La rectrice de l'UQAC, Nicole Bouchard, ne se doutait pas de l'influence que le féminicide de la Polytechnique avait eu sur sa vie.
La rectrice de l'UQAC, Nicole Bouchard, ne se doutait pas de l'influence que le féminicide de la Polytechnique avait eu sur sa vie.

Polytechnique: la rectrice de l’UQAC se souvient

Émilie Morin
Émilie Morin
Le Quotidien
« Ça m’a marquée plus que je le pensais », confie Nicole Bouchard, rectrice de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), concernant la tuerie de la Polyechnique.

En entrevue avec Le Quotidien mercredi, Mme Bouchard explique qu’il est rare qu’elle accepte de parler en son nom personnel. Elle a toutefois accepté d’outrepasser certaines règles qu’elle s’impose pour une occasion particulière : commémorer les 30 ans du massacre de la Polytechnique, le 6 décembre 1989. « Je le fais pour les 14 jeunes filles. Elles méritent que je prenne du temps. »

Comme tout le monde, Nicole Bouchard se souvient de ce qu’elle faisait au moment de l’attentat antiféministe. Professeure à l’UQAC, elle donnait des cours de méthodologie dans la matinée. Lorsqu’elle est arrivée à la maison, elle affirme avoir tout de suite senti quelque chose de différent dans l’atmosphère. « Mon chum était rivé sur la télé. D’habitude, il me saluait. Il y avait quelque chose de particulier, quelque chose d’intense. »

Lorsque son conjoint a informé Mme Bouchard de ce qui se passait à Montréal, les policiers commençaient à entrer dans la Polytechnique.

« Le fruit d’une culture »

Mme Bouchard explique que, ce soir-là, comme beaucoup de parents, elle a eu le réflexe d’aller voir son fils de trois mois pour s’assurer qu’il était en sécurité, mais aussi pour réfléchir. « Je me suis un peu promis qu’il serait un homme qui serait capable de respecter et d’être différent par rapport aux femmes, et que c’était la tâche qui nous incombait comme couple d’en faire quelqu’un qui serait capable de bien assumer son genre ou son non-genre, ou ses multiples identités sexuelles, et de ne jamais lui mettre de pression par rapport à ce qu’il serait, peu importe ce qu’il serait, donc de l’accepter inconditionnellement, et pas avec les préjugés d’un gars qui est fort et qui ne pleure pas. »

L’autre promesse que Nicole Bouchard s’est faite, c’est que son garçon serait capable d’être en relation respectueuse avec des femmes, d’accepter la différence sans se sentir menacé.

Une marche silencieuse s’est tenue, jeudi soir, à Place du Royaume, pour dénoncer la violence faite aux femmes. L’ex-députée néo-démocrate et porte-parole du mouvement Je crois en ma région, Karine Trudel, a pris la parole. L’initiative se tenait dans le cadre des 30 ans de la tuerie de la Polytechnique.  Julien Renaud

« Je dirais que 30 ans plus tard, je pense que ce n’est pas pire », lance Mme Bouchard en riant.

« [La tuerie de la Polytechnique] a marqué, vraiment, l’éducation. Ç’a été un événement traumatique qui nous a amenés à dire, quelque part, que c’est le fruit d’une société, ces gens-là. Et lui, Lépine, il représente quelque chose de grossier, de caricatural, mais aussi le fruit d’une culture, le fruit d’une éducation », ajoute-t-elle.

Nicole Bouchard garde en pensée les parents des victimes, ainsi que la mère du tueur.

« On ne peut pas ne pas penser à cette mère-là, aussi, qui a été ostracisée, et qui vit une souffrance à laquelle les gens n’ont pas été beaucoup attentifs. [...] Cette mère-là a eu à porter la culpabilité du geste de son fils, qui lui n’était plus là. En plus, il lui a laissé l’horreur. Il a fait le geste et elle a porté l’horreur. Et ça, malheureusement, c’est encore le fardeau que les [mères] portent, d’être responsables. »