En Ontario, le frère de Rob Ford, Doug, espère profiter de ce mouvement populiste pour remporter la course à la direction du Parti progressiste-conservateur.

Un sondage suggère que les banlieues pourraient succomber au populisme

OTTAWA — Les politiciens populistes pourraient-ils avoir du succès au Canada comme Donald Trump aux États-Unis? L’élection, il y a quelques années, de Rob Ford, le défunt maire de Toronto, a prouvé que ce mouvement peut avoir une certaine traction, et un nouveau sondage suggère que les banlieues canadiennes pourraient être un terreau particulièrement fertile.

Une nouvelle enquête réalisée par EKOS Research et La Presse canadienne démontre que des opinions semblables à celles des partisans de Donald Trump se retrouvent en banlieue de Montréal, de Toronto et Vancouver.

Selon une agrégation de sondages menés auprès de plus de 12 000 Canadiens, plusieurs citoyens font preuve d’une vision «ordonnée» du monde, pour reprendre l’expression d’EKOS Research.

Ceux-ci remettent en doute le statu quo politique, se sentent inquiets économiquement et culturellement, en plus d’être pessimistes sur leur avenir et celui de leurs enfants.

L’enquête d’EKOS a mesuré le sentiment populiste à l’aide d’un spectre «d’ouverture», car l’environnement politique actuel n’est pas divisé entre la gauche et la droite, a expliqué le président Frank Graves.

Il est question de savoir comment les Canadiens voient leur avenir, selon M. Graves. Les gens qui sont du côté «ouvert» sont plus optimistes et les gens du côté «ordonné» le sont moins.

«Les débats, les choses qui divisent les gens dans ces camps ouvert et ordonné sont différents (de ceux) qui nous ont divisés historiquement entre la gauche et la droite», a-t-il soutenu.

Montréal

Que faut-il comprendre de la récente élection municipale à Montréal? Le maire sortant, Denis Coderre, se présentait avec un parti portant son nom, contre une politicienne très peu connue à l’époque, Valérie Plante, qui dirigeait Projet Montréal, un parti associé aux mouvements de gauche.

Certains croyaient que M. Coderre avait un ton populiste prometteur, mais il s’est éloigné des Montréalais, qui souhaitaient moins entendre parler de courses de voitures électriques que de transport et de logement.

Denis Coderre a présenté peu d’engagements concrets pendant la campagne, alors que les promesses de Valérie Plante ont attiré l’attention des citoyens qui avaient soif de changement.

Elle a réussi, largement grâce à l’appui de gens du côté «ouvert» du spectre, selon Chris Erl, un étudiant au doctorat à l’Université McGill spécialisé sur les élections municipales.

Selon le sondage d’EKOS, 46 % des Montréalais avaient une vision «ouverte» du monde. En creusant plus loin, le côté plus «ordonné» est ressorti dans les secteurs les moins diversifiés, un phénomène aussi observé dans les autres banlieues canadiennes.

Mais le sentiment populiste n’est pas seulement ressenti par les Canadiens Blancs, malgré l’image typique des électeurs de Trump.

Le populisme canadien semble être moins lié à l’immigration, et plus à la classe sociale et au sentiment anti-élite, selon l’enquête.

Autrement dit, le sentiment anti-élite pourrait avoir plus de succès que la position anti-immigration que certains percevaient chez la politicienne Kellie Leich, qui a perdu la course à la direction du Parti conservateur du Canada l’an dernier.

Ontario

Le frère de Rob Ford, Doug, espère profiter de ce mouvement populiste pour remporter la course à la direction du Parti progressiste-conservateur.

Lors d’un rassemblement pour lancer sa campagne samedi soir, son message a résonné chez Kim King, qui a l’intention de voter conservateur pour une rare fois. «Les pauvres sont toujours plus pauvres, et nous sommes plus nombreux que les riches, a-t-elle observé. Et bien que, oui, il soit possible de dire que c’est un homme riche qui représente les pauvres, la vérité est qu’il se tient aux mêmes endroits que les pauvres.»

Les percées populistes sont plus susceptibles de se manifester dans les courses à la direction de partis et les élections municipales, a indiqué Michael McGregor, professeur à l’Université Ryerson qui dirige une étude nationale sur les élections municipales.

Dans la plupart des scrutins locaux, il n’y a pas vraiment de système de partis ou celui qui existe ne s’aligne pas clairement avec les organisations provinciales et fédérales.

«Ce n’est pas idéologique dans le sens traditionnel : est-ce qu’il y a quelque chose d’idéologique dans le transport ou la gestion des déchets?», a-t-il illustré.

«L’autre chose, c’est que la participation électorale au niveau municipal est généralement plus basse. Et lorsque la participation est basse, les élections sont susceptibles de susciter une plus grande participation chez certains groupes. S’il y a un groupe particulièrement motivé par quelque chose, ces gens iront voter et changeront la tendance.»

C’est souvent le cas aussi avec les courses à la direction, lors desquelles les candidats s’adressent à des intérêts plus restreints.

Vancouver

À Richmond, en Colombie-Britannique, 75 % de la population appartient à une minorité visible. À Burnaby, non loin de là, 63 % des citoyens sont des minorités visibles. C’est dans ces deux villes où l’on retrouve le plus de citoyens avec une position «ordonnée».

Les électeurs des municipalités de la province sont convoqués aux urnes cette année, et plusieurs se demandent si ce sentiment populiste changera le paysage politique.

Plusieurs des banlieues autour de Vancouver où EKOS a observé le plus de citoyens «ordonnés» ont le même dirigeant depuis des années.

À Vancouver, où 51 % ont été classés du côté «ouvert» du spectre, le changement politique pourrait se manifester là-bas aussi.

Le maire de longue date de Vancouver, Gregor Robertson, ne ne représentera pas, et son parti est à la recherche d’un nouveau chef.