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Les professionnels cadres de Saguenay seront bientôt syndiqués.
Les professionnels cadres de Saguenay seront bientôt syndiqués.

Près de 90 «faux cadres» seront syndiqués à Saguenay

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
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Le Syndicat de cols blancs (SCFP) de Saguenay s’apprête à syndicaliser tous les cadres qui correspondent à la définition de salarié, ce qui représenterait 90 des quelque 220 cadres. Une syndicalisation qui fera pression sur les finances de la ville et qui aura, surtout, une incidence sur le taux d’encadrement.

À l’issue de cet exercice, mené sans l’accord des cadres concernés, Saguenay comptera une centaine de cadres pour 1500 employés, donnant ainsi moins de valeur à l’argument mainte fois utilisé par certains élus, voulant que le ratio cadre/employés soit démesurément élevé à Saguenay. Ce ratio passera d’un cadre pour 5 employés, à un cadre pour 10.

Après Terrebonne, Saguenay

Pourquoi syndiquer des cadres maintenant ? Un récent jugement du tribunal administratif a donné raison aux cols blancs de Terrebonne et des dizaines de professionnels ont pu intégrer le syndicat. Le tribunal a reconnu que l’expression cols blancs faisait référence au personnel de bureau, technique et aussi professionnel. À l’instar de Terrebonne, les professionnels de Saguenay ont toujours été embauchés comme cadres même si leurs tâches répondent à la définition d’un salarié.

« Historiquement, lorsqu’il y a un emploi supérieur à technicien, on le mettait cadre automatiquement à Saguenay, même s’il ne gère pas d’équipe. Ailleurs, comme à Alma par exemple, les professionnels sont syndiqués. Le tribunal a reconnu que pour être cadre, il fallait être impliqué dans une activité de gérance. Ça ne suffit plus qu’un employeur nomme un cadre, il doit répondre à la définition des normes du travail. Si tu ne gères personne, tu es un professionnel », explique Mathieu Dumont, coordonnateur au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et responsable du dossier de syndicalisation à Saguenay.

Plusieurs raisons poussent l’organisation syndicale à intégrer les professionnels dans leurs rangs. L’augmentation du nombre de membres permettra de garnir les coffres du syndicat qui détiendra aussi un rapport de force plus important. Mais une des principales raisons, selon M. Dumont, est de redonner l’accès à des postes supérieurs à tous les syndiqués.

« On veut redonner cette ligne de promotion. Il y a eu une rupture de cette ligne. Si tu veux appliquer sur un emploi professionnel, il n’y a pas d’ancienneté qui compte. Il n’y a pas de processus équitable pour permettre au personnel technique et clérical syndiqué d’avoir accès à cette ligne de promotion », précise M. Dumont.

Selon quelques cadres joints par Le Quotidien, l’opinion est mitigée envers la syndicalisation. La hausse des cotisations dérange certains, mais d’autres se réjouissent d’une sécurité d’emploi. Cette syndicalisation devrait aussi coûter plus cher à la ville si on se fie aux municipalités qui ont connu ce genre d’exercice. Les conditions d’emploi des professionnels et de tous les cols blancs se sont améliorées, insiste M. Dumont.

« Ailleurs, en effet, ça s’est manifesté par des augmentations salariales. Le personnel-cadre, rappelons-le, fonctionne sur un modèle qui a très peu d’heures supplémentaires. Du jour au lendemain, ils ont accès à ce temps supplémentaire, à des heures de formation également. La structure salariale doit aussi avoir une cohérence, donc en intégrant les professionnels aux cols blancs, il y aura un nouveau calcul à faire », pointe M. Dumont. Saguenay est l’une des villes du Québec qui payent le mieux ses employés avec un salaire moyen de 105 000 $. Pour les cols blancs, la rémunération moyenne est de 85 000 $ et celle des cadres et contremaîtres est de 139 000 $, en incluant les bénéfices marginaux.

Négociations

Alors que les démarches de syndicalisation en sont à leurs balbutiements, en parallèle, le syndicat et l’employeur négocient la convention collective des cols blancs, échue depuis la fin de 2019. Une entente peut survenir avant la fin de la syndicalisation, mais rien n’empêche l’une ou l’autre des démarches de se tenir, indique la SCFP.

Questionné à ce sujet, dimanche, le conseiller municipal responsable des ressources humaines, Marc Bouchard, a confirmé avoir entendu cette « rumeur » de syndicalisation. « Comme employeur, c’est aux travailleurs de voir ça. On n’a pas à intervenir là-dedans », répond le conseiller qui, visiblement, ne souhaite pas commenter davantage publiquement cette syndicalisation.

Dans une lettre envoyée aux cadres, le 26 février dernier, la direction générale de la Ville confirme toutefois être bien au fait du dossier et que « bien que le droit d’association appartiennent en propre aux salariés, la Ville de Saguenay entend soumettre ses représentations dans le cadre de ce processus, tout en demeurant ouverte au dialogue ».

En effet, plutôt que de demander à un juge de trancher sur la liste des postes à syndiquer, la ville et le syndicat ont intérêt à s’entendre, estime la SCFP. À Terrebonne, par exemple, le juge a syndiqué du personnel politique, ne faisant ainsi aucun heureux.

« Le syndicat local a de très bonnes relations avec l’employeur. Il est donc préférable d’aller en médiation, car ça va être plus facile. Un tribunal joue le rôle de Salomon. Le Code du travail ne discrimine pas sur la base du budget ou la nature du travail. À Terrebonne, le poste de conseiller politique du maire a donc été déclaré syndiqué. Pour le côté pratico-pratique, le maire préfère ne pas syndiquer son personnel. Et aussi, on ne veut pas que le conseiller politique du maire assiste à nos assemblées », image M. Dumont.

Quant aux « faux cadres », dont l’autorisation n’est pas nécessaire dans cette démarche, ils devraient être rencontrés sous peu, assure la SCFP. La syndicalisation des professionnels devrait prendre encore quelques mois. Une analyse de tous les postes de cadres et de leurs tâches sera effectuée. Mais d’ores et déjà, le chiffre de 90 professionnels a été ciblé par les parties. Il s’agit de cadres qui ne gèrent pas d’employés, qui ne sont pas en position d’autorité ou qui ne représentent pas la ville dans ses relations avec les employés.