Catherine Dorion réfute l’allégation comme quoi elle et son collègue Sol Zanetti jouent le jeu de la provocation en s’habillant comme ils le font.

Une réflexion s’ouvre sur le code vestimentaire des députés

Le Québec s’inspirera-t-il de la France qui a permis à ses députés de siéger sans cravate depuis janvier? Le président de l’Assemblée nationale François Paradis croit qu’il est «essentiel» et «sain» de réfléchir au code vestimentaire.

«Partout à travers le monde actuellement, cette même réflexion-là se fait. Et je pense qu’aujourd’hui, on est appelés à la faire nous également», a commenté M. Paradis mercredi. 

Sans procéder à «l’analyse de chaque morceau de vêtement», M. Paradis dit être heureux que la question soit soulevée et «très ouvert à tout ce qui peut être proposé». Le nouveau président de l’Assemblée nationale veut «moderniser, mettre au jour ce que nous sommes, ce que nous faisons.»

M. Paradis réagissait à un reportage du Journal de Québec soulignant que le député solidaire Sol Zanetti a siégé à l’Assemblée nationale ces derniers jours vêtu de jeans et d’espadrilles, alors que sa collègue Catherine Dorion arborait une camisole (recouverte d’un chandail au Salon bleu) et des bottes. 

À l’heure actuelle, il n’existe aucun code vestimentaire formel à l’Assemblée nationale. Le règlement stipule seulement que les députés «doivent se vêtir d’une tenue soignée et de circonstance qui s’apparente à une tenue de ville.»

«Notre règlementation est très large. On parle de tenue de ville contemporaine. Il y a 100 ans et aujourd’hui, c’est pas la même chose. Il y a des choses qui évoluent», indique M. Paradis. La libérale Maryse Gaudreault, deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale, parle quant à elle de «vieilles règles» qui peuvent «évoluer avec le temps».  

Cette question vestimentaire a suscité plusieurs réactions parmi les députés. Le premier ministre François Legault souhaite qu’«un décorum» soit respecté à l’Assemblée nationale. Le whip de la CAQ Éric Lefebvre n’a pas mâché ses mots. «C’est inacceptable pour moi, on se doit d’avoir un certain décorum.»

Pas de la provocation

La députée Dorion réfute l’allégation comme quoi elle et son collègue Sol Zanetti jouent le jeu de la provocation en s’habillant comme ils le font. «On décide de rester nous mêmes. Il y a juste une non action qui est là.»

Mme Dorion croit également qu’il faut que la population se reconnaisse à travers ses politiciens. «Les institutions, ça change au fil des âges. Sinon, on serait encore habillés avec des perruques blanches et il n’y aurait pas de femmes au parlement», lance la députée. 

En France, un code vestimentaire a été imposé pour la première fois aux élus en janvier dernier. Ce code rend la cravate non obligatoire pour les hommes, mais défend aux députés de porter un uniforme, ou un vêtement exprimant une opinion religieuse, sportive ou professionnelle. Ces dernières années, des députés français avaient profité du flou dans la règlementation pour faire des coups d’éclat en arborant, par exemple, un maillot de football. 

Dans l’histoire

En 2017, le député de Québec solidaire Amir Khadir s’était fait avertir par l’ex-président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon parce qu’il ne portait pas de cravate au Salon bleu. Il avait alors rapidement trouvé un noeud papillon à revêtir. 

L’historien de l’Assemblée nationale à la retraite Gaston Deschênes n’a pas souvenir qu’auparavant, de tels rappels à l’ordre aient été nécessaires. «Lorsque je suis arrivé à l’Assemblée nationale, en 1975, les gens s’habillaient encore pour sortir le dimanche. Alors ils avaient le même réflexe pour venir à l’Assemblée nationale.»

Selon lui, le règlement de l’Assemblée nationale «était clair dans le temps», parce que «tout le monde savait ce que c’était, une tenue de ville». Il n’est toutefois pas surpris que la question se pose aujourd’hui. 

En 1941, il est inscrit au règlement de l’Assemblée nationale qu’il n’est plus nécessaire pour «un homme-député» de porter un chapeau pour intervenir durant un vote. En 1961, lorsque Claire Kirkland-Casgrain est élue, des médias se demandent si la première femme députée du Québec devrait porter le chapeau, comme les femmes qui assistent aux débats dans les galeries doivent le faire. Elle siègera finalement sans couvre-chef. 

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VESTON, CHEMISE ET CRAVATE À OTTAWA

Au parlement d’Ottawa, la tenue vestimentaire des députés est également dictée par la tradition et l’usage et non par des règles écrites. À travers le temps, différents présidents ont pris des décisions qui ont raffiné ce qui est permis de ce qui ne l’est pas.

Selon le code de procédure de la Chambre des communes publié sur le Web, l’usage et les conventions veulent que «les députés de sexe masculin portent un veston, une chemise et une cravate. Les cols de pasteur ont été permis, mais les lavallières et les tricots à col roulé ont été déclarés non convenables pour les députés de sexe masculin». 

Quelques dérogations à ce code sont permises, comme le port du kilt «à certaines occasions», le port de l’uniforme pour les députés qui font partie des Forces armées canadiennes et le port d’un chandail plutôt qu’un veston pour un député qui a un bras dans le plâtre. Aucune précision ne concerne les femmes députées.