Évincée du caucus libéral à la suite du scandale SNC-Lavalin, Jody Wilson-Raybould a regagné son siège dans la circonscription de Vancouver-Granville en tant qu’indépendante lors des élections fédérales de lundi.

Une occasion à saisir pour Wilson-Raybould

VANCOUVER — Dans les premières années de la Confédération, certains membres du Parlement n’étaient pas associés à un parti et nageaient d’une allégeance à l’autre.

En 1945, une cohorte de députés libéraux du Québec se sont présentés comme indépendants pour protester contre la politique de conscription impopulaire du premier ministre Mackenzie King.

Mais être indépendant n’a jamais été facile. Au moins 93 députés ont siégé seuls à la Chambre des communes, mais la grande majorité d’entre eux étaient à l’origine membres d’un parti. Peu de politiciens ont remporté une élection en tant que candidats indépendants et encore moins ont exercé une véritable influence.

Les législateurs solitaires ayant le mieux réussi sont ceux qui ont su capter l’attention du public, car il est pratiquement impossible de mettre en oeuvre une politique dans une telle position, a souligné John English, directeur fondateur du Centre Bill Graham pour l’histoire internationale contemporaine. Mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour Jody Wilson-Raybould, la seule députée qui siégera à titre d’indépendante pour la prochaine session aux Communes.

«Maintenant, à l’ère des médias sociaux, vous avez plus de moyens d’amplifier votre voix. Deuxièmement, si vous avez une réputation établie, comme c’est le cas pour Mme Wilson-Raybould, vous pouvez attirer l’attention», a-t-il souligné.

Mme Wilson-Raybould, évincée du caucus libéral à la suite du scandale SNC-Lavalin, a regagné son siège dans la circonscription de Vancouver-Granville en tant qu’indépendante lors des élections fédérales de lundi. Elle a cité comme priorités la réforme électorale et la réconciliation autochtone et a promis de «faire de la politique différemment».

Cependant, il ne fait aucun doute qu’elle est confrontée à des obstacles en tant que députée indépendante. Les indépendants sont reclus dans un coin de la Chambre des communes et sont rarement sollicités pendant la période des questions. Ils ne disposent ni de l’argent ni de l’infrastructure fournis par les partis et ne peuvent siéger à des comités où la majeure partie du travail parlementaire est effectuée.

De retour avec les libéraux?

Mme Wilson-Raybould n’a pas répondu aux demandes pour commenter le résultat électoral mardi, mais dans une entrevue avant les élections, elle a énuméré quelques moyens pour atteindre ses objectifs au Parlement. Elle a indiqué qu’elle participerait à une loterie pour présenter des projets de loi d’initiative parlementaire et travaillerait avec d’autres députés sur leurs projets de loi.

Mme Wilson-Raybould a également déclaré qu’elle soutiendrait les législations progressistes et tenterait d’améliorer ou de s’opposer aux projets de loi manquant de mordant.

«Je pense qu’il est important que nous examinions la nature de la politique et la manière dont les décisions sont prises, a-t-elle fait valoir. Je pense que les députés ne devraient pas dépendre du premier ministre, du chef de leur parti ou des personnes non élues au bureau du premier ministre.»


« Maintenant, à l’ère des médias sociaux, vous avez plus de moyens d’amplifier votre voix. Deuxièmement, si vous avez une réputation établie, comme c’est le cas pour Mme Wilson-Raybould, vous pouvez attirer l’attention »
John English, directeur fondateur du Centre Bill Graham pour l’histoire internationale contemporaine

M. English a affirmé qu’il était curieux de voir si Mme Wilson-Raybould finirait par rejoindre les libéraux, peut-être après la fin du mandat de Justin Trudeau, ou si elle remplacerait éventuellement Elizabeth May à la tête du Parti vert.

Il n’est pas rare que des indépendants retrouvent leur place dans des partis politiques, a-t-il souligné, comme dans le cas de l’ancien député fédéral de la Nouvelle-Écosse Bill Casey, qui avait été expulsé des conservateurs en 2007, puis s’était présenté avec succès en tant qu’indépendant en 2008. Il s’était retiré l’année suivante pour des raisons de santé et avait été élu sous la bannière libérale en 2015.

Au moins un indépendant a exercé son influence au sein d’un gouvernement minoritaire, a souligné Sanjay Jeram, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Simon Fraser.

Chuck Cadman, député de l’Alliance canadienne originaire de Surrey, en Colombie-Britannique, avait perdu l’investiture pour le Parti conservateur fusionné en 2004, mais s’était présenté avec succès en tant qu’indépendant. Il a ensuite détenu un pouvoir important au sein du gouvernement minoritaire libéral et son vote en faveur du budget de 2005 a sauvé Paul Martin de la défaite.

«Les étoiles ont dû s’aligner, a ajouté M. Jeram. Ce n’est pas comme s’il avait initié une législation ou joué un rôle dans le développement (d’une politique), mais il a fini par jouer un rôle crucial à cause du portrait mathématique du Parlement.»

Les libéraux ont remporté 157 sièges aux élections de lundi. Si un projet de loi est soutenu par le NPD, avec ses 24 sièges, ou par le Bloc québécois, avec ses 34 sièges, un gouvernement minoritaire sera viable sans le vote unique de Mme Wilson-Raybould, a fait valoir M. Jeram.

Tout de même, il semble qu’elle soit disposée à travailler avec le gouvernement sur des projets de loi. Il ne serait donc pas étonnant que les liens se rétablissent progressivement entre les libéraux et leur ancienne ministre de la Justice, a-t-il ajouté.

«Je pense que les libéraux auraient tort de tout mettre de côté, surtout en ce qui concerne leur dossier autochtone», a-t-il déclaré.

Mme Wilson-Raybould a toujours une grande notoriété et il serait sage qu’elle l’utilise pour attirer l’attention sur des enjeux qui la préoccupent, a dit M. Jeram.

«Elle aura de la visibilité médiatique pendant la période des questions. Elle va attirer l’attention, a-t-il déclaré. Mais je doute qu’il y ait une situation où son vote deviendra critique.»