Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Benoît Simard livre une cinquantaine de repas de la popote roulante Jonquière tous les midis depuis 12 ans. Les besoins sont encore plus grands en temps de pandémie.
Benoît Simard livre une cinquantaine de repas de la popote roulante Jonquière tous les midis depuis 12 ans. Les besoins sont encore plus grands en temps de pandémie.

Pour qu’ils restent à domicile

CHRONIQUE / Pendant que les préposés aux bénéficiaires surchauffent dans les CHSLD et dans le réseau des résidences pour personnes âgées, le centre communautaire des Aînés de Jonquière multiplie les efforts pour maintenir à domicile plus de 3000 personnes âgées qui vivent dans leur milieu.

« Chaque jour, nos baladeurs (livreurs) distribuent plus de 200 repas à des personnes âgées confinées dans leur maison ou leur appartement. Ça fait partie des services offerts pour favoriser le maintien à domicile », fait valoir la directrice générale des Aînés de Jonquière, Annie Hovington.

Les personnes âgées qui vivent dans leur domicile présentement se sentent privilégiées par rapport à ceux qui sont confinés dans des centres d’hébergement. Ils peuvent parler à leurs proches en respectant la distanciation sociale, recevoir des repas de la popote roulante et se faire livrer de l’épicerie.

« On commence à s’habituer à travailler dans la distanciation. L’être humain s’adapte à tout, c’est maintenant rendu un réflexe et notre personnel en cuisine multiplie les gestes pour s’assurer que rien ne soit contaminé. Nous avons triplé les mesures de précaution qui étaient déjà exigeantes », exprime la directrice générale.

Toute une équipe de baladeurs (livreurs) apporte des repas  aux personnes âgées.

Épée de Damoclès

« Nous vivons toujours avec cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, avec la menace de cet ennemi invisible. Nous sommes toujours stressés, c’est un milieu très fragile et on veut s’assurer que notre clientèle ne soit pas atteinte », se soucie Annie Hovington.

Au début du confinement, le centre communiquait quotidiennement avec les gens qui optaient pour les services de la popote roulante. « Un moment donné, on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser tomber nos 3000 membres et on s’est fixé comme objectif de leur téléphoner chaque jour », lance Annie Hovington.

« Notre clientèle est très insécure et on doit faire de la vigie. On téléphone, on rassure, on informe et on fait même de la dénonciation quand ça ne va pas. Quand on sait qu’un de nos membres vit avec sa femme qui est très malade et qui tousse sans arrêt et que cet homme de plus de 80 ans va à l’épicerie ou à la quincaillerie, on dénonce », explique la directrice générale.

« Au début du confinement, il y avait plusieurs personnes vieillissantes qui ne prenaient pas les mesures au sérieux. On parle d’une génération qui n’a pas appris à tousser dans le coude et à se laver les mains. Il n’y a pas si longtemps, ils se promenaient encore avec des mouchoirs en tissus dans les poches », met en relief celle qui fait le maximum pour protéger ses membres.

Situation fragile

Les baladeurs et les téléphonistes constatent sur le terrain que la clientèle est plus stressée et que la situation est plus fragile face à cet ennemi invisible.

« Il faut se rappeler qu’en début du confinement pour les personnes âgées, nous avons perdu 85 % de nos bénévoles qui étaient âgés de 70 ans et plus. Des gens sont venus nous aider, mais les personnes âgées de plus de 70 ans sont encore très actives dans la société », fait remarquer la responsable des Aînés de Jonquière.

« Comme la plupart des rendez-vous médicaux ont été annulés, les services de transport fonctionnent au ralenti. Nous avons cependant ajouté des services d’épicerie livrée à domicile, un service qui n’était pas offert auparavant, mais qui s’impose en temps de pandémie », explique-t-elle.

Il faut trouver une façon de garder cette clientèle active, car avec le vieillissement vient le dépérissement. « Ma mère a 85 ans et je lui dis de marcher tous les jours dans la maison, entre la cuisine et le salon, pour ne pas ankyloser et provoquer d’atrophie musculaire. Il faut rester actif malgré tout. Nous avons commencé à mettre des exercices en ligne pour faire bouger notre monde », dit-elle.

« Pour arriver à travailler en respectant la distanciation et à interagir avec la clientèle, il faut absolument faire confiance à nos collègues de travail. Ça fait entre 15 et 30 ans que nous travaillons ensemble et on sait qu’on peut se faire confiance en ce qui a trait aux mesures d’hygiène et de respect des consignes. C‘est très important », met en relief Annie Hovington.

La menace du virus est toujours présente et c’est une menace constante pour ceux qui oeuvrent dans le milieu fragile des personnes âgées.

Benoît Simard livre une cinquantaine de repas de la popote roulante Jonquière tous les midis depuis 12 ans. Les besoins sont encore plus grands en temps de pandémie. Il dépose ici le repas au bas de la porte d’une personne âgée.

Benoît Simard de Kénogami livre des repas depuis 12 ans sur l’heure du midi. Je l’ai rencontré avant qu’il parte faire ses livraisons. Son travail est essentiel. « Ce sont toutes des personnes confinées à l’intérieur de la maison. Les gens sont désespérés, ils sont contents de nous voir arriver », confie le bénévole, qui frappe à une cinquantaine de portes chaque après-midi.

Au Québec, environ 90 % des personnes âgées de 65 ans et plus demeurent dans leur résidence privée. Chez les plus de 85 ans, c’est 68 % qui demeurent dans leur résidence privée. Le maintien à domicile se fait avec vigilance à Jonquière grâce à une équipe de travailleurs dédiés et à de nombreux bénévoles. C’est grâce à cette équipe que 3000 personnes âgées peuvent continuer à rester à la maison.