Préjugés envers les Autochtones: le CIUSSS n’est pas à l’abri

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La direction du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a pas l’intention de se mettre la tête dans le sable pour tout ce qui concerne l’accueil et les soins aux membres de communautés autochtones. Elle leur assure que tout est mis en oeuvre pour leur offrir des services sécuritaires dans le respect de leur culture.

Le directeur des Services multidisciplinaires du CIUSSS et responsable des relations avec les communautés autochtones, Serge Lavoie, est conscient qu’avec 10 000 employés, il est presque certain qu’il puisse y avoir des personnes avec «des préjugés» qui adoptent des comportements qui ne sont pas adéquats. Mais ces situations sont loin de ce qui s’est produit à l’hôpital de Joliette, la semaine dernière.

Le bureau du Commissaire aux plaintes a déjà contacté les gestionnaires du CIUSSS pour certaines situations, selon Serge Lavoie. Dans certains cas, il s’agissait de problématiques qui ne faisaient pas référence à des situations de racisme ou de malveillance envers les Autochtones, mais qui méritaient tout de même des correctifs.

«La meilleure manière pour que les choses changent, c’est d’utiliser les services des plaintes. La formation est la seconde manière de faire cesser ces comportements et c’est ce que nous avons commencé en 2019. Ce qui est arrivé à Joliette a aussi eu des échos pour notre personnel. Nos employés ne veulent pas se faire dire qu’ils sont tous des racistes», explique le gestionnaire.

En 2019, le conseil d’administration du CIUSSS a suivi une formation sur tout le volet autochtone. La même formation a été par la suite dispensée au comité de direction de l’établissement et selon Serge Lavoie, dès qu’il sera possible, elles reprendront avec les intervenants qui accueillent les membres des communautés dans les différents services.

L’hôpital de Roberval a historiquement été l’établissement de santé de la région qui a été le plus étroitement en contact avec les communautés innues, attikameks et crie. Cependant, enchaîne Serge Lavoie, il y a maintenant une présence autochtone importante à Chicoutimi en raison de l’université. La communauté de Mashteuiatsh compte plus ou moins 4700 membres et 2700 habitent à l’extérieur du territoire.

«La formation a été préparée en collaboration avec le Centre d’Amitié autochtone de Roberval avec qui nous avons de bonnes relations. Nous devons faire en sorte que notre personnel connaisse mieux les réalités autochtones. Notre devoir est de faire en sorte de veiller à ce que nos services soient dispensés de façon à les rendre plus accessibles pour les communautés.»

Tout ce concept repose sur la notion de «sécurisation culturelle», ce qui signifie «des soins qui sont prodigués dans le respect de l’identité culturelle du patient, qui visent l’équité et qui sont exempts de relations de pouvoir nocives entretenues par le système de santé dominant».

Selon Serge Lavoie, les membres des communautés autochtones doivent composer avec une réalité économique, sociale et sanitaire qui nécessite des services bien adaptés. En termes de santé physique, ils composent avec des risques sanitaires plus importants que la population canadienne en général et il appartient au personnel des établissements de santé de leur dispenser tous les services dont ils ont besoin.

«Il n’y a aucune excuse. Ce n’est pas parce qu’un employé est fatigué et qu’une situation peut être difficile que nous allons accepter des comportements différents ou inadéquats», reprend Serge Lavoie.

Le personnel du système de santé doit donc bien comprendre tout l’environnement culturel autochtone pour avoir une idée juste de leur situation et surtout éviter de porter un regard qui repose sur des préjugés souvent véhiculés dans la société.

Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean aura désormais la responsabilité de dispenser des services à la communauté attikamek d’Obedjiwan. Il s’agit de la même nation que la communauté de Manawan qui est concernée par le décès survenu à l’hôpital de Joliette de Joyce Echaquan.

«La communauté relevait officiellement de la région de la Mauricie, mais en réalité, les membres recevaient des services dans la région. Nous allons officialiser le transfert et nous avons déjà deux personnes de la communauté qui travaillent à l’hôpital de Roberval pour assurer la traduction pour ceux et celles qui parlent uniquement l’attikamek ou qui ne comprennent pas bien le français», précise Serge Lavoie.

Le gestionnaire qui a travaillé pendant cinq ans dans les services de santé de Mashteuiatsh ne peut se prononcer sur la notion de racisme systémique dans le réseau public québécois à l’égard des Autochtones. Il fait de nouveau référence aux préjugés et à certains comportements découlant de l’ignorance ou de perceptions véhiculées qui n’ont aucun fondement.

À ses yeux, les deux seuls moyens à la disposition du CIUSSS pour renverser la vapeur sont la formation du personnel et surtout le recours aux mécanismes officiels quand des membres des communautés autochtones ne reçoivent pas les services auxquels ils peuvent s’attendre, ou encore lorsqu’ils sont victimes de comportements racistes de la part du personnel du CIUSSS.