Le gouvernement québécois de François Legault a le bonheur de récolter plusieurs fruits ces temps-ci, des fruits qui ne peuvent que l’aider.

Une belle surprise pour Legault [ANALYSE]

ANALYSE / Quand les finances vont tout va... Quelque 13,1 milliards $ en péréquation pour le Québec en 2019-2020, c’est 1,4 milliard $ de plus que pour l’année en cours. Et c’est — elle est là la vraie surprise — près de 300 millions $ de plus que ce que prévoyait le ministère québécois des Finances il y a à peine 10 jours, lors de l’exercice de mise à jour économique et financière.

Sur un budget total de quelque 112 milliards $, ce n’est pas la mer à boire. Mais il vaut évidemment mieux pour le gouvernement de François Legault attendre près de 300 millions $ en plus qu’en moins pour l’an prochain. Parlez-en au ministre québécois des Finances, Éric Girard.

Ce dernier l’ignorait à ce moment-là, mais cette marge de manœuvre non prévue comblera une bonne partie des dépenses supplémentaires qu’il a annoncées le 3 décembre sous la rubrique «Remettre de l’argent dans le portefeuille des familles et des aînés». En 2019-2020, ces mesures devraient en effet coûter environ 350 millions $. Merci à la péréquation.

Le gouvernement de François Legault a le bonheur de récolter plusieurs fruits ces temps-ci, des fruits qui ne peuvent que l’aider. Outre ce dernier coup de pouce inattendu, il a hérité de finances publiques saines et d’une économie qui a roulé à fond depuis le début de l’année.

Quel contraste avec les débuts de mandat des gouvernements de Pauline Marois et de Philippe Couillard! Ou avec celui de Lucien Bouchard (pour prendre un exemple plus loin dans le temps).

Le même film...

Le premier ministre François Legault en a surpris plusieurs à la Coalition avenir Québec en parlant du pétrole «sale» de l’Ouest canadien. Des caquistes issus de l’Action démocratique du Québec, mais pas seulement, apprécient peu ce genre de qualificatif pour décrire un pétrole qui rapporte au Québec, financièrement parlant.

Cela étant, c’est une rengaine habituelle d’entendre des premiers ministres d’autres provinces estimer que le Québec est mal placé pour faire la leçon à quiconque avec toute la péréquation qu’il reçoit — même si le portrait est beaucoup plus nuancé que leurs discours lorsqu’on ramène les sommes globales per capita. On est dans un film périodiquement remis à l’affiche.

C’est une telle rengaine que le ministère québécois des Finances a produit des argumentaires au fil des ans pour étayer le point de vue du Québec. «Il est faux d’affirmer que c’est avec la péréquation que le Québec finance des services publics plus généreux que la moyenne canadienne», avait ainsi déclaré Raymond Bachand en 2011 en brandissant l’un de ces documents. Il était alors ministre des Finances du Québec. Il avait souhaité «remettre les points sur les i».

Ce n’est pas grâce à la péréquation, mais «par des impôts et des taxes plus élevés» que le Québec offre des services publics plus généreux que la moyenne canadienne, disait-il aussi.

De gouvernement du Québec en gouvernement du Québec, cet argumentaire est toujours brandi.

Le film a été le même cette fois-ci, sauf une séquence précise.

Pour les sceptiques

En parlant comme il l’a fait de pétrole «sale» vendredi dernier, François Legault n’a pas cherché comme tel à jeter de l’huile sur le feu, mais le résultat a été celui-là. Il n’avait pas à l’esprit à ce moment-là que les ministres des Finances du Canada se réunissaient deux jours plus tard avec la péréquation à l’ordre du jour...

Avec ce mot, le chef caquiste a voulu donner des gages aux Québécois sur sa volonté de lutter contre les changements climatiques. Il s’adressait aux sceptiques dans la salle. Il a été jusque-là parce qu’il a tout à prouver sur ce terrain.