela s’ajoute un événement organisé par le docteur Dominic Gagnon et Mélanie Boucher, une citoyenne d’Arvida active dans la vie municipale. En effet, ils invitent les citoyens à une discussion autour de la présence de plomb dans l’eau potable du secteur Arvida, jeudi soir. « Des données alarmantes qui vont jusqu’à 32 fois la limite décrétée par Santé Canada. Les citoyens d’Arvida ont le droit de savoir », écrivent-ils dans l’événement partagé sur Facebook.

Le 30 décembre, à la période de questions, Dominic Gagnon a parlé des dangers liés notamment aux femmes enceintes et aux bébés.

« C’est une urgence la contamination du plomb dans l’eau. Ça affecte le cerveau des enfants en développement. Il passe d’abord la barrière hématoencéphalique et ensuite la barrière placentaire. Il y a des jeunes femmes enceintes en ce moment dans le secteur Arvida. Il y a 20 000 personnes inquiètes en ce moment à Arvida. Ce serait bien qu’on ait l’heure juste là-dessus », avait-il déclaré en questionnant la mairesse Josée Néron sur son plan.

« Le Dr Gagnon, en tant que professionnel, a un code d’éthique et il n’a pas à alerter le monde quand il n’a pas quelque chose de solide. J’aimerais de sa part qu’il rassure la population autant qu’il l’a alertée », a dénoncé M. Crevier.

Ce dernier fait référence à l’article 88.0.1 du Code de déontologie des médecins qui dit que « le médecin qui s’adresse au public doit communiquer une information factuelle, exacte et vérifiable. Cette information ne doit contenir aucune déclaration de nature comparative ou superlative dépréciant ou dénigrant un service ou un bien dispensé par un autre médecin ou d’autres professionnels ».

La Commission scolaire De La Jonquière confirme que la situation est réglée depuis la fin novembre à l’école Sainte-Bernadette de Jonquière.

Les règles sont suivies

Le conseiller Carl Dufour assure que les tests sont effectués sur le territoire de Saguenay selon les règles du ministère.

« Je peux vous dire que ce qui est sorti au niveau du Devoir, les statistiques, on les a vérifiées avec notre service et on ne comprend pas les chiffres. On a fait sortir les données, et dans le secteur Arvida, dans les deux dernières années, environ 45 échantillons ont été pris et un seul excédait la norme. C’était l’école Saint-Bernadette. Nos services ont accompagné l’école. On n’a pas le devoir de le faire, mais on l’a fait quand même. On veut rassurer la population. On fait des tests de façon régulière. On peut vous garantir que l’eau est exempte de plomb et qu’elle est de qualité supérieure. C’est dommage que des gens sur les réseaux sociaux donnent de fausses informations. Nous avons les données de la Ville et elles sont validées par le ministère de l’Environnement et ce sont les valeurs authentiques », assure Carl Dufour.

Les conseillers ajoutent que si un problème se trouve dans les canalisations des maisons plus anciennes, la Ville est là pour appuyer les citoyens dans leurs démarches.

De son côté, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean confirme également que le seul cas de dépassement de la norme pour le plomb a été détecté à l’école Sainte-Bernadette. La direction de la santé publique assure toutefois qu’elle collabore et qu’elle supporte la Ville et le ministère de l’Environnement en effectuant, par exemple, des analyses de risque à la santé si requis.

École Saint-Bernadette

La Commission scolaire De La Jonquière confirme que la situation est réglée depuis la fin novembre à l’école Sainte-Bernadette.

« Les tests qui ont suivi les travaux sont tous négatifs et les normes de présence de plomb sont respectées. Les conduites, la robinetterie et les fontaines ont été changées. Pour les tests dans les autres établissements, le processus est en cours pour qu’ils soient effectués. Nous allons respecter les directives du ministère et compléter les tests dans tous nos établissements d’ici juin 2020 », a mentionné le conseiller en communication Dominic Arseneau.

Dans une lettre envoyée aux parents et dont Le Quotidien a obtenu copie, le directeur du Service des ressources matérielles et informationnelles, Jean-François Duckett, confirme que plusieurs gestes ont été posés, dont le changement de l’entrée d’eau de l’école à l’été 2019.

Le conseiller Carl Dufour assure que les tests sont effectués sur le territoire de Saguenay selon les règles du ministère.

« L’école Sainte-Bernadette devrait être citée en exemple à travers le Québec comme une école qui prend acte de ce qui se passe », a mentionné Michel Nepton, appuyé par Carl Dufour, qui a aussi souligné « la belle collaboration » entre l’école, la Commission scolaire et la Ville.

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GAGNON RÉPLIQUE

Le docteur Dominic Gagnon se défend de vouloir être alarmiste. Selon lui, l’assemblée citoyenne de jeudi soir n’a pour but que d’informer la population sur les recherches qu’il a effectuées au cours des derniers jours. 

Le 30 décembre, au conseil de ville, il n’avait pas obtenu toutes les réponses à ses questions. C’est pourquoi il a tenté de collecter certaines données, notamment auprès de la santé publique et du Devoir, car selon lui, c’est un sujet qui mérite une certaine attention.

« On comprend qu’au conseil, la mairesse ne pouvait pas fournir toutes les données. Demain, on va dire où on en est dans nos recherches. On ne le fera pas de façon alarmiste et le but n’est pas d’inquiéter les gens, loin de là. Ça se fera dans une optique positive. Je n’ai aucune intention de faire de la politique avec ça ni aucune mauvaise intention. La Ville est d’ailleurs la bienvenue pour apporter aussi ses chiffres », a mentionné M. Gagnon, mercredi soir. 

Quant aux accusations liées à son code d’éthique, si les gens pensent qu’il y a un problème à ce niveau, ils n’ont qu’à faire les démarches nécessaires pour le dénoncer, dit-il. « La santé m’interpelle. Si ce n’était pas le cas, là, je pense qu’il pourrait y avoir une plainte. »