Bruno Cormier, Dominic Simard et Michel Bergeron, du Service de police de Saguenay, posent avec la conseillère municipale Brigitte Bergeron, le citoyen Gilles Gauthier et l’agente de projet de Saguenay, Valérie Girard.

Prends donc mon handicap!

CHRONIQUE / Pas moins de 638 constats d’infraction ont été remis pour un emploi de mauvais aloi d’un espace de stationnement pour une personne en situation de handicap, à Saguenay, depuis le début de 2018. Pour contrer cette tendance, le Service de police de Saguenay (SPS) et l’administration municipale tiennent leur première campagne conjointe de sensibilisation, sous un slogan utilisé mondialement « Vous voulez ma place ? Prenez aussi mon handicap ! », du 10 au 28 septembre. Ça va droit au but ; j’aime ça !

La SPS et Saguenay ont annoncé, à l’occasion d’une conférence de presse, mardi, à l’Atelier de musique de Jonquière, une kyrielle de mesures pour atteindre leur objectif de dissuader les conducteurs fautifs et de faire respecter la réglementation, pour ainsi améliorer l’accessibilité. Cette campagne de sensibilisation, qui découle du Plan d’action favorisant l’intégration des personnes handicapées 2016-2018, prévoit une surveillance accrue des patrouilleurs, l’installation d’affiches, dont six de format géant, une brigade de bénévoles, la diffusion d’un court métrage à la Place du citoyen et une activité de conscientisation à la Place du Royaume, le 12 septembre.

Par ailleurs, les 220 espaces de stationnement pour personnes handicapées de la municipalité sont remis aux normes, ce qui comprend leur élargissement.

La question de l’aire de dégagement est cruciale. En moins d’un an comme détenteur d’une vignette et conducteur d’un fauteuil motorisé, près d’une dizaine de fois, je suis revenu à mon véhicule avec un imbécile garé sur les lignes jaunes obliques ou au bout de la rangée. Résultat : je ne peux pas regagner l’habitacle en déployant ma rampe latérale. Me voilà prisonnier à l’extérieur ! Une fois, en tentant de sensibiliser un de ces crétins, je me suis même fait envoyer promener...

« Ces espaces ne sont pas simplement importants ; c’est une question de nécessité. Ce n’est pas un privilège, c’est un droit, pour l’amélioration de la qualité de vie des personnes en situation de handicap et pour l’accessibilité aux services », a souligné, avec justesse, Brigitte Bergeron, conseillère municipale et présidente de la commission du développement social, vie de quartier et services communautaires.

En 2017, 501 billets ont été remis, et le coût de l’infraction s’élève à 312 $, incluant les frais, a informé Bruno Cormier, agent de relations publiques au Service de police de Saguenay. Un montant qui peut paraître exorbitant, mais des amendes salées sont nécessaires pour dissuader la bêtise humaine.

Et la facture est la même si vous utilisez la vignette d’une autre personne ou si vous vous garez au bout de la rangée, et ce, même si c’est pour une course rapide ! Cette excuse inexcusable, les détenteurs de vignette et les autorités en ont ras le bol ! « Même si vous n’êtes pas là pour longtemps, c’est tout de même assez pour m’empêcher d’être autonome », a lancé Gilles Gauthier, tête d’affiche de cette campagne. Ce dernier a travaillé pendant 20 ans à l’Office des personnes handicapées du Québec et n’a pas hésité à embarquer dans le projet. Selon le bénévole, le combat est loin d’être gagné, mais il estime que des pas de géants ont été faits depuis le milieu des années 80.

Les statistiques pourraient être gonflées par une surveillance accrue, ce qui reste à confirmer lors du dépôt du rapport de la campagne de sensibilisation, mais aussi – et surtout – par un réflexe de dénonciation plus aiguisé. Personnellement, je me suis retenu chaque fois que j’ai constaté une infraction... pour ne pas déranger les policiers ou me faire juger. C’est idiot, et je me fais le devoir de prendre à présent le téléphone devant une telle situation. Et faites de même ! J’ai d’ailleurs suggéré aux policiers présents de passer le mot à leurs collègues patrouilleurs et aux répartiteurs d’être courtois avec les plaignants et de les encourager à dénoncer.

Des slogans percutants

Le thème de la nouvelle campagne de sensibilisation de Saguenay, qui est utilisé mondialement, est direct, puissant et rigolo à la fois. C’est du bon marketing. J’ai d’ailleurs proposé aux responsables de l’ajouter sous les panneaux d’affichage des espaces pour personnes handicapées, comme c’est fait en France et en Italie, notamment. Ça devient ainsi un outil de sensibilisation permanent. Je vous laisse avec cinq slogans encore plus percutants utilisés ailleurs dans le monde.

1- « Si vous n’êtes pas handicapé et que vous vous garez ici, vous le serez bientôt. »

2- « Si c’est difficile pour vous de comprendre la raison pour laquelle une personne handicapée a besoin de ce stationnement, allez vous casser votre f*** colonne vertébrale. »

3- « Être con n’est pas un handicap. Garez-vous ailleurs ! » ou « La bêtise n’est pas un handicap. Garez-vous ailleurs ! »

4- « La paresse n’est pas un handicap. Garez-vous ailleurs ! »

5- « Stationnement réservé aux personnes handicapées ou aux personnes valides sans scrupule. »