Le président de l’Administration portuaire du Saguenay, Stéphane Bédard, et le directeur général, Carl Laberge, ont voulu faire le point lors d’une entrevue éditoriale avec Le Quotidien.

Port de Saguenay: Bédard et Laberge défendent les projets

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a pas à supporter seul le poids environnemental de la survie du béluga dans le fjord du Saguenay ou le fleuve Saint-Laurent, en se voyant privé d’investissements de dizaines de milliards de dollars reliés aux projets miniers et énergétiques. À terme, la fermeture complète de la voie maritime du Saguenay pourrait compromettre le développement de la région, lancent Stéphane Bédard et Carl Laberge de Port de Saguenay.

Quelques heures après l’ouverture du 61e congrès de l’Association des administrations portuaires canadiennes qui réunit, à Chicoutimi, environ 200 administrateurs des ports de l’ensemble du Canada, le président de l’Administration portuaire du Saguenay, Stéphane Bédard, et le directeur général, Carl Laberge, ont voulu faire le point lors d’une entrevue éditoriale sur d’importants enjeux qui concernent non seulement les activités maritimes et le port de Grande-Anse, mais aussi l’avenir de toute la région.

Effectuant un retour dans le passé, M. Bédard soutient que les enjeux entourant les grands projets industriels sont d’ordre local, maritime, environnemental et international. Historiquement, la voie maritime du Saguenay a toujours constitué, selon lui, un outil de développement économique pour le transport du bois, de la pulpe et pâte, de la bauxite nécessaire aux alumineries et d’autres marchandises nécessaires pour la région ou produites par elle. S’ajoute l’industrie des bateaux de croisière qui connaît une renaissance avec la construction des nouveaux quais à La Baie.

Lien privilégié

Or, en 2019, la voie maritime du Saguenay continue d’être un lien privilégié pour le transport et le développement de la région et c’est pourquoi des entreprises comme GNL Québec, Métaux BlackRock, Arianne Phosphate et Granules 777 ont choisi les installations portuaires en bordure du Saguenay pour expédier leur gaz naturel, leur minerai et granules de bois.

Dans le débat environnemental actuel, M. Bédard s’interroge sur les arguments avancés par certains à l’effet que les navires qui circulent sur le Saguenay seraient davantage dommageables que les bateaux empruntant la voie maritime du Saint-Laurent. Se dirigeant vers Montréal, eux aussi naviguent dans l’habitat de ce mammifère marin. Pourtant, personne ne remet en question la circulation des navires au port de Montréal, selon lui. « Le Saguenay est une ruelle par rapport à la grande route maritime que constitue le Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs. Le jour où on va le perdre, on va perdre des avantages importants pour la région », affirme l’ex-politicien.

Selon lui, plus de 400 bateaux circulaient sur le Saguenay il y a 40 ans, soit un peu plus d’un par jour et personne ne peut affirmer que le trafic maritime est responsable de l’affaiblissement de la présence du béluga dans le Saguenay et le Saint-Laurent. Selon l’administration portuaire, si tous les projets annoncés actuels se réalisaient sans compter ceux en gestation, il serait difficile d’atteindre un tel trafic.

Cela dit, M. Bédard réaffirme les préoccupations environnementales de l’Administration portuaire du Saguenay. Il ajoute que tous les efforts doivent être déployés et les études réalisées pour connaître le comportement du béluga afin de le protéger et assurer sa survie.

S’exprimant sur le projet de liquéfaction de gaz naturel de GNL, M. Bédard affirme que ses promoteurs sont crédibles, oeuvrent de façon professionnelle en ayant de propos argumentés. Selon lui, le promoteur saura répondre aux interrogations soulevées par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) avec l’ajout d’études complémentaires. « Je n’ai aucun doute quant à la démarche qu’ils font pour réaliser l’investissement de 14 G$. Un tel investissement, on ne reverra plus ça de notre vivant ».

Consensus régional

M. Laberge rappelle que le choix de développer le port de Grande-Anse a fait l’objet d’un large consensus régional au Sommet économique de 2015 avec des engagements qui ont été signés par les gouvernements fédéral et provincial pour faire du Saguenay un corridor de commerce international. Selon lui, lorsque l’ACEE demande d’analyser la possibilité de relocaliser les projets prévus à Grande-Anse, il s’agit d’une question non envisageable.

Ce dernier va plus loin et affirme que le dossier de la survie du béluga est instrumentalisé par les environnementalistes pour bloquer des projets de développement économique. « On ne doit pas se servir du béluga pour empêcher des projets », renchérit M. Bédard.

C’est pourquoi il est important de poursuivre les études visant à documenter davantage le comportement de l’animal, entre autres, en ce qui a trait à son exposition au bruit émis par les bateaux. Lors d’études réalisées dans le cadre du projet Terminal maritime en rive nord pour Arianne Phosphate, M. Laberge prétend que les études ont démontré que le béluga serait exposé à 1,5 % du temps au passage des 60 navires transportant le minerai. Advenant le cas où tous les projets actuels et non prévus se concrétisent et qu’ils entraînent dans le Saguenay le passage annuel de 630 navires, les bélugas seraient exposés à 4 % du temps au bruit des navires.

Selon l’administration portuaire, l’utilisation du Saguenay comme voie maritime a décliné dans les dernières décennies, ce qui n’a pas empêché le déclin du béluga aussi affecté par la pollution du fleuve. « Si des gens veulent se servir du béluga, on ne les laissera pas faire », conclut M. Bédard.